Le grand paradoxe de l’emploi en Inde : une économie de 3 500 milliards de dollars avec 2,6 millions de personnes en lice pour 7 500 emplois
- 220 millions de candidatures à des emplois fédéraux entre 2014 et 2022, dont seulement 722 000 sélectionnées.
- Malgré une hausse du PIB de 2 000 milliards de dollars à 3 500 milliards de dollars, les opportunités d’emploi stables restent rares.
- La concurrence intense pour les emplois gouvernementaux met en évidence la nécessité de disposer d’options d’emploi plus sûres.
Le paysage économique indien présente un contraste saisissant. D'une part, le pays célèbre des événements extravagants comme le mariage du fils du milliardaire Mukesh Ambani, Anant, avec Radhika Merchant, symbolisant une immense richesse.
D’un autre côté, des millions d’Indiens sont confrontés à une dure réalité, luttant ne serait-ce que pour gagner suffisamment pour joindre les deux bouts. Bien qu'il s'agisse de l'économie majeure à la croissance la plus rapide au monde, de nombreux jeunes Indiens sont aux prises avec un marché du travail difficile.
220 millions de candidatures pour des emplois fédéraux : une quête de sécurité
Entre 2014 et 2022, 220 millions de personnes ont postulé à des emplois fédéraux en Inde, mais seulement 722 000 ont été sélectionnées.
Ce chiffre stupéfiant, même s’il inclut les tentatives répétées, met en évidence l’immense pression et la concurrence pour les emplois gouvernementaux.
Pour beaucoup, un emploi au gouvernement représente la stabilité dans un marché du travail volatil.
Ritesh Verma, un habitant de Bhubaneshwar, tient un stand de thé en bordure de route pour joindre les deux bouts, même si ses rêves d'un emploi stable s'évanouissent.
Cette anxiété culturelle et économique souligne la préférence pour les postes gouvernementaux, considérés comme plus sûrs que les emplois du secteur privé dans un pays dont la population dépasse 1,4 milliard d’habitants.
Statistiques de l’emploi : un sombre tableau
Depuis 2014, le PIB de l'Inde est passé de 2 000 milliards de dollars à près de 3 500 milliards de dollars au cours de l'exercice 2023-24, avec un taux de croissance attendu de 7,2 % cette année.
Cependant, ce boom économique ne s’est pas traduit par une création d’emplois adéquate.
Les données gouvernementales indiquent que 20 millions de nouvelles opportunités d’emploi ont été créées chaque année depuis 2017, mais des économistes privés affirment qu’une grande partie de ces opportunités consiste en un travail indépendant et un travail agricole temporaire plutôt qu’en un emploi formel et stable.
L'Inde aura du mal à créer suffisamment d'emplois pour sa main-d'œuvre croissante au cours de la prochaine décennie, même si l'économie croît à un rythme rapide de 7 %, selon Citigroup Inc.
Cela suggère que le pays le plus peuplé du monde devra prendre des mesures plus concertées pour stimuler l'emploi et améliorer les compétences de sa population.
12 millions d’emplois nécessaires chaque année pour répondre à la demande du marché du travail
Citi estime que l'Inde devra générer environ 12 millions d'emplois par an au cours de la prochaine décennie pour répondre à l'afflux de nouveaux entrants sur le marché du travail.
Cependant, même avec un taux de croissance robuste de 7 %, l'Inde ne devrait créer que 8 à 9 millions d'emplois par an, selon les économistes de la banque Samiran Chakraborty et Baqar Zaidi dans un récent rapport.
Le rapport souligne la disparité dans la qualité des emplois comme un autre défi important. Bien que l'agriculture emploie environ 46 % de la main-d'œuvre, le secteur contribue à moins de 20 % au produit intérieur brut (PIB).
Le secteur manufacturier, qui est crucial pour la diversification économique et l’emploi à salaires plus élevés, ne représentait que 11,4 % du total des emplois en 2023, ce qui reflète une baisse par rapport aux niveaux de 2018 et indique que le secteur ne s’est pas complètement rétabli depuis la pandémie.
Réponse du gouvernement et données officielles
Le ministère du Travail a réfuté les conclusions de Citi, soulignant que le rapport néglige les données complètes et positives sur l'emploi provenant de sources officielles telles que l'Enquête périodique sur la population active (PLFS) et les données KLEMS de la Reserve Bank of India.
Le ministère a affirmé que le rapport « ne tient pas compte des données complètes et positives sur l'emploi disponibles auprès de sources officielles ».
Le mécontentement face aux opportunités d'emploi a été un facteur important dans l'incapacité du parti du Premier ministre Narendra Modi à obtenir une majorité lors des élections générales d'avril-mai, s'appuyant sur ses alliés pour revenir au pouvoir.
Le prochain budget devrait se concentrer sur la création d’emplois, potentiellement grâce à des incitations fiscales pour les nouvelles installations de fabrication et à l’encouragement des achats locaux dans divers secteurs.
Toutefois, il faudra du temps pour que ces mesures se traduisent en opportunités d’emploi tangibles.
Aspirations pour les emplois gouvernementaux : avantages et corruption
L’attrait des emplois gouvernementaux réside dans la sécurité à vie, les prestations de santé, les retraites et le logement qu’ils offrent, qui font souvent défaut dans les emplois privés.
De plus, la perspective de « l’argent sous la table » dans les emplois gouvernementaux, bien que rarement admise ouvertement, ajoute à leur attrait.
La concurrence intense pour les emplois gouvernementaux est évidente dans le nombre de candidats à des postes limités. Plus tôt cette année, près de 5 millions d'étudiants ont postulé pour 60 000 postes vacants dans la police de l'Uttar Pradesh.
De même, un examen pour les postes d'agents de police dans les agences de sécurité du gouvernement central a attiré 4,7 millions de candidats pour seulement 26 000 postes.
Un examen distinct destiné aux employés de bureau et aux chauffeurs des ministères gouvernementaux a vu près de 2,6 millions de candidats pour environ 7 500 emplois.
Malgré la forte demande, près de 6 millions d'emplois gouvernementaux restent vacants dans divers secteurs, notamment les forces armées, les écoles, les services de santé et l'armée, selon les estimations du Congrès national indien, le principal parti d'opposition.
Les implications plus larges
La disparité entre croissance économique et création d’emplois met en évidence un défi important pour l’Inde. L'économie en plein essor du pays n'a pas atténué la lutte pour un emploi stable parmi les jeunes.
Cette déconnexion met en évidence des problèmes structurels au sein du marché du travail, où l’expansion économique ne s’est pas traduite par suffisamment d’opportunités d’emploi formel.
Relever ce défi nécessite des mesures politiques globales qui vont au-delà de la création immédiate d’emplois. Améliorer la qualité et la stabilité des emplois du secteur privé, favoriser une culture de méritocratie et répondre aux inquiétudes économiques sous-jacentes sont des étapes cruciales.
L'accent mis par le gouvernement sur la création d'emplois par le biais d'incitations et de politiques d'approvisionnement est une démarche positive, mais il faudra du temps pour que son impact se fasse sentir sur le terrain.
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