Les investissements énergétiques de la Chine préparent le terrain pour le lancement de BYD au Pakistan : sera-ce une aubaine ?

Les investissements énergétiques de la Chine préparent le terrain pour le lancement de BYD au Pakistan : sera-ce une aubaine ?
Harsh Vardhan
17 août 2024, 15:14 PM
  • Alors que le Pakistan est aux prises avec son dilemme énergétique, la Chine a identifié une opportunité d’accroître son influence.
  • BYD a choisi de s'associer à Hub Power Company Limited (HUBC) pour son entrée au Pakistan.
  • HUBC a une histoire de collaboration avec des entreprises chinoises sur des projets énergétiques.

Les liens de plus en plus étroits entre la Chine et le Pakistan, qui remontent au début des années 1950, ont évolué vers un partenariat à multiples facettes, notamment dans le cadre de l'Initiative Ceinture et Route (BRI).

Cette relation, fondée sur des intérêts stratégiques mutuels, a conduit à d’importants investissements chinois dans les infrastructures pakistanaises, avec une attention particulière portée au secteur de l’énergie.

Alors que le géant chinois des véhicules électriques (VE) BYD se prépare à entrer sur le marché pakistanais, le décor est planté pour un nouveau chapitre dans cette relation bilatérale, qui pourrait potentiellement remodeler le paysage énergétique et l'avenir économique du Pakistan.

Les investissements chinois dans le secteur de l'électricité au Pakistan

Le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), un projet phare de la BRI, a vu la Chine investir des milliards dans les infrastructures du Pakistan, y compris dans son secteur électrique.

Au cours de la dernière décennie, ces investissements ont conduit à l’installation de centrales électriques dans tout le pays, portant la capacité totale installée du Pakistan à 42 000 MW.

Toutefois, cette expansion n’a pas été sans défis.

Malgré l'augmentation de la capacité, le ralentissement économique du Pakistan a considérablement réduit sa consommation d'électricité, avec une consommation maximale atteignant à peine 20 000 MW.

Cette disparité a créé un fardeau financier pour le Pakistan, puisque le pays est obligé d’effectuer des paiements de capacité pour la totalité des 42 000 MW, quelle que soit l’utilisation réelle.

La situation a été aggravée par le quasi-arrêt de l’activité économique au cours des deux dernières années, laissant le Pakistan supporter le coût d’une infrastructure énergétique sous-utilisée.

Afin de gérer ce fardeau, le ministre des Finances pakistanais, Aurangzeb, a récemment négocié le rééchelonnement des prêts contractés pour financer ces projets énergétiques.

À un moment donné, le Pakistan devait près de 2 milliards de dollars aux entreprises énergétiques chinoises opérant dans le pays.

Le rééchelonnement de ces dettes a apporté un soulagement temporaire, mais le problème sous-jacent de la surcapacité reste sans solution.

L’entrée de BYD : un nouveau chapitre dans les relations entre le Pakistan et la Chine ?

Alors que le Pakistan est aux prises avec son dilemme énergétique, la Chine a identifié une opportunité de renforcer son influence économique.

BYD, l'un des principaux fabricants mondiaux de véhicules électriques, s'apprête à lancer ses véhicules au Pakistan aujourd'hui, marquant ainsi une étape importante dans l'industrie automobile du pays.

Cette initiative ne vise pas seulement à vendre des voitures ; elle représente une utilisation stratégique de l’excédent de capacité énergétique du Pakistan.

BYD a choisi de s'associer à Hub Power Company Limited (HUBC) pour son entrée au Pakistan.

HUBC, par l’intermédiaire de sa filiale Mega Motors Limited, a une histoire de collaboration avec des entreprises chinoises sur des projets énergétiques.

L'entreprise a déjà travaillé avec China Power Hub Generation Company pour établir deux centrales thermiques au Pakistan et s'est également associée à China National Machinery Industry Corp (Sinomach) pour développer des centrales électriques supplémentaires dans le pays.

Sinomach, qui a récemment achevé l'usine BYD en Thaïlande, devrait jouer un rôle clé dans la mise en place des opérations de BYD au Pakistan.

On ne sait pas encore si BYD établira une usine d'assemblage ou de fabrication, mais une chose est sûre : l'implication de la Chine dans le secteur électrique pakistanais garantit que la disponibilité énergétique ne constituera pas une contrainte.

Poursuite de l’influence de la Chine sur le Pakistan ?

L’entrée de BYD au Pakistan, soutenue par les investissements importants de la Chine dans le secteur de l’énergie, pourrait être considérée comme une démarche stratégique visant à exploiter pleinement l’infrastructure existante du pays.

Si certains peuvent y voir une continuation de l’influence de la Chine sur le Pakistan, d’autres pourraient affirmer que cela offre une solution à l’excédent énergétique du Pakistan en stimulant la croissance industrielle et l’activité économique.

Toutefois, cette évolution soulève également des questions quant à son impact à long terme sur l’économie et la souveraineté du Pakistan.

Si les investissements chinois fournissent des infrastructures et une croissance industrielle indispensables, ils augmentent également les obligations financières du Pakistan et renforcent sa dépendance envers son puissant voisin.

Alors que BYD lance ses véhicules au Pakistan, le public est impatient de voir comment ce nouveau chapitre se déroule.

Cette mesure sera-t-elle une aubaine pour l’économie pakistanaise en difficulté ou va-t-elle enfoncer davantage le pays dans un cycle d’endettement et de dépendance ? Seul l’avenir nous le dira.