L’Ukraine fixe des prix minimums à l’exportation pour les céréales et les oléagineux : quel impact cela aura-t-il sur les marchés mondiaux ?

L’Ukraine fixe des prix minimums à l’exportation pour les céréales et les oléagineux : quel impact cela aura-t-il sur les marchés mondiaux ?
Diya Poddar
20 août 2024, 17:56 PM
  • Les prix minimums de l'Ukraine seront basés sur les données douanières du mois dernier, avec une remise de 10 %.
  • L'Association ukrainienne des céréales prévient que les nouvelles règles pourraient perturber la moitié des exportations agricoles du pays.
  • Une baisse des exportations ukrainiennes pourrait peser davantage sur les prix mondiaux des denrées alimentaires, ce qui aurait des répercussions sur les pays dépendants.

L’Ukraine a récemment introduit une nouvelle politique imposant des prix minimums à l’exportation sur les principales céréales et oléagineux, visant à remédier aux distorsions de prix exacerbées par le conflit en cours avec la Russie.

Cette mesure vise la pratique des ventes intérieures à des prix artificiellement bas, qui sont ensuite exportées pour échapper aux impôts.

Bien que destiné à stabiliser les prix intérieurs, le nouveau système pourrait avoir des répercussions importantes sur le secteur agricole ukrainien et sur son rôle d’exportateur mondial majeur.

La nouvelle règle de tarification aura-t-elle un impact sur les exportations ?

La nouvelle politique du gouvernement ukrainien établit des prix minimums à l’exportation pour les produits de base essentiels tels que le blé, le maïs, l’huile de tournesol, le soja et le colza.

Ces produits sont essentiels pour l'économie d'exportation de l'Ukraine, et les prix minimaux seront déterminés sur la base des données du service des douanes de l'État, en appliquant une remise de 10 % sur les conditions de livraison du mois précédent.

L'Association ukrainienne des céréales (UGA) a exprimé ses inquiétudes quant à l'impact potentiel de ces règles.

L'association prévient que le nouveau système de prix pourrait mettre en péril jusqu'à la moitié des exportations agricoles du pays.

En outre, l’UGA souligne que cette politique pourrait porter atteinte au système de contrats à terme, qui est essentiel pour permettre aux agriculteurs d’obtenir des prêts et de gérer les risques financiers.

Les contrats à terme sont des accords qui bloquent les prix de vente futurs des matières premières, offrant ainsi une stabilité aux agriculteurs et aux prêteurs.

L'UGA craint qu'avec la mise en place de prix minimums à l'exportation, ces contrats deviennent moins fiables.

Cette incertitude pourrait entraver la capacité des agriculteurs à obtenir des prêts, ce qui entraînerait une réduction des semis et des rendements futurs. De telles perturbations pourraient aggraver les difficultés auxquelles est confrontée l'industrie agricole ukrainienne, déjà en difficulté en raison de la guerre et de l'instabilité économique.

L’Ukraine est l’un des principaux exportateurs mondiaux de céréales et d’oléagineux, et toute perturbation de ses exportations pourrait affecter considérablement les marchés mondiaux.

L’introduction de prix minimums à l’exportation pourrait réduire le volume de produits agricoles ukrainiens disponibles à l’international, ce qui pourrait entraîner une hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires.

Cette évolution intervient à un moment où les prix mondiaux des denrées alimentaires sont déjà mis à rude épreuve par des facteurs tels que le changement climatique, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement et les tensions géopolitiques.

Une réduction des exportations ukrainiennes pourrait exercer une pression supplémentaire sur les prix alimentaires mondiaux, affectant les pays qui dépendent fortement des importations ukrainiennes.

Cela résoudra-t-il les distorsions des prix intérieurs ?

Le nouveau système de tarification à l’exportation du gouvernement ukrainien constitue une réponse stratégique pour remédier aux distorsions des prix intérieurs, mais il comporte des risques potentiels pour les marchés agricoles nationaux et mondiaux.

La perturbation des exportations, l’effondrement potentiel des contrats à terme et l’incertitude accrue du marché sont des préoccupations importantes que les parties prenantes devront surveiller de près.

À l’approche de la date de mise en œuvre des nouvelles règles, on ne sait toujours pas comment ces changements se dérouleront et quel sera leur impact exact sur le marché.

Les acteurs nationaux et internationaux du secteur agricole suivront de près l’évolution de la situation afin d’évaluer les effets potentiels sur les marchés mondiaux des céréales et des oléagineux.