La France cible les cryptomonnaies dans une nouvelle réforme de l’impôt sur la fortune axée sur les actifs « improductifs »

La France cible les cryptomonnaies dans une nouvelle réforme de l’impôt sur la fortune axée sur les actifs « improductifs »
Rony Roy
03 nov. 2025, 10:23 AM
  • L’amendement de la loi fiscale française impose un impôt de 1 % sur les « richesses improductives » de plus de 2 millions d’euros, y compris les cryptomonnaies.
  • Les actifs numériques sont regroupés avec les produits de luxe comme les yachts, l’art et l’or dans la nouvelle catégorie fiscale.
  • Le plan fiscal s’inscrit dans le cadre du projet de budget 2026 de la France.

Les législateurs français ont proposé un amendement aux lois fiscales du pays qui classe les cryptomonnaies et autres actifs de grande valeur comme des « richesses improductives » et propose une nouvelle taxe ciblant ces avoirs.

Le député centriste Jean-Paul Matteï a présenté l’amendement le 22 octobre, et il a ensuite été adopté par l’Assemblée nationale, la chambre basse de la France, après un vote serré vendredi.

Bien que le cadre fiscal mis à jour n’ait pas encore été adopté et qu’il doive encore être adopté par le Sénat dans le cadre des négociations budgétaires plus larges pour 2026, les acteurs du secteur s’inquiètent déjà des implications qu’une telle mesure pourrait avoir pour les détenteurs de cryptomonnaies en France.

Selon le résumé de l’amendement, le modèle actuel de l’impôt sur la fortune a été jugé économiquement incohérent pour exclure les biens précieux mais « improductifs » tels que l’or, l’art, les voitures classiques et les yachts.

Les modifications proposées visent à élargir l’assiette fiscale pour inclure ces articles, ainsi que les avions privés, les biens immobiliers non productifs et les actifs numériques comme les cryptomonnaies.

En vertu du régime révisé, les personnes disposant de plus de 2 millions d’euros d’actifs « improductifs » éligibles seraient soumises à un impôt forfaitaire de 1 %, ce qui s’écarte de la structure progressive existante qui impose le patrimoine immobilier sur une échelle mobile commençant à 800 000 €.

Les personnalités de la crypto en France ont exprimé leur déception quant au cadrage des actifs numériques dans le cadre de l’amendement. Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a déclaré que la mesure « punit effectivement tous les épargnants » qui comptent sur le bitcoin et l’or pour assurer leur avenir financier.

Larchevêque a critiqué le message politique derrière l’amendement, soulignant qu’il assimile à tort la crypto à « une réserve improductive » qui n’a aucune utilité pour l’économie réelle.

Selon lui, si le seuil de 2 millions d’euros peut sembler élevé aujourd’hui, on craint qu’il ne soit abaissé au fil du temps, ce qui pourrait amener beaucoup plus d’investisseurs dans le champ d’application de la loi, d’autant plus qu’il voit de fortes chances que l’amendement entre en vigueur.

« Il y a certainement encore un processus législatif pour que cela soit inclus dans le PLF 2026, mais la probabilité qu’il entre en vigueur le 1er janvier reste forte », a-t-il déclaré.

La France recalibre sa position sur les cryptomonnaies

Dans ce contexte, les autorités françaises ont resserré leur emprise sur la conformité ces derniers mois en lançant des inspections sur place des principales plateformes de cryptomonnaies opérant dans le pays.

Binance, entre autres, a fait l’objet d’un examen par l’Autorité française de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui aurait demandé à la bourse de renforcer ses contrôles de risque et de conformité.

Les régulateurs français font également pression pour une centralisation du pouvoir de surveillance au niveau européen alors qu’ils envisagent de créer une réserve de bitcoins.

La Banque de France a demandé à l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) d’assumer le rôle de superviseur principal des marchés de crypto-monnaies dans l’ensemble du bloc.

S’exprimant lors d’un forum fintech le mois dernier, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a affirmé qu’une approche centralisée était essentielle pour lutter contre les risques pesant sur la souveraineté monétaire de l’euro, en particulier ceux provenant des stablecoins non européens.

Il a fait valoir que l’ESMA devrait prendre l’initiative en matière de surveillance afin d’atténuer l’arbitrage réglementaire.