La dernière aciérie du Chili va fermer ses portes en raison de la concurrence des importations chinoises

La dernière aciérie du Chili va fermer ses portes en raison de la concurrence des importations chinoises
Harsh Vardhan
10 août 2024, 16:02 PM
  • L'aciérie chilienne de Huachipato va fermer en raison de la concurrence des importations chinoises.
  • CAP fait face à des pertes de plus de 500 millions de dollars, ce qui entraîne la fermeture indéfinie de l'usine.
  • Les tarifs douaniers gouvernementaux ne parviennent pas à protéger l’industrie sidérurgique chilienne des pressions mondiales.

La seule aciérie du Chili, Huachipato, devrait fermer ses portes pour une durée indéterminée d'ici septembre, ce qui constituera un revers important pour le secteur industriel du pays.

L'usine, exploitée par CAP, a eu du mal à concurrencer un afflux d'importations d'acier chinois bon marché, ce qui a entraîné plus de 500 millions de dollars de pertes au cours des deux dernières années.

Malgré les efforts du gouvernement, notamment l’imposition de droits de douane sur l’acier chinois, la fermeture de l’usine souligne les défis auxquels sont confrontées les industries nationales face à la concurrence mondiale.

L'impact des importations chinoises sur l'industrie sidérurgique chilienne

L'usine de Huachipato, située dans la région centrale du Bio Bio au Chili, est une pierre angulaire de l'économie industrielle du pays depuis des décennies.

L'usine est un fournisseur essentiel de matériaux en acier pour l'industrie minière du cuivre du Chili, employant environ 20 000 personnes directement et indirectement.

Cependant, l'usine n'a pas pu résister à la pression concurrentielle des importations chinoises, qui ont inondé le marché d'alternatives moins chères.

Selon le CAP, l'afflux d'acier chinois a rendu impossible l'augmentation des prix, rendant les opérations de l'usine économiquement non viables.

Cette situation met en évidence une tendance plus large dans toute l’Amérique latine, où les exportations chinoises bon marché ont explosé dans divers secteurs, perturbant les industries locales.

Rien qu'en 2023, la région a importé un volume record de 10 millions de tonnes d'acier chinois, soit une augmentation de 44 % par rapport à l'année précédente, selon le groupe sidérurgique latino-américain Alacero.

L’intervention gouvernementale et ses limites

Afin de protéger son industrie sidérurgique nationale, le gouvernement chilien a imposé des tarifs temporaires sur l’acier chinois plus tôt cette année.

Plus précisément, un droit de douane de 34 % a été imposé sur les billes d’acier en provenance de Chine, ainsi qu’un tarif de 25 % sur les barres utilisées pour les fabriquer.

Ces mesures visaient à uniformiser les conditions de concurrence pour les producteurs locaux comme CAP et Molycop, un autre acteur clé de l'industrie sidérurgique chilienne.

Malgré ces efforts, les tarifs douaniers se sont révélés insuffisants pour atténuer l’impact de la concurrence chinoise.

CAP a annoncé que les conditions du marché, même avec les tarifs en vigueur, empêchaient toute augmentation significative des prix de l'acier, rendant impossible la poursuite de ses opérations.

Cette décision a suscité des critiques de la part de plusieurs parties prenantes, notamment du gouvernement chilien. Le ministre de l'Économie, Nicolás Grau, a exprimé sa frustration face à la décision de la CAP, la qualifiant d'« irresponsable ».

Il a critiqué CAP et Molycop pour ne pas être parvenus à un accord sur les ventes et les prix qui aurait pu tirer parti des nouvelles conditions de marché créées par les tarifs.

Grau a souligné les efforts continus du gouvernement pour annuler la fermeture de l'usine, même si les chances de succès semblent minces.

Des implications plus vastes pour le Chili et l’Amérique latine

La fermeture de l'usine de Huachipato est plus qu'un simple coup porté à l'industrie sidérurgique chilienne ; elle a des implications plus larges pour l'économie du pays et ses relations avec la Chine.

La Chine étant le premier partenaire commercial du Chili, représentant près de 40 % des exportations du pays, la décision d’imposer des tarifs douaniers et les conséquences qui en découlent pourraient mettre à rude épreuve les relations économiques entre les deux nations.

En juin, l'ambassadeur de Chine à Santiago a exprimé ses inquiétudes selon lesquelles les tarifs douaniers avaient « porté préjudice aux intérêts légitimes des entreprises sidérurgiques chinoises » et « endommagé les relations économiques et commerciales » entre la Chine et le Chili.

Ces tensions diplomatiques ajoutent une couche supplémentaire de complexité à un environnement économique déjà difficile.

En outre, la situation au Chili reflète un problème plus vaste qui touche de nombreux pays d’Amérique latine et d’Asie, où les industries nationales ont du mal à concurrencer l’afflux de produits chinois moins chers.

Les prix agressifs et l’offre abondante de produits chinois exercent une pression croissante sur les fabricants locaux, entraînant des pertes d’emplois et la fermeture d’entreprises de longue date.

L'avenir du paysage industriel du Chili

La fermeture de Huachipato laisse le Chili sans usine de production d'acier nationale, ce qui suscite des inquiétudes quant à l'avenir du secteur industriel du pays.

La perte d’un employeur et d’un fournisseur aussi important pour l’industrie minière du cuivre pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de l’économie, en particulier dans la région de Bio Bio.

Alors que le Chili est confronté à ces défis, il devra peut-être explorer de nouvelles stratégies pour protéger et revitaliser sa base industrielle.

Cela pourrait impliquer une intervention gouvernementale supplémentaire, une diversification du secteur industriel ou des investissements accrus dans la technologie et l’innovation pour améliorer la compétitivité.

Même si les perspectives immédiates pour l’industrie sidérurgique chilienne sont sombres, la réponse du pays à cette crise sera cruciale pour déterminer l’orientation future de sa politique industrielle.

Alors que la concurrence mondiale s’intensifie, le Chili devra s’adapter et innover pour assurer la durabilité de ses industries clés.