Quel est l’objectif final du plan de relance chinois ?

Quel est l’objectif final du plan de relance chinois ?
Dionysis Partsinevelos
23 oct. 2024, 10:01 AM
  • Les récentes baisses de taux de la Chine visent à stimuler la liquidité et à atteindre l'objectif de croissance de 5 %.
  • Les analystes appellent à une relance budgétaire directe pour relancer la faible demande des consommateurs.
  • La reprise économique dépend de la lutte contre la déflation et des difficultés du marché immobilier.

La Chine a pris des mesures importantes pour stimuler son économie au cours des derniers mois, principalement en raison des pressions économiques croissantes.

La Banque populaire de Chine (PBoC) a récemment mis en œuvre l'une de ses baisses de taux les plus agressives depuis des années, abaissant le taux préférentiel des prêts à un an (LPR) à 3,1 % contre 3,35 % et le LPR à cinq ans à 3,6 % contre 3,85 %.

Cette décision, bien qu'attendue, souligne l'urgence avec laquelle les dirigeants chinois tentent de relancer la croissance. Mais cet assouplissement monétaire suffira-t-il à sortir la deuxième économie mondiale de son marasme ?

L'économie chinoise en difficulté

Le paysage économique chinois est devenu de plus en plus difficile. Le pays est confronté à un ralentissement du marché immobilier, à une faible demande des consommateurs et à des pressions déflationnistes.

Des données récentes ont montré que la croissance du PIB n'a atteint que 4,6 % au troisième trimestre 2024, bien en deçà de l'objectif de fin d'année du gouvernement, qui est d'environ 5 %.

Les dernières baisses de taux visent à résoudre ces problèmes en réduisant les coûts d’emprunt et en augmentant la liquidité pour les entreprises et les ménages.

Le moment choisi pour ces baisses est crucial. Après un plan d'assouplissement plus large en septembre, qui comprenait des réductions des taux hypothécaires et des mesures visant à stabiliser le marché boursier, cette mesure souligne une fois de plus la détermination du gouvernement à atteindre son objectif de croissance.

La baisse des taux d’intérêt vise à stimuler les dépenses et les investissements, en particulier dans le secteur immobilier, qui reste un élément crucial de l’économie chinoise, représentant près de 30 % du PIB.

Pour les investisseurs mondiaux, ces efforts ont été un soulagement et ont apporté un sentiment renouvelé d’optimisme.

Après la baisse des taux, les indices boursiers chinois, comme le CSI 300, ont enregistré des gains modestes. Les actions à petite capitalisation ont surperformé, tandis que le marché immobilier a montré quelques signes de stabilisation.

Pourtant, malgré ces signaux positifs, des questions subsistent quant à la profondeur et à la durabilité de la reprise.

Pourquoi l’assouplissement monétaire de la Chine pourrait ne pas suffire

Les dernières mesures monétaires de la Chine ont sans aucun doute atténué certaines pressions immédiates, mais elles ont leurs limites.

Les baisses de taux ne peuvent à elles seules résoudre les défis structurels plus profonds auxquels l’économie chinoise est confrontée.

La confiance des consommateurs reste faible, fortement influencée par les difficultés du secteur immobilier et les craintes de déflation.

Les ménages et les entreprises, même s’ils peuvent désormais emprunter à moindre coût, hésitent encore à dépenser ou à investir.

Cette réticence met en évidence un problème crucial : la faiblesse de la demande. Même avec des coûts d’emprunt plus faibles, de nombreux consommateurs chinois se montrent méfiants, préférant épargner plutôt que dépenser dans un contexte d’incertitude économique.

Le récent ralentissement du marché immobilier a accentué leur prudence, érodant la richesse des ménages et réduisant leur appétit pour de nouveaux achats.

Dans un tel environnement, les liquidités libérées par les baisses de taux risquent de rester bloquées dans le système bancaire, plutôt que de s’écouler vers l’économie réelle où elles pourraient stimuler la croissance.

Les analystes estiment que la Chine a réellement besoin d’une réponse budgétaire plus vigoureuse. Une relance budgétaire à grande échelle pourrait permettre de mettre directement de l’argent dans les mains des ménages, ce qui stimulerait la consommation.

Une telle stratégie pourrait inclure des mesures ciblées telles que des réductions d’impôts, des subventions ou des transferts monétaires directs.

Ces mesures contribueraient à compenser l’impact de la hausse du coût de la vie et de la stagnation des salaires, s’attaquant ainsi à la racine du problème de la demande en Chine.

Changement de stratégie pour Xi ?

La vague actuelle de baisses de taux signale également un changement potentiel de stratégie de la part de Pékin.

Depuis 2021, le président Xi Jinping s’est concentré sur la refonte de la structure économique de la Chine.

Sa vision donne la priorité aux investissements dans l’industrie manufacturière à forte intensité technologique plutôt que dans des secteurs comme l’immobilier et les technologies destinées aux consommateurs, qu’il considère comme moins essentiels à la puissance nationale.

En déplaçant les capitaux loin de ces secteurs, Xi Jinping vise à construire une économie autosuffisante capable de résister aux pressions géopolitiques, notamment de la part des États-Unis.

Toutefois, les données économiques récentes suggèrent que cette stratégie a atteint ses limites. Le secteur immobilier reste en difficulté, les dépenses de consommation sont faibles et la confiance dans le marché est fragile.

Pour maintenir la stabilité de l’économie, Xi et ses dirigeants politiques ont compris qu’ils devaient fournir un soutien plus immédiat pour éviter une nouvelle détérioration économique.

C’est pourquoi les récentes mesures d’assouplissement monétaire ont été accompagnées d’appels à une plus grande intervention budgétaire, reconnaissant que se concentrer uniquement sur les changements structurels à long terme n’est pas suffisant face aux pressions économiques à court terme.

La question est désormais de savoir si Pékin est prêt à changer encore de cap, en adoptant une approche budgétaire plus agressive ciblant directement les dépenses de consommation.

Bien que les récentes déclarations des dirigeants chinois laissent entrevoir la possibilité de mesures de relance supplémentaires, on hésite encore à répéter les erreurs du passé, comme celles de 2008-2009, qui ont conduit à une accumulation massive de dettes des collectivités locales.

Le défi pour Pékin sera de trouver un équilibre entre la stimulation de la croissance actuelle et le maintien de la stabilité à long terme de son système économique.

Une relance budgétaire peut-elle enfin combler le fossé ?

De nombreux experts estiment que la pièce manquante pour la reprise économique chinoise réside dans un plan budgétaire ciblé.

Si les baisses de taux décidées par la PBoC constituent un pas dans la bonne direction, elles ne suffiront probablement pas à remédier pleinement au manque de demande qui continue de peser sur l'économie chinoise. Les mesures budgétaires visant les ménages pourraient être la clé pour débloquer une reprise plus large.

Un plan budgétaire ciblé pourrait inclure des transferts monétaires directs aux ménages ou des subventions pour des secteurs de consommation clés comme le logement ou les biens durables.

De telles mesures contribueraient non seulement à relancer les dépenses, mais aussi à soutenir le marché immobilier en difficulté, ce qui est essentiel pour restaurer la confiance économique globale.

Une augmentation des revenus des ménages pourrait également atténuer les pressions déflationnistes, car une augmentation des dépenses créerait un équilibre plus sain entre l’offre et la demande.

Les investisseurs sont attentifs aux signes de ce changement. Les marchés mondiaux ont tendance à réagir positivement lorsque la Chine annonce une intervention politique forte, car cela renforce la confiance dans les perspectives économiques asiatiques et mondiales.

Si Pékin met en œuvre un plan budgétaire, cela pourrait contribuer à stabiliser la trajectoire de croissance du pays et à apaiser les craintes d’un ralentissement plus profond.

La reprise fragile de la Chine et des décisions clés à venir

Les récentes baisses de taux en Chine ont ouvert la voie à une éventuelle reprise économique, mais la voie à suivre reste incertaine.

Bien que ces mesures monétaires aient injecté un sentiment d’urgence et d’optimisme sur le marché, il est peu probable qu’elles soient suffisantes à elles seules.

Les défis économiques de la Chine sont complexes, avec des problèmes de demande profondément enracinés qui nécessitent plus que de simples prêts moins chers pour être résolus.

La question est de savoir si les dirigeants chinois franchiront la prochaine étape en mettant en place une relance budgétaire vigoureuse, ciblant les ménages et les secteurs qui ont le plus besoin de soutien.

Cela pourrait fournir l’étincelle nécessaire à une croissance soutenue, aidant la Chine à atteindre son objectif de fin d’année et rassurant les marchés mondiaux quant à sa résilience.

Une telle décision comporte toutefois des risques. Il faudra trouver le juste équilibre entre les besoins économiques immédiats et les objectifs à long terme de stabilité et d’autosuffisance.