Les travailleurs britanniques pourraient obtenir le droit de grève pendant une année entière grâce à une nouvelle proposition

Les travailleurs britanniques pourraient obtenir le droit de grève pendant une année entière grâce à une nouvelle proposition
Diya Poddar
24 oct. 2024, 18:12 PM
  • La proposition supprime le seuil de participation de 50 % et de 40 % pour les votes de grève dans les principaux services publics.
  • Plus de 5,7 millions de journées de travail ont été perdues à cause des grèves au cours des deux dernières années, un record depuis 30 ans.
  • Les entreprises craignent que la mise en œuvre des projets du Parti travailliste puisse coûter jusqu'à 5 milliards de livres sterling par an.

Le gouvernement britannique envisage d’apporter une modification importante à la législation sur les grèves, qui doublerait la durée pendant laquelle les travailleurs peuvent mener une action de grève avant de devoir procéder à un nouveau référendum.

Actuellement, lorsqu'un salarié vote pour la grève, le mandat est valable six mois. Après cette période, les syndicats doivent tenir un autre vote pour poursuivre l'action.

Un récent document de consultation suggère de prolonger ce mandat à une année complète, invoquant la forte probabilité que les syndicats remportent un deuxième tour et les coûts administratifs inutiles associés à la règle actuelle de six mois.

Cette proposition intervient dans un contexte de grèves généralisées dans des secteurs comme les transports, la santé et l’éducation, où le personnel, notamment les cheminots, les médecins et les enseignants, ont débrayé pour protester contre les salaires et les conditions de travail.

Au cours des deux dernières années, plus de 5,7 millions de journées de travail ont été perdues à cause des grèves, soit le chiffre le plus élevé depuis plus de trois décennies, selon les données officielles.

En prolongeant la durée du mandat de grève, le gouvernement vise à réduire la fréquence des nouveaux scrutins et potentiellement à favoriser une dynamique plus coopérative entre les syndicats et les employeurs.

Une refonte majeure des conditions de vote

L’un des aspects les plus controversés de la proposition du gouvernement est d’éliminer l’exigence selon laquelle au moins 50 % des travailleurs doivent participer à un vote de grève pour que celui-ci soit valide.

Actuellement, pour les secteurs classés comme « services publics importants » comme le NHS, 40 % des salariés doivent voter en faveur de toute action industrielle pour que celle-ci puisse avoir lieu.

La nouvelle législation supprimerait ce seuil, simplifiant ainsi le processus d’organisation des grèves par les syndicats.

Les changements suggérés ont suscité des critiques de la part de certains, le secrétaire d'État conservateur aux affaires fantômes, Kevin Hollinrake, appelant à un réexamen du projet de loi sur les droits des employés.

Il a averti que les changements proposés pourraient créer « une crise existentielle d'une ampleur jamais vue depuis la pandémie » pour les entreprises, avec un impact potentiel sur l'emploi et l'économie.

La vice-première ministre Angela Rayner a défendu ces changements, affirmant que ces politiques visent à « abroger les lois anti-travailleurs et anti-syndicales » et à moderniser les relations industrielles.

Équilibrer les droits syndicaux avec les préoccupations des entreprises

L'analyse du gouvernement, publiée plus tôt cette semaine, estime que les réformes proposées aux droits des travailleurs pourraient coûter aux entreprises jusqu'à 5 milliards de livres sterling par an.

Malgré le fardeau financier que cela représente pour les entreprises, les syndicats voient les changements d'un bon œil. Paul Nowak, secrétaire général du Congrès des syndicats (TUC), a salué « l'engagement du gouvernement à introduire un cadre moderne pour les relations professionnelles ».

Les réformes prévues par le projet de loi sur les droits des travailleurs prévoient des mesures qui permettraient aux syndicats d’obtenir plus facilement la reconnaissance des employeurs. Selon les règles actuelles, 10 % des effectifs doivent être syndiqués pour qu’une demande de reconnaissance soit déposée.

La proposition du gouvernement suggère d'abaisser ce seuil à seulement 2 %, ce qui permettrait aux syndicats de devenir plus facilement l'organisme représentatif des salariés dans les négociations sur les salaires et les conditions de travail.

Les syndicats ont du mal à se faire reconnaître

Même si les changements proposés pourraient donner plus de poids aux syndicats, ils sont également confrontés à des difficultés pour obtenir la reconnaissance des employeurs.

Les syndicats soutiennent depuis longtemps que les entreprises peuvent manipuler les effectifs en embauchant du personnel supplémentaire pour diluer le pourcentage de membres des syndicats, rendant ainsi plus difficile pour les syndicats d’atteindre les seuils de reconnaissance.

Ce problème a été mis en évidence en juillet lorsque le syndicat GMB a perdu de justesse un vote de reconnaissance au centre de distribution d'Amazon à Coventry, par seulement 28 voix.

Le syndicat a accusé Amazon d'avoir volontairement embauché des travailleurs supplémentaires pour nuire à sa quête de reconnaissance. Amazon a nié ces allégations, affirmant que le recrutement faisait partie de ses activités commerciales habituelles.

Un paysage changeant pour l’action industrielle

Les changements prévus par le gouvernement représentent un changement majeur dans l’approche du Royaume-Uni en matière de gestion des actions industrielles et de reconnaissance des syndicats.

En prolongeant les mandats de grève à un an et en assouplissant les conditions de vote, les réformes pourraient conduire à une vague d’actions industrielles, remodelant potentiellement la relation entre employeurs et employés dans divers secteurs.

Les implications financières pour les entreprises et l’économie en général restent un point de discorde.

Alors que les syndicats considèrent la législation proposée comme une étape nécessaire vers l’amélioration des droits des travailleurs, les opposants soutiennent que les changements pourraient imposer des coûts importants aux entreprises, en particulier en période d’incertitude économique.

Alors que le projet de loi sur les droits des travailleurs franchit la phase de consultation, sa forme finale et l’équilibre qu’il établit entre l’autonomisation des syndicats et la stabilité économique seront surveillés de près.