La France exige des droits de douane plus élevés sur l’acier pour soutenir l’objectif climatique de l’UE

La France exige des droits de douane plus élevés sur l’acier pour soutenir l’objectif climatique de l’UE
Deepali Singh
25 sept. 2025, 18:35 PM
  • La France conditionne son soutien à l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2040.
  • Il exige une protection commerciale plus forte pour son industrie sidérurgique.
  • Paris souhaite également une révision complète de la taxe carbone aux frontières (MACF) de l’UE.

Dans un jeu de pouvoir aux enjeux élevés qui oppose l’ambition climatique au protectionnisme industriel, la France a tracé une ligne ferme dans le sable.

Le gouvernement de Paris exige que l’Union européenne s’engage à mettre en place un nouveau bouclier puissant pour son industrie sidérurgique et une révision complète de sa taxe carbone avant de soutenir la proposition ambitieuse de l’UE de réduire ses émissions de 90 % d’ici 2040.

Cette décision, décrite dans un document partagé avec d’autres États membres, tient effectivement la politique verte phare de l’UE en otage des exigences industrielles de la France.

Cela ouvre la voie à un sommet tendu et potentiellement conflictuel des dirigeants de l’UE le mois prochain, où l’avenir de la transition verte de l’Europe sera en jeu.

Une politique industrielle pour un avenir vert

Pour la France, les deux questions sont indissociables. Le gouvernement soutient que l’immense défi de la décarbonisation ne peut être séparé de la nécessité de protéger la souveraineté industrielle du continent.

« Pour atteindre ses objectifs climatiques tout en préservant sa souveraineté industrielle et technologique, l’Europe doit non seulement transformer ses capacités de production existantes, mais aussi développer de nouvelles industries compétitives » dans des secteurs stratégiques, a déclaré la France dans le document, consulté par Bloomberg News.

« C’est pourquoi l’adoption d’un tel objectif ne peut être dissociée de l’adoption des mesures de politique industrielle européenne nécessaires pour préserver et transformer ces secteurs. »

Un bouclier d’acier et une taxe carbone redux

Au cœur des revendications de la France se trouve un appel à l’adoption rapide « de mesures commerciales protectrices sur l’acier pour une mise en œuvre dès juin 2026 ».

Il s’agit d’une réponse directe à l’expiration imminente des mesures de sauvegarde provisoires actuelles de l’UE, qui ont été introduites pour la première fois en 2019 pour limiter les importations d’acier à la suite des droits de douane américains.

Tout aussi cruciale est la demande d’une révision complète du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) avant qu’il n’entre pleinement en vigueur au début de l’année prochaine.

Le document français appelle également à une série d’autres « conditions favorables », notamment un financement efficace de la décarbonisation industrielle et la création de marchés protégés pour les producteurs locaux de biens à faible émission de carbone.

Un sommet aux enjeux, un bloc divisé

Ces demandes seront débattues par les chefs de gouvernement de l’UE lors d’un sommet de deux jours à Bruxelles à partir du 23 octobre. Le défi sera immense.

Toute décision climatique majeure nécessite un accord unanime, un exploit difficile dans un bloc aux sources d’énergie, aux richesses et aux forces industrielles très diverses, en particulier à un moment où les gouvernements sont également aux prises avec la nécessité d’augmenter les dépenses de défense.

L’ultimatum français a transformé le sommet à venir d’une discussion politique de routine en une négociation à enjeux élevés. Le prix d’un avenir plus vert, semble-t-il, est plus protégé, et les deux objectifs pourraient être sur une trajectoire de collision.