Le visa Gold Card de 5 millions de dollars de Trump se heurte à des obstacles juridiques et à une impasse au Congrès
- La loi sur l’immigration de 1990 régit toujours les critères d’éligibilité à la carte verte.
- Les avocats de l’immigration conseillent aux clients de ne pas poursuivre la carte Gold pour le moment.
- Les responsables estiment que le visa pourrait rapporter 1 000 milliards de dollars si 200 000 cartes étaient émises.
Le visa « Gold Card » de 5 millions de dollars de Donald Trump a suscité l’intérêt de dizaines de milliers de candidats étrangers qui espéraient une voie accélérée vers la citoyenneté américaine.
Depuis qu’elle a été dévoilée en février, l’initiative a été promue comme un remplacement de grande valeur du visa d’investisseur EB-5. Un prototype a été présenté en avril et un site Web d’inscription hébergé par le gouvernement a été lancé en juin.
Mais cinq mois après son annonce, le programme n’a pas dépassé le stade de la commercialisation et il n’existe aucun plan de déploiement formel.
Le programme est supervisé par le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, qui affirme qu’il offrira une alternative plus rapide aux investisseurs fortunés coincés dans de longues files d’attente EB-5.
Cependant, des avocats spécialisés en immigration et des experts juridiques ont soulevé de sérieuses questions sur la légalité et la faisabilité pratique du programme.
Le cadre actuel de l’immigration, façonné par la loi sur l’immigration de 1990, n’a pas été révisé par le Congrès depuis 35 ans. L’introduction d’une nouvelle catégorie de visa sans soutien législatif est considérée par les experts comme juridiquement infondée et politiquement risquée.
La loi américaine confie l’autorité de l’immigration au Congrès
Au cœur du débat se trouve la répartition des pouvoirs dans la Constitution américaine. Les juristes soulignent que seul le Congrès a le pouvoir de modifier ou de créer des catégories de visas.
Doug Rand, conseiller principal de l’ancien directeur des services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis, a déclaré qu’il n’existe aucune base légale pour mettre en œuvre la carte d’or sans l’approbation du Congrès.
Il a fait valoir que toute tentative de procéder unilatéralement ferait probablement l’objet de poursuites judiciaires et pourrait être annulée par les tribunaux.
Bien qu’une décision de la Cour suprême de 1950 ait reconnu un certain pouvoir exécutif en matière d’immigration, George Fishman, du Centre d’études sur l’immigration, a précisé que la décision n’accordait pas à la Maison-Blanche le pouvoir d’agir indépendamment du Congrès pour créer de nouvelles catégories d’immigration.
Fishman a déclaré que la décision permettait la mise en œuvre des procédures établies par le Congrès, et non des changements unilatéraux par le pouvoir exécutif.
L’administration Trump n’a pas encore présenté de projet de loi pour soutenir la carte d’or, ce qui affaiblit encore ses perspectives.
Les efforts déployés par les administrations précédentes pour contourner le Congrès, tels que le programme DACA de l’ère Obama ou l’expansion de la libération conditionnelle de Biden, ont également fait l’objet de contestations judiciaires, en particulier de la part de législateurs républicains qui soutiennent que l’exécutif a outrepassé son autorité.
La résistance du Congrès limite les chances de succès
Le Congrès dirigé par les républicains s’est montré peu enclin à soutenir les nouvelles voies d’immigration, en particulier celles favorisant les étrangers fortunés.
Lors d’une audience de la sous-commission judiciaire de la Chambre des représentants le 25 juin consacrée à la réforme des visas, la carte Gold n’a pas été abordée. Au lieu de cela, la session a mis en évidence les préoccupations concernant les abus potentiels dans le système existant et a appelé à une surveillance plus stricte.
Selon Alex Nowrasteh de l’Institut Cato, il n’y a actuellement « aucun appétit » au Congrès pour introduire ou même débattre d’un tel programme. Sans soutien bipartisan, la proposition reste politiquement isolée.
Même parmi les voix pro-immigration, l’idée de donner la priorité à la citoyenneté pour les ultra-riches a peu de chances de trouver un large soutien, surtout en cette période électorale.
L’incertitude conduit les experts à mettre en garde les demandeurs
Malgré le manque de clarté, le secrétaire au Commerce Lutnick a affirmé en mars que le marché des cartes Gold pourrait atteindre 37 millions de personnes dans le monde et que l’émission de 200 000 cartes permettrait de générer 1 000 milliards de dollars de recettes publiques.
Jusqu’à présent, 70 000 personnes se seraient inscrites sur la liste d’attente officielle. L’administration a également suggéré que les cartes physiques seront faites d’or véritable.
Cependant, les praticiens du droit appellent à la prudence. Des avocats spécialisés en droit de l’immigration, comme Ron Klasko, ont conseillé à des clients du Canada et d’Europe d’éviter de s’inscrire jusqu’à ce que le programme soit légalement défini et correctement documenté.
Klasko a averti qu’il n’y a actuellement aucune transparence sur les conditions d’éligibilité, les procédures de demande ou les règles fiscales pour les personnes fortunées dans le cadre du visa proposé.
De même, Rosanna Berardi, une avocate basée à Buffalo, a souligné que l’administration n’a pas encore confirmé si la carte Gold formera une nouvelle catégorie de visa ou remplacera la route EB-5.
Elle a souligné que le pouvoir exécutif n’a pas le pouvoir de modifier la loi sur l’immigration sans l’approbation du législateur.
La porte-parole du département du Commerce, Kristen Eishager, a réitéré l’intention du gouvernement de mettre en œuvre le programme, affirmant que le secrétaire Lutnick s’engageait à concrétiser la vision de Trump.
Cependant, aucun calendrier n’a été fourni et des contestations judiciaires sont attendues si l’administration tente de procéder sans l’approbation du Congrès.
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