Comment le commerce mondial évolue à mesure que les nations s’éloignent des États-Unis

Comment le commerce mondial évolue à mesure que les nations s’éloignent des États-Unis
Diya Poddar
14 oct. 2025, 09:52 AM
  • La Chine achète du soja d’Amérique du Sud plutôt que des fermes américaines.
  • L’OMC relève à 2,4 % ses prévisions de croissance du commerce mondial pour 2025.
  • L’UE accélère les accords commerciaux avec le Mercosur, l’Indonésie et l’Australie.

L’économie mondiale entre dans une nouvelle phase de diversification. Les pays qui dépendaient autrefois fortement des marchés américains forment maintenant de nouvelles alliances, réorientent les chaînes d’approvisionnement et se tournent vers d’autres partenaires pour compenser les droits de douane record.

Du Canada qui s’approvisionne en véhicules au Mexique plutôt qu’aux États-Unis à la Chine qui achète du soja en Amérique du Sud, le commerce mondial change d’orientation.

Bloomberg rapporte que malgré les mesures protectionnistes des États-Unis – les droits de douane les plus élevés depuis les années 1930 – le commerce mondial ne ralentit pas.

Au lieu de cela, 85 % de celle-ci passe désormais par des canaux alternatifs, ce qui prouve que l’économie mondiale s’adapte plutôt qu’elle ne se contracte.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a récemment relevé ses prévisions de croissance du commerce des marchandises en 2025 à 2,4 %, contre 0,9 %, signalant un nouvel élan.

Pourquoi les pays forment de nouvelles alliances commerciales

Selon Bloomberg, les tarifs imposés par Washington ont poussé les partenaires commerciaux à regarder ailleurs.

Les importations de voitures du Canada en provenance du Mexique ont dépassé celles des États-Unis, tandis que la Chine s’est tournée vers les producteurs sud-américains pour s’approvisionner en soja.

L’Inde et la Chine ont repris les vols directs et le commerce des terres rares après des années de suspension de leurs relations, montrant comment même des rivaux de longue date choisissent la coopération pour un gain économique mutuel.

Les petites économies réorientent également leurs trajectoires commerciales. Le Pérou commercialise ses myrtilles en Asie, et le Lesotho, connu pour sa production textile, cible l’Europe, l’Afrique et les marchés asiatiques.

Dans le même temps, 14 pays, dont la Nouvelle-Zélande, Singapour, la Suisse et les Émirats arabes unis, ont formé un nouveau partenariat pour stimuler l’investissement et le commerce.

Ces changements mettent en évidence une tendance plus large : les pays privilégient la résilience et la diversification plutôt que la dépendance vis-à-vis des États-Unis. En conséquence, les blocs régionaux et les accords bilatéraux stimulent désormais la croissance mondiale.

Comment les flux commerciaux sont réorientés

L’impact de ces changements est visible dans les données d’expédition et de logistique. Bloomberg affirme que les fabricants chinois, confrontés aux droits de douane américains, étendent leur portée à de nouvelles régions.

International Container Terminal Services Inc., un opérateur portuaire basé à Manille, fait état d’une augmentation de l’activité de fret vers des destinations non américaines à mesure que les voies de navigation mondiales sont rééquilibrées.

Les données commerciales de la Chine pour le mois d’août soulignent ce changement. Les exportations vers les États-Unis ont chuté de 33 %, mais les expéditions vers l’Asie du Sud-Est ont augmenté de 23 %, vers l’UE de 10 % et vers l’Afrique de 26 %.

Les experts s’attendent à ce que la Chine affiche un excédent commercial record de 1,2 billion de dollars cette année malgré le ralentissement du transport maritime transpacifique, qui devrait se contracter de près de 3 %.

Bloomberg note que la société de données maritimes Clarksons Plc prévoit une croissance modérée sur la plupart des autres routes mondiales.

Cela suggère que si le corridor commercial entre les États-Unis et la Chine se rétrécit, d’autres voies, en particulier entre l’Asie et l’Europe et l’Afrique, se développent régulièrement.

La redistribution de l’activité d’expédition montre comment les entreprises trouvent de nouveaux clients et fournisseurs pour maintenir la continuité de leurs activités.

Comment l’Europe et les petites nations s’adaptent

L’Union européenne est l’un des pays les plus actifs dans la refonte de son réseau commercial. Bruxelles accélère la conclusion d’accords commerciaux longtemps retardés, y compris un accord vieux de 25 ans avec le Mercosur, un bloc sud-américain représentant 780 millions de consommateurs.

L’UE a également finalisé un accord de libre-échange avec l’Indonésie et relancé les discussions avec l’Australie, cherchant à élargir sa liste de 76 partenariats commerciaux existants.

Ces efforts indiquent que l’Europe vise à combler les lacunes commerciales créées par la fragmentation géopolitique. Cependant, les experts avertissent que les petites nations pourraient avoir plus de mal à rivaliser dans ce nouvel ordre.

À mesure que le commerce mondial devient plus régional, les pays sans influence économique risquent de perdre les avantages du système fondé sur des règles de l’OMC.

Selon un rapport de Bloomberg, le Timor-Leste, le plus récent membre de l’OMC, symbolise à la fois l’opportunité et la vulnérabilité.

Avec une population de 1,4 million d’habitants et un PIB par habitant d’environ 1 300 dollars, elle espère que l’adhésion à l’OMC l’aidera à diversifier son économie dépendante du pétrole en exportant du café, de la vanille et des fruits.

Pendant ce temps, les entreprises s’adaptent également. La société américaine True Places, qui fabrique des chaises d’extérieur au Cambodge, a interrompu ses importations vers les États-Unis en raison des pressions tarifaires et cible désormais les clients étrangers.

Cette décision reflète une tendance croissante des entreprises à mondialiser leur production et leurs ventes pour survivre dans un paysage commercial fragmenté.