Que signifie l’offre publique d’achat de SFR pour 19,72 milliards de dollars pour le secteur des télécoms en France

Que signifie l’offre publique d’achat de SFR pour 19,72 milliards de dollars pour le secteur des télécoms en France
Noris Soto
17 oct. 2025, 14:08 PM
  • L’offre conjointe de 17 milliards d’euros de Bouygues, Free et Orange pour SFR met à l’épreuve la résistance de l’UE à la consolidation des télécoms.
  • Altice rejette l’offre, mais les soumissionnaires cherchent à discuter avec les actionnaires pour faire avancer l’opération.
  • Les régulateurs et Paris sont confrontés à des pressions pour trouver un équilibre entre la concurrence, l’investissement et les intérêts nationaux.

Une offre conjointe de 17 milliards d’euros (19,72 milliards de dollars) de Bouygues Telecom, Free (propriété d’Iliad) et Orange pour la plupart des actifs de SFR, le deuxième opérateur de télécommunications français, pourrait servir de test clé pour le marché européen des télécommunications, a déclaré Reuters dans un rapport.

La proposition non contraignante qui pourrait réduire le nombre d’opérateurs de réseau français de quatre à trois a été rejetée par la société mère Altice.

Cependant, les soumissionnaires ont l’intention de convaincre les actionnaires d’Altice, dont le milliardaire Patrick Drahi, d’entamer des négociations pour sceller un accord.

Cependant, les régulateurs se sont toujours opposés aux mesures anticoncurrentielles.

La règle dite des quatre opérateurs a été une ligne rouge dans toute l’UE, avec des craintes que moins d’acteurs signifient des prix plus élevés et une qualité de service inférieure.

Quels sont les enjeux pour le marché européen des télécommunications ?

Lorsque des fusions proposées regroupaient quatre opérateurs de téléphonie mobile en trois, les autorités antitrust de l’Union européenne imposaient régulièrement des conditions onéreuses (ou bloquaient carrément les transactions).

Ils visent à protéger le choix des consommateurs et à éviter les hausses de prix sur les marchés où les services de télécommunications sont en fin de compte un service d’utilité nécessaire.

Néanmoins, l’appel au changement s’est multiplié.

Un rapport sur la compétitivité de l’UE publié l’année dernière a exhorté les régulateurs à réexaminer la question, affirmant que le secteur disparate des télécommunications en Europe l’avait fait prendre du retard sur ses rivaux internationaux.

Le rapport appelle à une mesure qui permettrait de prendre de l’ampleur, ce qui donnerait aux entreprises européennes une meilleure chance de concurrencer les géants américains et chinois qui dominent les infrastructures et les investissements dans le monde entier.

Selon Reuters, des dirigeants de l’industrie auraient déclaré que Bruxelles devrait envisager des accords régionaux plutôt que nationaux, ainsi qu’une fracture à long terme plutôt qu’une part de marché immédiate.

Si la proposition de SFR est adoptée, elle pourrait montrer si l’état d’esprit réglementaire européen commence enfin à changer.

Comment un éventuel accord SFR serait-il examiné ?

Une telle acquisition des actifs français d’Altice provoquerait presque certainement l’examen minutieux de la Commission européenne.

Une fois qu’une transaction est déposée, la Commission entreprend un examen préliminaire de la transaction dans un délai de 25 jours ouvrables.

Cette période peut être prolongée de 35 jours afin d’évaluer les mesures correctives proposées ou de permettre à un État membre de prendre en charge l’examen.

Bien que la Commission autorise la grande majorité des concentrations à l’issue d’un examen préliminaire, elle procède parfois à un examen plus approfondi dans le cadre de la deuxième étape.

Le processus est d’une durée maximale de 90 jours ouvrables et peut être prolongé à 105 jours si une évaluation plus approfondie est nécessaire.

Selon les analystes, la Commission se concentrera sur la préservation de la concurrence dans les principaux segments des télécommunications en France, tout en veillant à ce que l’infrastructure, en particulier les réseaux de fibre optique, soit ouverte à de nouveaux entrants.

Le rôle stratégique de l’État français

Si les négociations progressent, le gouvernement français disposera d’un pouvoir important.

Paris, le plus grand investisseur et membre du conseil d’administration d’Orange, exerce un pouvoir à la fois financier et politique sur le résultat.

Le ministre des Finances, Roland Lescure, a précédemment déclaré qu’il serait « extrêmement vigilant » quant à l’impact potentiel sur les prix, l’emploi et la qualité des services.

L’approche du gouvernement laisse entendre que toute autorisation pourrait être subordonnée à des ententes visant à préserver les emplois et à protéger les consommateurs, ce qui serait conforme aux intérêts nationaux plus larges.