Le Venezuela cherche à adhérer aux BRICS avec une offre pétrolière stratégique dans un contexte de turbulences politiques

Le Venezuela cherche à adhérer aux BRICS avec une offre pétrolière stratégique dans un contexte de turbulences politiques
Noris Soto
12 août 2024, 21:55 PM
  • Maduro a confirmé la volonté du Venezuela de devenir un partenaire stratégique et de confiance au sein du groupe BRICS.
  • Le renforcement des liens avec la Russie a été un élément clé de la stratégie du Venezuela.
  • L'ambassadeur du Venezuela à l'ONU cite les vastes réserves de pétrole comme un atout précieux pour les ressources collectives des BRICS.

Dans une démarche audacieuse visant à améliorer sa position mondiale, le Venezuela a proposé d’exploiter ses vastes réserves de pétrole pour devenir membre du groupe BRICS, composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud.

Cet effort d’inclusion intervient dans un contexte de troubles politiques et de défis économiques importants au sein du pays.

Le président Nicolás Maduro a publiquement affirmé l’ambition du Venezuela de rejoindre les BRICS lors d’une récente émission de radio, « Con Maduro de Repente ».

« Le Venezuela renaît à l’intérieur comme à l’extérieur »

Maduro a décrit cette décision comme une étape essentielle vers l'intégration du Venezuela dans un nouvel ordre mondial, soulignant la résilience du pays malgré les sanctions et l'agression internationale.

« Le Venezuela est en train de renaître à la fois sur le plan interne et externe », a-t-il déclaré, reflétant un sentiment d'optimisme quant à l'éventuelle adhésion au BRICS.

Le ministre des Affaires étrangères Yván Gil a fait écho à l'enthousiasme de Maduro lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS+.

Gil a souligné les réalisations du Venezuela et ses contributions potentielles au groupe BRICS, suggérant que l'adhésion revigorerait les processus basés sur la solidarité et perpétuerait l'héritage de la vision de l'ancien dirigeant Hugo Chávez.

Il a souligné que l’intégration du Venezuela dans les BRICS serait une démarche stratégique contre l’impérialisme et le néocolonialisme.

Le renforcement des liens avec la Russie a été un élément clé de la stratégie du Venezuela.

Lors du récent sommet BRICS+ à Nijni Novgorod, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Yván Gil ont signé un accord pour résister aux sanctions américaines, reflétant un approfondissement des relations russo-vénézuéliennes.

Ce partenariat vise à renforcer le soutien économique et diplomatique face aux pressions occidentales.

Joaquín Pérez Ayestarán, ambassadeur du Venezuela auprès des Nations Unies, a exprimé de grands espoirs quant à l'adhésion du pays aux BRICS, citant les vastes réserves de pétrole du Venezuela comme un atout précieux pour les ressources collectives du groupe.

Il s'attend à ce qu'une décision officielle sur la candidature du Venezuela aux BRICS soit annoncée lors du prochain sommet des BRICS à Kazan, en Russie, en octobre.

Il a toutefois reconnu que si la candidature n’était pas retenue, le Venezuela resterait déterminé à participer activement à la vie internationale.

Plus une question de stratégie géopolitique que d’avantages économiques immédiats ?

Malgré ces ambitions, le Venezuela est confronté à plusieurs obstacles.

Selon les données de l'OPEP, la production pétrolière du Venezuela a été inférieure de 76 000 barils par jour à celle rapportée par le ministère du Pétrole en juillet, pour atteindre 852 000 barils.

Ce déficit de production met en évidence les défis actuels du secteur pétrolier du pays.

L'économiste Henkel García d'Econométrica suggère que la volonté du Venezuela d'adhérer aux BRICS est davantage une question de stratégie géopolitique que de bénéfices économiques immédiats.

Il note que l’accent semble être mis sur l’obtention du soutien des pays BRICS pour renforcer les alliances dans un contexte de dynamique mondiale changeante.

García souligne également que les manœuvres géopolitiques, comme l’alignement avec des pays en désaccord avec les États-Unis, pourraient avoir des répercussions importantes au-delà de simples considérations économiques.

De son côté, l’économiste vénézuélien Alejandro Grisanti est sceptique quant aux avantages pratiques de l’adhésion du Venezuela aux BRICS.

Il soutient que les membres des BRICS se caractérisent par leur grande économie et leur population, critères que le Venezuela ne remplit pas. Grisanti compare l'économie du Venezuela à celle de la République dominicaine et sa population à celles du Panama et du Costa Rica, s'interrogeant sur l'impact économique potentiel d'une adhésion aux BRICS.

Il considère cette éventuelle adhésion davantage comme un geste politique que comme un catalyseur d’amélioration économique significative ou d’amélioration de la notation de crédit.

La volonté du Venezuela de rejoindre les BRICS, motivée par ses réserves de pétrole et ses alliances stratégiques, met en évidence une interaction complexe entre géopolitique et aspirations économiques.

Il reste à voir si cette mesure se traduira par des avantages tangibles ou restera un geste symbolique.