L'achat record de blé par l'Égypte alimente la concurrence sur les marchés UE-Russie

L'achat record de blé par l'Égypte alimente la concurrence sur les marchés UE-Russie
Diya Poddar
05 sept. 2024, 20:04 PM
  • L'Egypte commande 3,8 MT de blé, soit la plus importante commande jamais réalisée.
  • Les exportations de blé de l'UE devraient diminuer de 9 MT.
  • La Russie prévoit 43 MT d'exportations de blé pour 2024.

L'annonce récente par l'Égypte de sa plus grande commande de blé jamais réalisée, totalisant 3,8 millions de tonnes, a ouvert la voie à une concurrence intensifiée sur le marché mondial du blé.

Alors que les négociations avec les fournisseurs russes commencent, cette évolution souligne un déplacement des fournisseurs européens traditionnels vers la Russie et d’autres exportateurs.

Cette tendance s’accentue depuis que la Russie est devenue le premier exportateur mondial de blé en 2015, une position renforcée par sa réponse aux sanctions de l’UE contre la Crimée.

L'UE confrontée à une baisse des exportations de blé

Le marché d’exportation du blé de l’UE est confronté à des défis importants.

Les acheteurs traditionnels comme l’Égypte, le Maroc et la Tunisie se tournent vers les fournisseurs russes et américains, attirés par des prix compétitifs et des volumes assurés.

En conséquence, les exportations de blé tendre de l’UE devraient chuter d’une moyenne de 35 millions de tonnes à 26 millions de tonnes, soit une forte baisse de 9 millions de tonnes.

La France, premier exportateur de blé de l'UE, a particulièrement ressenti cet impact en raison d'une mauvaise récolte cette année.

Dans le même temps, l’expansion de la Russie sur le marché du blé est particulièrement évidente dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), où elle a dépassé la France comme principal fournisseur de l’Algérie.

Ce changement est en partie dû au conflit diplomatique entre Paris et Alger au sujet du Sahara occidental et témoigne d’une tendance plus large des pays à rechercher des fournisseurs stables et abordables.

La Russie, avec sa capacité à fournir de grands volumes à des prix compétitifs, devient un fournisseur privilégié pour de nombreux pays de la région.

S’ajoutant à ce dernier développement, plusieurs pays africains, dont le Ghana, le Nigéria et la Côte d’Ivoire, ont suspendu leurs exportations de céréales.

Cette décision stimule encore davantage la demande de blé importé dans la région.

Les trois États du Maghreb, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, ont acheté à eux seuls 19,5 millions de tonnes de blé auprès de fournisseurs étrangers cette année, contre 17,1 millions de tonnes l’année dernière.

Alors que la production locale faiblit, ces pays dépendent de plus en plus des importations, créant des opportunités pour les grands exportateurs comme la Russie et les États-Unis.

La production de blé russe reste forte

La Russie devrait exporter 43 millions de tonnes de blé cette année, malgré une légère baisse par rapport aux 56 millions de tonnes exportées en 2023.

Avec sa troisième meilleure récolte des cinq dernières années, soit 82 millions de tonnes, la Russie est bien placée pour maintenir sa domination sur le marché mondial du blé.

Un rouble faible favorise encore davantage les exportations de blé russe, permettant au pays d’offrir des prix compétitifs, attirant ainsi davantage d’acheteurs et gagnant davantage de parts de marché.

La domination croissante du blé russe sur les marchés européens traditionnels constitue un signal d’alarme pour l’UE.

La région a besoin d'une « diplomatie agricole plus agressive » pour contrer l'influence de la Russie, suggèrent les experts.

Les décideurs doivent être conscients de l’importance de maintenir et de renforcer les flux commerciaux européens pour garantir la crédibilité de l’UE face à la part de marché croissante de la Russie.

Dans un monde où le blé est devenu une denrée stratégique, la capacité de l’UE à sécuriser ses marchés d’exportation sera cruciale pour l’avenir de son secteur agricole.

Alors que la dynamique mondiale du blé continue d’évoluer, la « russification » du marché mondial par la Russie semble vouée à s’intensifier.

Les pays de la région MENA et d’Afrique recherchent des fournisseurs stables capables d’offrir des garanties de volume et de prix adaptées à leurs capacités économiques.

La stratégie agricole de la Russie étant étroitement liée à ses objectifs géopolitiques, les producteurs européens sont confrontés au double défi de la baisse des volumes et des prix.

Sans un effort concerté pour renforcer sa présence à l’exportation, l’UE risque de perdre encore plus de terrain face à la Russie sur le marché mondial concurrentiel du blé.