Les prix du pétrole brut chutent à leur plus bas niveau depuis trois ans en raison des craintes économiques mondiales : quelle est la prochaine étape ?

Les prix du pétrole brut chutent à leur plus bas niveau depuis trois ans en raison des craintes économiques mondiales : quelle est la prochaine étape ?
Dionysis Partsinevelos
11 sept. 2024, 16:23 PM
  • Les fonds spéculatifs ont réduit leurs positions haussières sur le pétrole à leur plus bas niveau historique, signalant un pessimisme extrême.
  • L’OPEP+ éprouve des difficultés à stabiliser les prix dans un contexte de faible croissance de la demande et de fragilité de l’économie mondiale.
  • Les problèmes d’approvisionnement persistants en Libye et dans le Golfe du Mexique accentuent l’instabilité des prix du pétrole.

Les prix du pétrole brut ont atteint leur plus bas niveau depuis 3 ans le mardi 10 septembre 2024, alors que le sentiment négatif du marché a submergé les traders.

Le brut WTI a chuté de plus de 4 % à 65,75 dollars le baril, tandis que le brut Brent a chuté à 69,19 dollars le baril.

Ces baisses marquent la plus forte baisse des prix du pétrole depuis fin 2021.

Les acteurs du marché réagissent à une combinaison de facteurs, notamment les ruptures d’approvisionnement et les craintes d’instabilité économique.

Le moment de la baisse des prix a coïncidé avec le débat présidentiel américain très attendu entre Donald Trump et Kamala Harris.

Les investisseurs s’inquiètent désormais de l’influence que pourrait avoir le résultat des élections sur la politique énergétique américaine et sur l’économie mondiale dans son ensemble.

Le sentiment baissier domine les marchés pétroliers

La chute actuelle sur les marchés pétroliers est due à des niveaux record de sentiment baissier parmi les fonds spéculatifs et les gestionnaires de fonds.

Selon la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), les positions spéculatives sur le pétrole brut WTI et Brent sont à leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années.

Les positions longues spéculatives nettes, qui reflètent les paris sur la hausse des prix, sont tombées à 139 242 lots au 3 septembre 2024, soit le niveau le plus bas depuis 2011.

Au cours des huit dernières semaines, les traders ont vendu un nombre impressionnant de 311,2 millions de barils de pétrole brut.

Les analystes de Standard Chartered rapportent que leur indice de positionnement sur le pétrole brut a atteint -100,0 pour la première fois en 2024, indiquant un pessimisme extrême.

Toutefois, les analystes préviennent que des scores d’indice aussi bas précèdent souvent des hausses de prix, comme on l’a vu en décembre 2023, lorsque les prix ont fortement rebondi.

Craintes injustifiées d’un excédent pétrolier ?

Malgré le sentiment baissier qui règne, de nombreux experts estiment que les craintes d’un excédent de pétrole brut sont exagérées.

Bien qu’il existe des inquiétudes légitimes quant au ralentissement de la demande sur des marchés clés comme la Chine, l’équilibre fondamental entre l’offre et la demande ne justifie pas l’extrême négativité du marché.

L'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a récemment signalé une baisse de 1,816 million de barils par jour (bpj) des stocks de brut américains, signalant un resserrement de l'offre.

L’EIA prévoit toujours que les chocs d’offre pourraient faire remonter les prix au-dessus de 80 dollars le baril dans les mois à venir.

Perturbations d'approvisionnement en Libye et dans le golfe du Mexique

Outre le sentiment du marché, l’approvisionnement mondial en pétrole a été affecté par des perturbations dans des régions clés.

En Libye, un conflit entre le clan Haftar et la Banque centrale a bloqué les exportations de pétrole pendant deux semaines, réduisant la production de brut de 1,15 million de b/j en juillet à seulement 230 000 b/j.

Les principaux terminaux d’exportation tels qu’Es Sidra et Ras Lanouf restent fermés, ce qui restreint l’offre mondiale.

Pendant ce temps, dans le golfe du Mexique, la tempête tropicale Francine a provoqué des évacuations massives de plates-formes pétrolières offshore, réduisant temporairement la production de plus de 400 000 barils par jour.

L'OPEP+ peine à soutenir les prix

L'OPEP+ a pris des mesures pour soutenir les prix, notamment en retardant une augmentation de la production de 180 000 b/j initialement prévue pour octobre.

Le groupe a reporté cette hausse à décembre pour tenter de stabiliser le marché.

Cependant, la réaction du marché a été modérée et les prix ont continué de chuter en dessous de 70 dollars le baril.

L'OPEP+ a également révisé ses prévisions de demande de pétrole pour 2024, réduisant ses perspectives pour 2025 à 1,74 million de bpj par rapport aux attentes antérieures.

Même si l’on s’attend toujours à ce que la demande augmente, elle reste inférieure aux projections précédentes.

Comment la Chine influence-t-elle les prix du pétrole ?

Le ralentissement de l’économie chinoise est devenu une préoccupation majeure pour les marchés pétroliers mondiaux.

Le plus grand importateur mondial de pétrole brut a connu une forte réduction de la croissance de la demande cette année, en partie à cause des efforts agressifs du pays pour électrifier son secteur des transports.

Jusqu'à récemment, la demande chinoise en pétrole augmentait de 500 000 à 600 000 b/j par an, mais ce chiffre a maintenant ralenti pour atteindre environ 200 000 b/j.

Au cours des sept premiers mois de 2024, les importations de pétrole de la Chine ont été inférieures de 320 000 b/j à celles de la même période l'année dernière.

Alors que la Chine peine à atteindre son objectif de croissance économique de 5 % et que la transition vers les véhicules électriques s'accélère, la demande de pétrole du pays pourrait continuer à faiblir dans les années à venir.

L’impact potentiel de la politique énergétique américaine

L’élection présidentielle américaine à venir pourrait également avoir des implications importantes pour le marché pétrolier.

Donald Trump s'est engagé à déréglementer le secteur américain du pétrole de schiste s'il est élu, dans le but de stimuler la production et de faire baisser les prix de l'essence.

Toutefois, les analystes soulignent que la production américaine de pétrole de schiste est déjà proche de niveaux records et que de nouvelles augmentations de la production pourraient exacerber l’excédent actuel de l’offre, poussant les prix encore plus bas.

Toutefois, les plans de Trump visant à augmenter la production de pétrole pourraient ne pas être économiquement viables, car les prix du WTI autour ou en dessous de 60 dollars le baril pourraient rendre certaines opérations de schiste américaines non rentables.

De plus, l’augmentation de l’offre sur un marché déjà excédentaire pourrait déclencher de nouvelles baisses de prix, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur les producteurs.

Un marché volatil en perspective

Les prix du pétrole brut WTI ont chuté de plus de 21 % depuis juillet, et l’analyse technique suggère que de nouvelles baisses pourraient être à venir.

Le niveau de support actuel se situe entre 65 et 66 dollars. Si les prix tombent en dessous de cette fourchette, ils pourraient chuter encore jusqu'à 60 dollars.

À la hausse, une résistance est attendue autour de 71 $, et les prix devraient dépasser 75 $ pour signaler une reprise potentielle.

Les mouvements de prix à court terme seront également influencés par les prochaines données économiques américaines et les décisions de la Réserve fédérale.

Alors que le sentiment baissier a poussé les prix à des niveaux historiquement bas, certains analystes estiment que le marché pourrait être survendu.

Le positionnement extrême des fonds spéculatifs et des gestionnaires de fonds suggère qu’un rebond des prix pourrait se produire si les traders commencent à réévaluer l’équilibre réel entre l’offre et la demande.

Les perturbations de l’approvisionnement en Libye et dans le Golfe du Mexique, combinées aux réductions continues de la production de l’OPEP+, devraient soutenir les prix à court terme.

En outre, le potentiel de reprise de la demande chinoise, bien qu’incertain, pourrait améliorer les perspectives de croissance de la demande de pétrole à moyen terme.

Toutefois, les investisseurs ne doivent pas se précipiter pour prendre une décision, car le marché est confronté à d’importantes incertitudes.

L’issue de l’élection présidentielle américaine pourrait avoir un impact profond sur la politique énergétique et la production mondiale de pétrole.

Le ralentissement économique de la Chine et la transition mondiale vers les énergies renouvelables et les véhicules électriques posent des défis à long terme à la demande de pétrole.

Enfin, n’oublions pas la guerre en cours au Moyen-Orient, qui ne semble pas prête de ralentir, aggravant encore davantage les sombres perspectives à long terme du prix du pétrole brut.