Explication : pourquoi l’UE a-t-elle poursuivi l’Espagne, Chypre, la Pologne et le Portugal au sujet des règles fiscales mondiales ?

Explication : pourquoi l’UE a-t-elle poursuivi l’Espagne, Chypre, la Pologne et le Portugal au sujet des règles fiscales mondiales ?
Diya Poddar
07 oct. 2024, 08:57 AM
  • L’Espagne s’est engagée à introduire une nouvelle législation d’ici la fin de l’année.
  • Le non-respect de ces règles peut entraîner des sanctions financières et d’autres poursuites judiciaires de la part de l’UE.
  • Le procès concerne les multinationales qui pourraient être confrontées à des impôts plus élevés à l’avenir.

L’Union européenne a engagé des poursuites judiciaires contre quatre de ses États membres – l’Espagne, Chypre, la Pologne et le Portugal – pour leur incapacité à mettre en œuvre des règles cruciales concernant la fiscalité mondiale des multinationales.

Ces pays ont été obligés d’appliquer des réglementations fiscales spécifiques d’ici fin 2023, visant à garantir que les grandes entreprises internationales paient un taux d’imposition minimum de 15 %.

Cette action découle des efforts de l'UE pour harmoniser les pratiques fiscales à travers le bloc et combler les lacunes qui permettent aux entreprises de transférer leurs bénéfices vers des juridictions à faible imposition.

La décision de l’UE de poursuivre ces pays en justice témoigne du sérieux avec lequel elle considère ce manquement à ces obligations.

Alors que l'Espagne a indiqué son intention de rectifier la situation prochainement, d'autres pays restent lents à agir, ce qui les place en désaccord avec les efforts plus larges de l'UE pour créer un environnement fiscal plus équitable.

Qu’est-ce qui a conduit l’UE à intenter une action en justice ?

Le problème principal réside dans l’échec de l’Espagne, de Chypre, de la Pologne et du Portugal à adopter la directive de l’UE sur l’impôt minimum, qui s’aligne sur l’initiative mondiale de l’OCDE.

La directive impose aux multinationales de payer un impôt minimum de 15 % sur leurs bénéfices, garantissant ainsi que ces derniers ne soient pas injustement transférés vers des paradis fiscaux.

Les règles devaient être en place d’ici la fin 2023, et tous les États membres ont été informés de cette échéance.

Cependant, ces quatre pays n’ont pas respecté le délai, n’ayant pas appliqué ni communiqué les changements législatifs nécessaires.

L’Espagne, par exemple, a déclaré qu’elle travaillait déjà à sa mise en conformité, une nouvelle législation étant attendue d’ici la fin de l’année.

Malgré cette assurance, l'action en justice de la Commission européenne suggère que les progrès réalisés en Espagne et dans les autres pays n'ont pas été suffisants, laissant des lacunes importantes dans les efforts du bloc pour lutter contre l'évasion fiscale.

Quelle est la position de l’UE sur la fiscalité mondiale ?

L’UE est depuis longtemps favorable à la création de conditions de concurrence équitables en matière de fiscalité des entreprises, en particulier pour les multinationales.

Le bloc a joué un rôle déterminant dans la promotion de réformes fiscales mondiales, en travaillant en étroite collaboration avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour créer des règles fiscales unifiées.

L’initiative relative à un impôt minimum mondial est l’une des mesures les plus importantes dans cette direction. Elle vise à empêcher les entreprises d’exploiter des régimes fiscaux différents et à garantir que les impôts soient payés là où les bénéfices sont générés.

La plainte déposée par la Commission souligne l’importance d’une mise en œuvre uniforme de ces règles dans toute l’UE.

En n’adoptant pas ces mesures, l’Espagne, Chypre, la Pologne et le Portugal semblent compromettre l’objectif collectif de prévention de l’évasion fiscale et de garantie d’une concurrence loyale au sein de l’Union.

Ce procès rappelle que l’UE tiendra ses États membres responsables de leurs engagements en matière de réformes fiscales.

Quelles sont les conséquences potentielles pour les pays concernés ?

Les conséquences pour l’Espagne, Chypre, la Pologne et le Portugal pourraient être graves s’ils ne prennent pas de mesures immédiates pour corriger la situation.

L’UE a le pouvoir d’imposer des sanctions financières aux États membres qui ne respectent pas ses réglementations.

Cela pourrait donner lieu à des amendes importantes ou à d’autres formes de mesures punitives qui mettraient encore davantage à rude épreuve les relations des pays avec l’UE.

L'engagement de l'Espagne à adopter une nouvelle législation d'ici la fin de l'année pourrait lui épargner les sanctions les plus sévères, mais Chypre, la Pologne et le Portugal n'ont pas encore présenté de plans clairs pour s'y conformer.

Cela suscite des inquiétudes quant aux retards potentiels et à l’impact sur la stratégie fiscale globale de l’UE.

Comment cela affecte-t-il les entreprises multinationales ?

La bataille juridique en cours a des implications importantes pour les sociétés multinationales opérant dans les pays concernés.

Les entreprises qui ont bénéficié de l’absence d’impôt minimum pourraient bientôt être confrontées à de nouvelles obligations financières.

L'application de la directive européenne va probablement augmenter leur charge fiscale, ce qui rendra plus difficile pour eux de transférer leurs bénéfices vers des juridictions à faible imposition.

Pour les entreprises, l’imprévisibilité de cette situation juridique peut entraîner une incertitude, en particulier pour celles qui ont des opérations importantes en Espagne, à Chypre, en Pologne et au Portugal.

Quelle est la prochaine étape dans les efforts de réforme fiscale de l’UE ?

La décision de l’UE de poursuivre ces quatre pays en justice montre qu’elle prend au sérieux le respect de ses règles fiscales mondiales.

Dans les mois à venir, la Commission européenne continuera probablement à surveiller la situation de près, en faisant pression sur les nations pour qu’elles appliquent les lois requises.

Si les pays ne prennent pas de mesures correctives, l’UE pourrait intensifier les procédures judiciaires, ce qui pourrait entraîner des sanctions plus sévères.

Cette action en justice sert également de message aux autres États membres : le non-respect des règles fiscales de l’UE ne sera pas toléré.

Alors que l’UE continue de faire pression en faveur d’une réforme fiscale mondiale, il est essentiel de veiller à ce que tous les États membres se conforment à ces initiatives pour la crédibilité du bloc sur la scène internationale.