Les craintes de déflation en Suisse augmentent alors que la force du franc met à l'épreuve les options politiques de la banque centrale
- La BNS fait face aux menaces de déflation dans un contexte de franc suisse fort et de baisse de l'inflation.
- Les analystes prévoient une intervention sur les devises étrangères si les risques d’inflation s’aggravent.
- La BNS pourrait se tourner vers les marchés des changes une fois que les outils de taux d’intérêt seront épuisés.
La Suisse pourrait se rapprocher de la déflation alors que la force du franc suisse continue de peser sur les efforts des décideurs politiques pour maintenir des prix stables.
Alors que le franc suisse atteint des sommets proches de ses records, la Banque nationale suisse (BNS) est soumise à une pression croissante pour contrer une spirale déflationniste qui, si elle n'est pas résolue, pourrait nuire à la croissance économique et à la consommation dans ce pays dépendant des exportations, selon un rapport de CNBC.
En septembre, la BNS a procédé à sa troisième baisse des taux d'intérêt de l'année, attribuant la baisse de l'inflation en Suisse à la vigueur continue du franc, ainsi qu'à la baisse des coûts du pétrole et de l'électricité.
La banque a revu à la baisse ses prévisions d'inflation pour 2024 à 1,2% et à 0,6% en 2025, notant un changement par rapport à son estimation précédente de 1,1%.
Thomas Jordan, le président sortant de la BNS, a reconnu l'impact du franc fort sur ces révisions, mais a minimisé les risques de déflation, affirmant que l'inflation restait « dans la fourchette de stabilité des prix ».
Toutefois, Jordan a ajouté que les décideurs politiques étaient prêts à ajuster leur approche pour stabiliser l'inflation si nécessaire.
Une intervention monétaire est probable dans un contexte de pressions déflationnistes
Malgré les baisses de taux de la BNS, les analystes prédisent que l'appréciation continue du franc suisse pourrait forcer la banque centrale à recourir à des interventions sur le marché des changes si elle ne parvient pas à freiner l'inflation avec des outils de politique monétaire conventionnels.
Selon Adrian Prettejohn, économiste européen chez Capital Economics,
Les interventions sur le marché des changes impliquent qu’une banque centrale achète ou vend activement sa monnaie sur le marché pour influencer son taux de change par rapport aux autres.
Ces interventions pourraient aider à gérer l’inflation, en particulier pour les économies dépendantes du commerce comme la Suisse, où les biens importés représentent une part importante des prix à la consommation.
Sophie Altermatt, économiste chez Julius Baer, a fait écho au sentiment de Prettejohn, affirmant que même si la BNS pourrait tenter de nouveaux ajustements de taux, une intervention sur le marché des changes pourrait devenir nécessaire si la forte appréciation du franc persiste.
L'inflation suisse baisse alors que le franc se redresse
L'attrait du franc a considérablement augmenté au cours des derniers mois, renforcé par la demande des investisseurs pour des actifs refuges dans un contexte de volatilité des marchés mondiaux et de dénouement du carry trade sur le yen.
Cette demande accrue a poussé l'EUR/CHF et l'USD/CHF à 0,9414 et 0,8669 respectivement, s'approchant des sommets historiques.
En Suisse, l'inflation poursuit quant à elle sa tendance à la baisse.
En mars, l’inflation s’élevait à 1,2 %, positionnant la BNS comme la première banque centrale occidentale à abaisser ses taux.
L'inflation a encore diminué, passant de 1,1 % en août à 0,8 % en septembre.
Capital Economics a récemment abaissé ses prévisions d'inflation, prévoyant qu'elle pourrait tomber à 0,3 % d'ici 2025, contre une estimation antérieure de 0,8 %.
« Nous prévoyons que l'inflation pourrait chuter jusqu'à 0,1 % dans quelques mois, il ne faudrait donc pas grand-chose pour la ramener en dessous de zéro », a déclaré Prettejohn, ajoutant que la déflation est désormais une « possibilité réelle ».
Perspectives de nouveaux ajustements politiques
Le président de la BNS, Thomas Jordan, a indiqué le mois dernier qu'une intervention sur le marché des changes restait une option, sans toutefois s'engager sur un calendrier.
Selon un sondage Reuters, les économistes s'attendent à ce que la BNS maintienne ses taux stables lors de sa prochaine réunion en décembre avant de les réduire de 25 points de base début 2025, portant potentiellement le taux terminal à 0,75 %.
À ce stade, les analystes estiment que la BNS pourrait se tourner vers les marchés des changes pour obtenir un soulagement supplémentaire.
Maxime Botteron, économiste chez UBS, a noté que la banque pourrait recourir à une intervention sur le marché des changes « une fois que l'outil de taux directeur sera épuisé ».
« L'intervention sur le marché des changes pourrait devenir un outil politique plus approprié à mesure que le taux directeur de la BNS se rapproche de sa limite inférieure effective », a fait remarquer BNP Paribas dans une note récente, soulignant les limites de la politique monétaire traditionnelle à mesure que les taux d'intérêt se rapprochent de zéro.
Les risques du franc et les possibilités d’intervention limitées
Même si une intervention monétaire pourrait offrir un répit temporaire, la force du franc suisse n'est pas encore un motif d'inquiétude immédiate, selon Botteron.
« Nous ne sommes pas dans un environnement où nous devrions nous inquiéter de la surévaluation du franc suisse », a-t-il déclaré, soulignant que le rythme d'appréciation de la monnaie est toujours inférieur aux pics précédents observés en 2011 et 2015.
Botteron a ajouté : « Nous voyons un risque de baisse de l'inflation l'année prochaine. Mais tant que nous n'aurons pas une appréciation très forte, je pense que le risque de déflation qui justifierait un assouplissement beaucoup plus agressif de la politique monétaire (...) est assez peu probable à ce stade. »
Malgré ces assurances, les analystes restent prudents, notant qu'un franc plus fort pourrait progressivement éroder la stabilité des prix.
Les responsables politiques suisses devront peut-être finalement évaluer les avantages d'une intervention sur le marché des changes par rapport aux risques qu'elle comporte, en particulier à l'heure où le taux directeur de la BNS se rapproche de ses limites inférieures.
Prochaines étapes de la BNS dans le cadre de la révision de sa politique monétaire en décembre
Les choix politiques de la BNS seront au centre de sa prochaine réunion, le 12 décembre, où elle présentera ses dernières projections d'inflation et de croissance.
Pour l’instant, la banque semble rester stable, évaluant ses options limitées dans un environnement propice à la déflation.
Toutefois, la force du franc suisse étant une variable importante, la BNS pourrait être contrainte d'agir de manière plus décisive pour stabiliser l'économie.
Alors que la Suisse est confrontée à un risque de déflation, sa banque centrale est confrontée à un difficile exercice d’équilibriste.
Bien que les interventions passées de la BNS sur le marché des changes aient donné des résultats mitigés, les risques croissants de déflation pourraient inciter à une nouvelle série de mesures visant à maintenir le franc sous contrôle et l'inflation en territoire positif.
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