Le plan de relance budgétaire de 1,4 billion de dollars de la Chine est-il suffisant pour renforcer la confiance économique ?

Le plan de relance budgétaire de 1,4 billion de dollars de la Chine est-il suffisant pour renforcer la confiance économique ?
Dionysis Partsinevelos
05 nov. 2024, 10:30 AM
  • Le plan de relance de 1,4 billion de dollars de la Chine se concentre sur l’allègement de la dette et le soutien aux banques, et non sur les dépenses de consommation directes.
  • Le plan comprend 6 000 milliards de yuans pour la dette locale et 4 000 milliards pour l'immobilier.
  • La confiance des consommateurs reste incertaine sans une augmentation directe des dépenses.

La Chine s'apprête à approuver son plus important plan de relance budgétaire depuis la pandémie, d'un montant total d'environ 1 400 milliards de dollars, soit 10 000 milliards de yuans, dans le but de stabiliser son économie de 18 000 milliards de dollars.

Confronté aux pressions d’un secteur immobilier en déclin, d’une dette croissante des collectivités locales et d’une confiance des consommateurs fragile, Pékin s’efforce de remédier aux principales vulnérabilités de son économie de 18 000 milliards de dollars.

Toutefois, des questions subsistent quant à savoir si ce plan sera suffisant pour calmer les marchés et restaurer la confiance dans la santé économique à long terme de la Chine.

Problèmes profonds dans l'économie chinoise

L’économie chinoise a du mal à retrouver son élan après la pandémie, entravée par un ralentissement important du secteur immobilier et des niveaux record d’endettement des collectivités locales.

Evergrande, la plus grande société immobilière chinoise, a reçu l'ordre cette année de liquider 300 milliards de dollars d'actifs, soulevant ainsi les premiers signes avant-coureurs du secteur immobilier du pays.

De nombreuses collectivités locales, qui dépendaient auparavant des ventes de terrains comme source de revenus, sont désormais accablées de dettes qui ont dépassé leurs limites budgétaires, compromettant leur capacité à répondre aux pressions économiques.

Pour répondre à ces problèmes, le gouvernement chinois prévoit d’émettre des obligations souveraines spéciales et des obligations des collectivités locales, destinées à alléger la charge de la dette et à recapitaliser les principales banques d’État.

L’allocation des fonds dans le cadre de ce programme donnera la priorité à la stabilisation de la dette des collectivités locales et garantira que les banques auront la capacité d’accorder davantage de crédit à l’économie.

La structure du plan de 1,4 billion de dollars

Selon des données récentes, l'administration Xi Jinping prévoit d'allouer environ 10 000 milliards de yuans au cours des trois prochaines années, dont 6 000 milliards de yuans (840 milliards de dollars) destinés à réduire la dette des gouvernements locaux.

4 000 milliards de yuans supplémentaires (560 milliards de dollars) sont destinés à soutenir le secteur immobilier.

Ce plan sera probablement approuvé par l’Assemblée populaire nationale (APN) de Chine cette semaine et impliquera une émission importante d’obligations spéciales.

Bien que le chiffre total soit impressionnant, le véritable test réside dans l’endroit et la manière dont ces fonds sont déployés.

Cette stratégie vise à stabiliser le marché immobilier, à soulager les collectivités locales et à garantir que les banques puissent continuer à prêter à des taux d’intérêt bas.

L’accent mis sur la dette sera-t-il suffisant ?

Au lieu de donner la priorité aux injections directes de liquidités pour les dépenses de consommation, la relance budgétaire chinoise est fortement axée sur le refinancement de la dette des collectivités locales et sur la possibilité pour les banques de soutenir les entreprises.

Cette approche peut garantir une plus grande stabilité financière à long terme, mais elle pourrait avoir un impact limité sur la croissance immédiate.

Les gouvernements locaux, par exemple, ont été contraints de réduire leurs dépenses alors que les revenus provenant des ventes de terrains ont chuté.

En outre, ils sont confrontés à des restrictions concernant le recours à de nouvelles dettes en raison de la répression menée par le gouvernement contre les « dettes cachées », qui vise à contenir les emprunts hors bilan.

En inscrivant la dette des collectivités locales dans les comptes officiels, ce plan de relance vise à réduire les coûts d’intérêt et à donner aux régions une plus grande marge de manœuvre financière.

Toutefois, en choisissant la stabilisation de la dette plutôt que la consommation directe, la relance pourrait ne pas être à même de produire un coup de pouce économique immédiat.

Les dépenses de consommation restent un point d’interrogation

Alors que les infrastructures et l’immobilier ont traditionnellement joué un rôle majeur dans les stratégies de reprise économique de la Chine, de nombreux économistes affirment qu’une plus grande attention portée aux dépenses de consommation est essentielle pour un rebond durable.

Avec une population de 1,4 milliard d’habitants et un PIB par habitant de seulement 13 000 dollars, la Chine est confrontée à un défi unique : stimuler la consommation intérieure à grande échelle.

Stimuler les dépenses des ménages pourrait servir de force stabilisatrice, mais le gouvernement reste hésitant à mettre en œuvre des subventions directes à grande échelle, compte tenu des coûts impliqués.

Cette prudence s’explique en partie par le taux d’épargne élevé de la Chine et par l’absence d’un système de soutien social ciblé.

Pékin a évité de mettre en place des subventions directes substantielles pour les ménages, craignant le fardeau financier que de telles mesures imposeraient.

En revanche, les prochaines réunions politiques en décembre et en mars pourraient apporter davantage de précisions sur la question de savoir si un soutien direct aux consommateurs sera finalement introduit.

Les résultats des élections américaines pourraient-ils affecter la stratégie de la Chine ?

Si le candidat républicain Donald Trump est élu, la Chine pourrait être confrontée à une augmentation des droits de douane sur ses exportations, créant une pression supplémentaire pour réorienter ses efforts vers la stimulation de la consommation intérieure.

Ce scénario pourrait pousser Pékin à mettre en œuvre des mesures plus fortes ciblant la demande des consommateurs plus tôt que prévu initialement.

Les analystes prévoient qu’une victoire de Trump pourrait donner lieu à un plan de relance 10 à 20 % plus important que celui d’une victoire de Harris.

Les futures politiques économiques de la Chine seront probablement influencées par la position commerciale de l’administration américaine, qui pourrait façonner l’urgence et l’ampleur des politiques de demande intérieure de la Chine.

Que pense le marché des projets de la Chine ?

Le déploiement mesuré de ces mesures de relance a déjà entraîné une certaine incertitude sur les marchés financiers.

Une initiative importante en septembre visant à encourager les prêts et à stabiliser les marchés boursiers et immobiliers a donné lieu à un bref optimisme, mais les investisseurs ne sont toujours pas convaincus.

Ils surveillent désormais de près la réunion de l'APN de cette semaine, espérant y trouver des indicateurs d'un soutien budgétaire supplémentaire, notamment si Pékin relèvera les plafonds de la dette ou ajustera les objectifs de déficit pour permettre des dépenses régionales supplémentaires.

Certains analystes suggèrent que le gouvernement central pourrait éventuellement avoir besoin d’augmenter son soutien budgétaire aux dépenses de consommation, surtout s’il veut maintenir la croissance au-delà de l’objectif actuel de 5 %.

Bien que les décisions de l'APN cette semaine puissent offrir un aperçu, la réunion du Politburo de décembre et la Conférence annuelle sur le travail économique central sont des dates clés pour toute mise à jour de la politique budgétaire, car ces rassemblements façonneront probablement les priorités économiques de la Chine pour l'année à venir.

Pas de place pour les erreurs

Ce plan de 1,4 billion de dollars, axé sur la restructuration de la dette des collectivités locales et la recapitalisation des banques, laisse peu de place aux erreurs.

Alors que la croissance du PIB devrait se situer autour de 5 % cette année, la principale priorité de Pékin est d’atteindre ses objectifs de croissance sans dépasser ses capacités budgétaires.

Le programme de restructuration de la dette des collectivités locales, bien que bénéfique pour la stabilité financière à long terme, pourrait avoir un impact limité sur la demande économique immédiate.

De même, orienter une grande partie des mesures de relance vers les banques lourdement endettées pourrait ralentir la relance économique que les décideurs politiques espèrent obtenir.

Sans un effort plus important en faveur du soutien aux consommateurs, les mesures de relance pourraient n’avoir que des effets limités sur les dépenses des ménages.

Restaurer la confiance des consommateurs sera essentiel pour une reprise économique plus forte, surtout si la consommation intérieure doit jouer un rôle plus central.

Pour l'instant, l'attention du marché se porte principalement sur les résultats de la session en cours de l'APN, mais les analystes surveillent également de près la prochaine réunion du Politburo de décembre et la session plénière de l'APN de mars.

Alors qu’une grande partie du plan budgétaire vise à alléger la dette et à soutenir le secteur financier, ces prochaines réunions pourraient fournir des signaux plus clairs sur la manière dont la Chine entend stimuler directement la demande des ménages.