La Chine à la croisée des chemins : une décision qui définira son avenir économique

La Chine à la croisée des chemins : une décision qui définira son avenir économique
Dionysis Partsinevelos
20 nov. 2024, 08:19 AM
  • La dépendance de la Chine à l’égard de la croissance à court terme a retardé des réformes structurelles cruciales.
  • La faible production industrielle et un marché immobilier en difficulté pèsent sur l’économie.
  • Les tarifs douaniers imposés par Trump et les tensions technologiques accentuent la pression sur les ambitions mondiales de la Chine.

Pendant des années, l’économie chinoise s’est concentrée sur la croissance à court terme, souvent au détriment de la résolution de défauts structurels plus profonds.

De son secteur immobilier en difficulté à sa dépendance aux entreprises publiques, les fissures dans les fondations deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.

Aujourd’hui, alors que les pressions mondiales s’accentuent et que les objectifs de croissance sont plus difficiles à atteindre, le pays se trouve face à un moment décisif.

Pékin va-t-il poursuivre son cycle de solutions rapides ou s’attaquer aux problèmes systémiques qui menacent son avenir économique ?

Faible production industrielle, mais forte consommation

Les données récentes du Bureau national des statistiques révèlent un ralentissement de la production industrielle, qui a augmenté de 5,3% en octobre, légèrement en dessous des 5,4% enregistrés en septembre.

Le rythme n'a pas non plus répondu aux attentes du marché, qui s'élevait à 5,6 %.

Cela témoigne d’une faiblesse du secteur manufacturier, qui a longtemps été la pierre angulaire du modèle économique chinois.

Du côté des consommateurs, on note un certain soulagement. Les ventes au détail ont augmenté de 4,8 % en octobre, soit la hausse la plus rapide depuis février.

Cette croissance a été stimulée par le festival du shopping de la Journée des célibataires, où les ventes de commerce électronique ont bondi de 26,6% pour atteindre 1,44 billion de yuans.

La reprise de la consommation reflète les mesures de relance de Pékin, mais la question demeure : est-elle durable sans changements plus profonds dans les revenus et l’emploi ?

Une crise du logement sans solution simple

Le secteur immobilier chinois, autrefois un moteur de croissance essentiel, continue de connaître des difficultés.

Depuis le début de l'année, les ventes immobilières ont chuté de 15,8 % jusqu'en octobre, soit une légère amélioration par rapport à la baisse de 17,1 % enregistrée en septembre.

Cependant, l'investissement immobilier continue de baisser et les difficultés du secteur se répercutent sur les secteurs connexes, de la construction aux finances des collectivités locales.

Les gouvernements locaux, qui dépendent largement des ventes de terres pour leurs revenus, croulent sous les dettes.

Ces tensions financières limitent leur capacité à investir dans les infrastructures et les services publics, aggravant ainsi le ralentissement économique général.

Les récentes incitations fiscales mises en place par Pékin sur les transactions immobilières et foncières pourraient stabiliser la demande, mais il est peu probable qu'elles inversent le déclin à long terme du secteur.

Sans action décisive, la crise immobilière risque de devenir un frein déflationniste pour l’ensemble de l’économie.

Le retour des tarifs douaniers de Trump

L'environnement extérieur devient lui aussi plus hostile. La réélection de Donald Trump a ravivé le spectre d'une guerre commerciale à grande échelle.

Trump a proposé des tarifs douaniers allant jusqu'à 60 % sur les importations chinoises, ce qui, selon les analystes, pourrait réduire la croissance du PIB chinois de plus de 2,5 points de pourcentage.

Pour un pays qui vise une croissance de 5 %, cela pourrait être dévastateur.

Pékin se prépare déjà à l’impact de cette crise. Le pays a multiplié les initiatives telles que l’initiative Belt and Road (BRI) et a renforcé ses liens avec les marchés émergents.

Par exemple, la Chine a récemment inauguré un mégaport de 3,5 milliards de dollars au Pérou, visant à renforcer les liens commerciaux entre l’Amérique latine et l’Asie.

Ces mesures témoignent de l’intention de la Chine de diversifier ses relations commerciales et de réduire sa dépendance vis-à-vis des marchés occidentaux.

Les exportateurs ressentent la pression

Le secteur des exportations chinoises subit lui aussi la pression des changements de politique intérieure.

Le gouvernement a récemment réduit les réductions d’impôts sur une série de produits, notamment l’aluminium, le photovoltaïque et les batteries.

Les exportateurs d'aluminium, qui ont expédié 4,62 millions de tonnes entre janvier et septembre, sont confrontés à une hausse des coûts qui pourrait nuire à leur compétitivité (Shanghai Metals Market).

Les exportateurs de modules solaires pourraient répercuter les coûts plus élevés sur les acheteurs étrangers, mais l’impact sur la demande devrait être limité.

Pour des secteurs de niche comme l’huile de cuisson usagée (HCU), les réductions de rabais ont entraîné des retards d’expédition lors de la renégociation des contrats.

Ces changements soulignent l’importance accordée par Pékin à la conservation des produits à forte valeur ajoutée sur le marché intérieur, même au détriment des volumes d’exportation à court terme.

Les questions fondamentales sont-elles ignorées ?

Depuis plus d’une décennie, le gouvernement de Xi Jinping est exhorté à réformer les défauts structurels de l’économie.

Le chômage élevé des jeunes, le vieillissement rapide de la population et la domination des entreprises publiques sont des problèmes de longue date.

Mais les réformes ont été, au mieux, fragmentaires.

Le modèle économique chinois reste fortement dépendant des objectifs annuels de PIB, qui encouragent la relance à court terme plutôt que la durabilité à long terme.

L’objectif de 5 % de cette année a conduit à des politiques visant à soutenir la consommation et les investissements dans les infrastructures, mais ces mesures ne contribuent guère à remédier aux inefficacités plus profondes.

Les critiques affirment que le gouvernement de Xi, malgré son pouvoir centralisé, n’a pas encore mis en œuvre les réformes audacieuses nécessaires pour moderniser l’économie.

Ambitions technologiques et risques géopolitiques

Les efforts déployés par la Chine pour devenir un leader technologique, notamment dans l’intelligence artificielle (IA) et les semi-conducteurs, sont essentiels à sa croissance future.

Cependant, les tensions géopolitiques avec les États-Unis perturbent les chaînes d’approvisionnement mondiales.

La Corée du Sud, sous la pression américaine, a réduit de moitié ses exportations de puces vers la Chine, tandis que le Vietnam se positionne comme un concurrent dans la fabrication de semi-conducteurs.

Les ambitions technologiques de la Chine constituent à la fois une opportunité et une vulnérabilité.

Le développement de l’IA du pays dépend d’un approvisionnement régulier en puces avancées, un domaine dans lequel les contrôles à l’exportation américains se renforcent.

Ces restrictions non seulement ralentissent les progrès de la Chine, mais révèlent également la fragilité de la dépendance de son secteur technologique aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

Croissance ou réforme ?

La Chine est désormais confrontée à un dilemme difficile : continuer à donner la priorité à la croissance à court terme ou prendre les risques nécessaires à des réformes structurelles profondes ?

Les données sur les ventes au détail offrent une lueur d’espoir, mais elles ne remplacent pas la résolution des problèmes systémiques qui freinent la productivité et l’innovation.

La crise immobilière, la dette des collectivités locales et la dépendance excessive vis-à-vis des entreprises publiques constituent des obstacles à une croissance durable.

Dans le même temps, les menaces extérieures telles que les tarifs douaniers de Trump et la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine ne font qu’accroître l’urgence du besoin de changement.

Malgré le pouvoir consolidé de Xi Jinping, son leadership n’a pas encore produit de percées significatives en matière de réformes.

Alors que les investisseurs mondiaux sont de plus en plus méfiants, la capacité de Xi à mettre en œuvre des réformes audacieuses pourrait définir son héritage et la trajectoire économique du pays.

En réalité, la Chine dispose des outils nécessaires pour remodeler son économie. Reste à savoir si elle a la volonté politique de les utiliser.