Google peut-il conserver Chrome ? Le ministère de la Justice veut céder le navigateur
- Le ministère de la Justice demande à Google de céder le navigateur Chrome suite à une décision de monopole.
- Les mesures proposées visent à empêcher les accords d’exclusion avec Apple et Samsung.
- Le ministère de la Justice cherche à interdire à Google de donner la priorité à sa recherche au sein de ses propres produits.
Le ministère de la Justice (DOJ) intensifie sa bataille antitrust contre Google, exhortant le géant de la technologie à céder son navigateur Chrome.
Cette décision audacieuse fait suite à une décision d’août qui a confirmé le monopole de Google sur le marché de la recherche, un paysage que le ministère de la Justice vise à remodeler.
Lancé en 2008, Chrome est devenu une source de données clé pour Google, alimentant son système de publicité ciblée.
Le ministère de la Justice soutient que séparer Chrome de Google uniformiserait les règles du jeu, offrant aux concurrents une chance plus équitable dans le domaine de la recherche.
« Pour remédier à ces préjudices, le [jugement final proposé initialement] exige que Google cède Chrome, ce qui mettra définitivement fin au contrôle de Google sur ce point d'accès de recherche critique et permettra aux moteurs de recherche concurrents d'accéder au navigateur qui, pour de nombreux utilisateurs, est une passerelle vers Internet », indique ledossier de 23 pages du DOJ.
Au-delà de Chrome
Les mesures proposées par le ministère de la Justice s’étendent au-delà de Chrome et visent à démanteler le réseau complexe d’influence de Google.
Le ministère milite pour empêcher Google de conclure des accords d’exclusion avec des géants comme Apple et Samsung.
En outre, elle vise à interdire à Google de donner la priorité à son propre service de recherche au sein de son écosystème de produits.
Cette approche multidimensionnelle souligne l’engagement du ministère de la Justice à démanteler ce qu’il perçoit comme des pratiques anticoncurrentielles.
« Les mesures proposées visent à mettre fin aux pratiques illégales de Google et à ouvrir le marché à l'émergence de concurrents et de nouveaux entrants », souligne le dossier.
Les solutions proposées par le ministère de la Justice prévoient une décennie de surveillance, obligeant Google à soumettre des rapports mensuels à un comité technique détaillant tout changement apporté à ses enchères d'annonces textuelles de recherche.
Cette mesure de transparence vise à garantir une conformité continue et à empêcher toute manipulation future du paysage publicitaire de recherche, un secteur qui a généré la somme stupéfiante de 49,4 milliards de dollars pour Alphabet, la société mère de Google, au troisième trimestre, ce qui représente les trois quarts de ses ventes publicitaires totales.
Les échos de Microsoft
Cette initiative agressive du ministère de la Justice marque sa tentative la plus importante pour démanteler un géant de la technologie depuis son procès historique contre Microsoft, qui a abouti à un règlement en 2001.
La poursuite de Google par le ministère de la Justice a un poids similaire, signalant un tournant potentiel dans la réglementation des Big Tech.
Cession d’Android : une possibilité imminente ?
Bien que la cession de Chrome soit l’objectif principal, le ministère de la Justice a également fait allusion à la possibilité pour Google de céder son système d’exploitation mobile Android.
Reconnaissant une résistance potentielle, le département a suggéré des solutions alternatives pour freiner l’influence de Google au sein de l’écosystème Android.
Cependant, le ministère de la Justice a laissé la porte ouverte à la possibilité de revoir la cession d'Android si ces mesures s'avéraient insuffisantes. « … mais les plaignants reconnaissent qu'une telle cession pourrait susciter d'importantes objections de la part de Google ou d'autres acteurs du marché. »
Le dossier se poursuit en indiquant que si les mesures initiales « ne parviennent finalement pas à atteindre les normes élevées nécessaires à un soulagement significatif sur ces marchés critiques, le tribunal pourrait exiger un retour » à la suggestion de cession d'Android.
Défier la position dominante de Google
Outre la cession, le ministère de la Justice a proposé de limiter ou d’interdire les accords par défaut et les accords de partage des revenus liés à la recherche et aux produits liés à la recherche.
Cela inclut les accords de recherche lucratifs de Google avec Apple et Samsung, des accords d'une valeur de plusieurs milliards de dollars par an.
Ces accords sont perçus comme renforçant la domination de Google, et leur réduction potentielle pourrait avoir un impact significatif sur les résultats de l'entreprise.
Le mois dernier, le ministère de la Justice a indiqué qu'il envisageait un démantèlement des activités de Google, y compris potentiellement un démantèlement de ses divisions Chrome, Play ou Android.
En outre, le ministère de la Justice a suggéré de limiter ou d’interdire les accords par défaut et « d’autres accords de partage des revenus liés à la recherche et aux produits liés à la recherche ».
Cela inclurait les accords de recherche de Google avec Apple sur l'iPhone et Samsung sur ses appareils mobiles, des accords qui coûtent à l'entreprise des milliards de dollars par an en paiements.
Une longue bataille juridique à venir
Google a promis de faire appel de la décision de monopole, ce qui pourrait retarder toute décision finale de réparation.
Les experts juridiques prédisent que le tribunal pourrait finalement obliger Google à dissoudre certains accords exclusifs, comme son accord avec Apple.
Même si une scission totale semble peu probable, le tribunal pourrait imposer un accès plus facile aux moteurs de recherche alternatifs, donnant ainsi plus de pouvoir aux utilisateurs et favorisant une plus grande concurrence.
Google a annoncé qu'il ferait appel de la décision de monopole, ce qui retarderait toute décision de recours définitive.
Toutefois, le résultat le plus probable, selon certains experts juridiques, est que le tribunal demandera à Google de mettre fin à certains accords exclusifs, comme son accord avec Apple.
Même si une scission est peu probable, estiment les experts, le tribunal pourrait demander à Google de faciliter l'accès des utilisateurs à d'autres moteurs de recherche. En août, un juge fédéral a statué que Google détenait le monopole du marché de la recherche.
Cette décision est intervenue après que le gouvernement a déposé en 2020 son dossier historique, alléguant que Google contrôlait le marché général de la recherche en créant de fortes barrières à l'entrée et une boucle de rétroaction qui maintenait sa domination.
Le tribunal a estimé que Google avait violé l’article 2 de la loi Sherman, qui interdit les monopoles.
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