Le paradoxe de la reprise économique en Grèce : la croissance augmente, le niveau de vie baisse
- Les défis économiques de la Grèce remontent à la crise de la dette souveraine de 2009 à 2018.
- Le FMI prévoit une croissance du PIB de 2,3 % en 2025, soit plus du double de la moyenne de la zone euro, qui est de 1,3 %.
- La Grèce reste l’un des pays les plus pauvres de la zone euro.
La Grèce est un pays souvent associé à son histoire financière turbulente.
Il y a dix ans, le pays était au bord de l’effondrement financier.
Aujourd’hui, c’est l’une des économies qui connaît la croissance la plus rapide en Europe, surpassant régulièrement la moyenne de la zone euro depuis la pandémie.
Cependant, la croissance économique du pays ne s’est pas traduite par une amélioration significative du niveau de vie de ses citoyens.
Lors d'une grève générale de 24 heures le 20 novembre, des milliers de travailleurs grecs ont protesté dans tout le pays, provoquant des perturbations dans les transports maritimes, les transports et les services publics.
Les manifestants ont exigé une action immédiate du gouvernement pour protéger leur pouvoir d’achat, qui a été érodé par une inflation dépassant de loin les augmentations de salaires et de retraites.
Une décennie de dette et de relance
Les défis économiques de la Grèce remontent à la crise de la dette souveraine de 2009 à 2018.
Durant cette période, la Grèce a emprunté plus de 280 milliards d’euros de fonds de sauvetage auprès de ses partenaires européens et du Fonds monétaire international (FMI).
En contrepartie, le pays a mis en œuvre des mesures d’austérité drastiques, réduisant les salaires et les retraites et privatisant les biens publics. En 2020, son ratio dette/PIB a atteint un pic astronomique de 207 %.
Avance rapide jusqu’en 2024, et le tableau semble radicalement différent.
La Grèce a retrouvé son statut de pays d’investissement et a réduit son ratio dette/PIB à 162 %, avec de nouvelles réductions attendues à 149 % d’ici 2025 et 133,4 % d’ici 2028.
Pour un pays autrefois considéré comme le maillon le plus faible de la zone euro, il s’agit d’un revirement remarquable.
Mais cette reprise a un prix : les mesures d’austérité mises en place ont anéanti un quart de la production économique.
Et même si le PIB a rebondi, les salaires et le niveau de vie n’ont pas suivi le rythme.
Une croissance qui cache les inégalités
La croissance économique de la Grèce est incontestablement impressionnante. Au cours des dernières années, le pays a constamment surpassé ses pairs, grâce à des investissements publics et privés robustes qui ont stimulé sa reprise.
Le FMI prévoit une croissance du PIB de 2,3 % en 2025, soit plus du double de la moyenne de la zone euro, qui est de 1,3 %.
Cette croissance est le résultat d'une discipline budgétaire rigoureuse. La Grèce a donné la priorité à la réduction de sa dette par des remboursements anticipés, le ministère des Finances prévoyant de rembourser 8 milliards d'euros de dette bilatérale entre 2026 et 2028.
Ces mesures ont renforcé la confiance des investisseurs et réduit les coûts d’emprunt, la prime de rendement des obligations grecques étant désormais à son plus bas niveau depuis 2008.
Malgré une économie en plein essor, la Grèce reste l'un des pays les plus pauvres de la zone euro. Selon les données de l'OCDE, le pouvoir d'achat est l'un des plus faibles d'Europe, seule la Bulgarie se situant plus bas.
Le salaire mensuel brut minimum est passé de 650 € en 2019 à 830 € aujourd'hui et devrait atteindre 950 € d'ici 2027.
Mais pour de nombreux Grecs, ces augmentations ne suffisent pas à compenser la hausse des coûts de l’alimentation, de l’énergie et du logement.
Les travailleurs signalent que leur pouvoir d’achat a été réduit jusqu’à 50 % par rapport aux niveaux d’avant la crise.
Pourquoi l’inflation frappe-t-elle si durement les travailleurs ?
L’inflation affecte tout le monde, mais son impact sur les travailleurs est particulièrement prononcé lorsque la croissance des salaires est inférieure à la hausse des coûts.
Selon le plus grand syndicat du secteur privé grec, GSEE, les biens de première nécessité sont de plus en plus hors de portée en raison des pratiques des « oligopoles » qui maintiennent les prix artificiellement élevés.
Par exemple, les prix de l’énergie, déjà élevés dans toute l’Europe, ont été particulièrement difficiles à gérer en Grèce, où les salaires plus bas amplifient le fardeau qui pèse sur les ménages.
Bien que le gouvernement ait réduit les taxes sur certains biens et services, les syndicats estiment que ces mesures n’ont pas été suffisantes pour compenser la crise du coût de la vie.
Comment le gouvernement a-t-il réagi ?
Le gouvernement grec a reconnu ces défis mais insiste sur le fait que la discipline budgétaire reste essentielle.
Le ministre des Finances Kostis Hatzidakis a récemment souligné l’importance de maintenir les excédents primaires et de réduire la dette pour attirer les investisseurs et assurer la stabilité à long terme.
Le budget 2025 reflète cette approche. Il prévoit 1,1 milliard d’euros de dépenses supplémentaires pour financer les augmentations de salaires et de retraites, tout en prévoyant une croissance du PIB de 2,3 %.
Le gouvernement a également augmenté le salaire minimum à quatre reprises depuis 2019 et augmenté les pensions pour soutenir les groupes vulnérables.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a appelé l'Union européenne à s'attaquer aux disparités dans les prix de l'électricité entre les États membres, arguant que les coûts élevés de l'énergie affectent de manière disproportionnée des pays comme la Grèce.
Toutefois, les critiques affirment que ces mesures ne parviennent pas à s’attaquer aux causes profondes des inégalités économiques en Grèce.
Les leçons de la crise
La reprise économique de la Grèce offre de précieux enseignements aux autres pays qui doivent faire face à la crise.
Premièrement, la discipline budgétaire et les réformes structurelles peuvent produire des résultats, comme en témoignent la réduction de la dette de la Grèce et l’amélioration de la confiance des investisseurs.
Mais l’expérience de la Grèce met également en évidence les risques qu’il y a à se concentrer trop sur les indicateurs macroéconomiques tout en négligeant les expériences vécues des citoyens ordinaires.
La hausse du PIB ne signifie pas grand-chose pour les travailleurs dont les salaires stagnent et dont le pouvoir d’achat s’est érodé.
Pour que la Grèce parvienne à une croissance durable, elle doit trouver un moyen de combiner responsabilité budgétaire et politiques visant à lutter contre les inégalités.
Il s’agit notamment de lutter contre l’inflation, de renforcer les filets de sécurité sociale et de veiller à ce que les augmentations de salaires suivent le rythme du coût de la vie.
Quelle est la prochaine étape pour l’économie et les travailleurs grecs ?
La capacité de la Grèce à surmonter ces défis déterminera le succès à long terme de sa reprise.
Bien que le redressement économique du pays soit impressionnant, ses citoyens sont toujours aux prises avec l’héritage de l’austérité et les pressions d’une inflation croissante.
Alors que la Grèce entre dans sa prochaine phase de reprise, le gouvernement doit veiller à ce que la croissance profite à tous, et pas seulement aux investisseurs et aux créanciers. Pour un pays qui a déjà surmonté tant d’épreuves, il s’agit de la prochaine étape vers la construction d’une économie véritablement résiliente.
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