L’échange de dette de 124 millions de dollars des Bahamas : un tournant pour la santé des océans et le climat ?

L’échange de dette de 124 millions de dollars des Bahamas : un tournant pour la santé des océans et le climat ?
Deepali Singh
22 nov. 2024, 10:15 AM
  • Les Bahamas refinancent 300 millions de dollars de dette, libérant ainsi 124 millions de dollars pour la conservation.
  • Cet accord est le premier à inclure des co-garanties et des assurances privées, ainsi que des engagements en matière d’atténuation du changement climatique.
  • Les fonds serviront à protéger des écosystèmes vitaux comme les mangroves et les herbiers marins, essentiels à la séquestration du carbone.

Dans une démarche innovante, les Bahamas ont annoncé un accord de refinancement de la dette de 300 millions de dollars qui débloquera plus de 120 millions de dollars pour la conservation marine et l’atténuation du changement climatique.

Cette approche innovante, un échange dette contre nature, marque le cinquième accord de ce type à l'échelle mondiale et souligne l'engagement des Bahamas à protéger leurs célèbres eaux turquoise.

Le gouvernement des Bahamas s’est associé à The Nature Conservancy, à la Banque interaméricaine de développement et à d’autres partenaires financiers pour conclure cet accord historique.

« Nous considérons que ce projet ne soutient pas seulement les objectifs du pays en matière de biodiversité et de climat, mais aussi, en fin de compte, l'économie et les moyens de subsistance de très nombreuses personnes », a déclaré Shenique Albury-Smith, directrice adjointe de The Nature Conservancy basée aux Bahamas, dans une interview avec l'Associated Press.

Cette collaboration souligne la reconnaissance croissante de l’interdépendance entre la protection de l’environnement et la prospérité économique.

L'innovation financière pour un avenir durable

L’accord prévoit de remplacer la dette existante par un nouveau prêt assorti de taux d’intérêt plus bas.

Cette manœuvre financière devrait permettre de libérer environ 124 millions de dollars, qui seront consacrés à des projets de conservation marine au cours des 15 prochaines années.

En outre, un fonds de dotation sera créé pour assurer le financement continu de ces initiatives cruciales au-delà de la période initiale de 15 ans.

Cette approche avant-gardiste garantit la durabilité à long terme des efforts de conservation.

Cette initiative de refinancement représente une solution créative pour un pays dont la dette extérieure est importante, s’élevant actuellement à environ 5,7 milliards de dollars.

Rejoindre un mouvement mondial pour le financement de la conservation

Les Bahamas rejoignent un groupe restreint de nations – les Seychelles, le Belize, le Gabon et la Barbade – qui ont adopté les échanges de dettes contre des ressources naturelles comme moyen de financer leurs efforts de conservation.

Melissa Garvey, directrice mondiale du programme d'obligations de The Nature Conservancy, a noté que collectivement, ces accords protègent des zones de conservation dépassant la taille du golfe du Mexique.

Cela témoigne d’une tendance mondiale croissante vers des mécanismes de financement innovants pour la protection de l’environnement.

L’accord des Bahamas innove en étant le premier à inclure une co-garantie d’un investisseur privé et une assurance crédit d’un assureur privé.

C’est également la première fois qu’un tel projet intègre des engagements explicites en matière d’atténuation du changement climatique.

Ces éléments novateurs démontrent l’implication croissante du secteur privé dans le financement de la conservation et l’importance croissante accordée à la lutte contre le changement climatique.

Protéger les écosystèmes vitaux pour une planète plus saine

Une part importante du financement sera consacrée à la protection, à la restauration et à la gestion de l’écosystème de la mangrove.

Les mangroves jouent un rôle crucial dans la séquestration du carbone, surpassant même les forêts tropicales dans leur capacité à stocker le dioxyde de carbone.

L’initiative se concentrera également sur la sauvegarde d’autres écosystèmes vitaux, notamment les herbiers marins, qui absorbent également le dioxyde de carbone et contribuent à atténuer le réchauffement climatique.

Ces efforts soulignent l’importance de ces écosystèmes dans la lutte contre le changement climatique.

La protection des zones marines présente également des avantages économiques directs, en garantissant la stabilité des pêcheries à valeur commerciale.

Albury-Smith a souligné que la pêche à la langouste génère à elle seule environ 100 millions de dollars par an pour les Bahamas.

Cela souligne le lien vital entre un environnement marin sain et le bien-être économique des communautés locales.

Un héritage de leadership en matière de conservation

Les Bahamas ont une longue et remarquable histoire en matière de gestion environnementale.

Actuellement, plus de 17 % de ses eaux côtières, soit plus de 6 millions d’hectares (16 millions d’acres), sont désignées comme zones protégées.

Cet engagement en faveur de la conservation remonte à 1958, lorsque les Bahamas ont créé le premier parc terrestre et marin au monde à Exuma Cays, consolidant ainsi leur position de pionnier en matière de protection marine.