Interview : Seuls 25 % des diplômés indiens en électronique sont qualifiés pour la fabrication de semi-conducteurs, déclare Kamakshi Pant

Interview : Seuls 25 % des diplômés indiens en électronique sont qualifiés pour la fabrication de semi-conducteurs, déclare Kamakshi Pant
Vatsala Gaur
25 janv. 2025, 16:58 PM
  • L'industrie des semi-conducteurs devrait générer 1,2 million d'emplois d'ici 2032, mais répondre à la demande de talents est un défi.
  • Des centres automobiles clés comme Pune, Chennai et Bengaluru sont au cœur de l’acquisition de talents dans l’industrie des véhicules électriques.
  • L’utilisation d’outils d’IA dans le recrutement réduit le délai d’embauche et augmente la rétention.

L’Inde, qui compte une main-d’œuvre massive de plus de 500 millions de personnes, est confrontée au paradoxe d’une forte croissance du PIB et de défis persistants en matière de chômage.

Selon le Centre de surveillance de l'économie indienne (CMIE), le taux de chômage en Inde en décembre 2024 s'est établi à 8,3 %, contre 8 % le mois précédent.

Dans le même temps, le pays se trouve à un tournant crucial de son paysage de l’emploi. L’expansion de l’économie numérique, de l’économie verte et de l’économie des petits boulots dynamiques ajoute de la vitalité à la main-d’œuvre.

Des secteurs tels que les semi-conducteurs, la fabrication de véhicules électriques (VE), les soins de santé et les produits pharmaceutiques, ainsi que le tourisme et l’hôtellerie ont été identifiés comme des moteurs clés de l’emploi à grande échelle à l’avenir.

Cependant, l’Inde est confrontée à des défis cruciaux pour garantir que sa main-d’œuvre jeune et nombreuse soit dotée des compétences nécessaires pour répondre aux exigences de l’industrie.

Invezz s'est entretenu avec Kamakshi Pant, directrice commerciale de Taggd, une plateforme de recrutement numérique de premier plan en Inde, pour comprendre dans quelle mesure le pays est prêt à servir des secteurs émergents comme la fabrication de véhicules électriques et la production de semi-conducteurs, ainsi que les tendances susceptibles de façonner le recrutement dans les années à venir.

Extraits édités d'une conversation par e-mail :

Invezz : Pour l’autosuffisance dans la fabrication de semi-conducteurs, un talent d’ingénierie qualifié est une exigence clé. Comment l’Inde se compare-t-elle aux leaders mondiaux à cet égard ?

L’Inde présente un avantage naturel considérable en matière de talents, grâce à sa main-d’œuvre jeune et nombreuse et au nombre important de diplômés STEM produits chaque année.

Selon le rapport India Decoding Jobs 2025, l’Inde est bien placée pour tirer parti de cet avantage.

L’industrie des semi-conducteurs devrait créer 1,2 million d’emplois d’ici 2032, dont 275 000 postes rien que dans la conception de puces.

Défis liés à la satisfaction de la demande de talents qualifiés

Cela représente une formidable opportunité. Cependant, l’Inde est confrontée à des défis pour répondre à la demande immédiate de talents qualifiés.

Alors que 1,5 million d’ingénieurs obtiennent leur diplôme chaque année, seulement 20 à 30 % sont véritablement prêts à occuper des postes d’ingénierie de base.

De plus, seulement 10 à 25 % des diplômés en électronique possèdent les compétences spécialisées nécessaires dans des domaines comme la conception VLSI et la fabrication de semi-conducteurs.

Si l’on regarde les indicateurs mondiaux, des pays comme Taïwan disposent d’un bassin de talents plus stable. Par exemple, les postes vacants dans le secteur des semi-conducteurs à Taïwan sont passés de 35 000 en 2022 à 22 000 en 2023.

La Corée du Sud devrait faire face à une pénurie de 54 000 travailleurs d’ici 2031, et les États-Unis auront besoin de 146 000 ingénieurs supplémentaires d’ici 2029 pour répondre à leurs besoins de production de puces nationales.

L’Inde a élaboré une feuille de route prometteuse avec des initiatives telles que la Mission des semi-conducteurs indiens (ISM), les programmes PLI et des partenariats avec plus de 300 établissements universitaires pour stimuler l’éducation spécifique aux semi-conducteurs.

Cependant, le marché de la conception et de la fabrication de systèmes électroniques (ESDM) devrait atteindre 300 milliards de dollars d’ici 2025 et 1,2 million d’emplois sont prévus d’ici 2032, il est donc urgent d’accélérer les efforts en matière de perfectionnement, de formation et de collaboration entre l’industrie et le monde universitaire.

Le potentiel est immense, mais la rapidité et l’ampleur des efforts de développement des compétences en Inde détermineront en fin de compte si elle pourra rivaliser avec les leaders mondiaux des semi-conducteurs.

Invezz : L'Inde doit ajouter 30 000 travailleurs à la main-d'œuvre des véhicules électriques chaque année pour atteindre la localisation dans l'industrie d'ici 2030. Quelles tendances observez-vous dans le développement des talents des véhicules électriques ?

Le marché des véhicules électriques (VE) de l'Inde connaît une croissance rapide, avec des ventes dépassant 1,3 million d'unités au cours de l'exercice 24, soit une augmentation de 158 % par rapport à l'année précédente.

Cette hausse, largement due à l’essor des deux-roues, stimule la demande de professionnels qualifiés dans les domaines de la fabrication, des tests et de la R&D dans divers domaines de l’ingénierie.

Pune, Chennai et Bengaluru mènent l'acquisition de talents dans le secteur des véhicules électriques

D’ici 2030, l’industrie aura besoin de 200 000 travailleurs qualifiés pour atteindre l’objectif gouvernemental d’adoption de 30 % de véhicules électriques.

Les principaux centres automobiles comme Pune, Chennai et Bengaluru sont à la pointe de l'acquisition de talents, tandis que les villes émergentes comme Coimbatore et Visakhapatnam contribuent également.

Pour combler les lacunes en matière de compétences, les entreprises adoptent des programmes d'éducation professionnelle, tels que le système VET de la Chambre indo-allemande, qui offre une formation pratique dans l'industrie.

La main-d’œuvre, composée principalement de milléniaux et de la génération Z, favorise un changement vers des environnements de travail flexibles et des rôles plus significatifs, incitant les entreprises à s’adapter.

Avec des initiatives gouvernementales telles que les programmes FAME II et PLI soutenant la fabrication nationale, l'industrie des véhicules électriques est sur la bonne voie pour créer 1 million d'emplois directs d'ici 2030.

Cela nécessitera des compétences spécialisées dans des domaines tels que la technologie des batteries, l'électronique de puissance et la conception de moteurs.

Comment combler le fossé entre une forte croissance du PIB et des niveaux d’emploi faibles ?

Invezz : L'Inde est actuellement confrontée à un paradoxe avec l'un des taux de croissance du PIB les plus élevés, mais des niveaux d'emploi faibles. La fabrication peut-elle être la clé pour combler cet écart ? Quelles stratégies sont nécessaires ?

Alors que l’industrie contribue à hauteur de 17 % au PIB, elle n’emploie que 12 % de la main-d’œuvre.

Les principales stratégies pour combler ce déficit comprennent :

En développant les compétences, en promouvant l'inclusion des femmes et en tirant parti des programmes PLI, la fabrication peut transformer la croissance de l'Inde en une création d'emplois généralisée.

Les outils d'IA réduisent le temps de recrutement et augmentent la rétention

Invezz : Quelles sont certaines des principales tendances en matière de RH et d'emploi qui façonneront le recrutement dans les années à venir ?

Plusieurs tendances clés devraient façonner le recrutement en Inde dans les années à venir.

Avec 65 % de la population âgée de moins de 35 ans, la main-d’œuvre jeune de l’Inde est prête à stimuler la création d’emplois, avec plus de 50 millions de nouveaux emplois attendus d’ici 2030.

La politique nationale de l’éducation (NEP) 2020 met l’accent sur les STEM et la formation professionnelle, mais il reste un écart de compétences de 20 à 25 % dans les technologies émergentes comme l’IA, l’IoT et la cybersécurité.

L’économie verte connaîtra également une croissance importante, avec 3,3 millions d’emplois prévus dans des secteurs tels que les énergies renouvelables et les véhicules électriques (VE) d’ici 2030.

Alors que l’IA et l’automatisation continuent de progresser, le secteur informatique devrait créer plus de 1,2 million d’emplois d’ici 2026.

De plus, les outils d’IA rationalisent les processus de recrutement, réduisent le délai d’embauche de 40 % et augmentent les taux de rétention de 30 %.

La participation des femmes à la main-d’œuvre devrait augmenter, avec une proportion attendue de 30 à 35 % dans les rôles STEM et de fabrication d’ici 2030.

Enfin, le travail à distance et hybride devient la norme, avec 65 % des organisations proposant des modalités de travail flexibles, transformant les pratiques d’embauche et la dynamique de travail.

Ces tendances indiquent un avenir guidé par la technologie, la durabilité et une plus grande inclusion.