L'ancien président philippin Rodrigo Duterte arrêté à Manille alors que la CPI intensifie son enquête sur la guerre contre la drogue

L'ancien président philippin Rodrigo Duterte arrêté à Manille alors que la CPI intensifie son enquête sur la guerre contre la drogue
Diya Poddar
11 mars 2025, 07:57 AM
  • Le bureau du président Marcos Jr confirme l'arrestation alors que Duterte arrive de Hong Kong.
  • Plus de 6 200 morts lors d’opérations antidrogue, mais les militants affirment que le bilan réel est plus élevé.
  • Une arrestation provoque des retombées politiques alors que les Philippines font face à un examen international.

La longue bataille juridique entre l'ancien président philippin Rodrigo Duterte et la Cour pénale internationale (CPI) a pris un tournant décisif mardi avec son arrestation à son arrivée à l'aéroport principal de Manille.

Cette décision souligne la détermination de la CPI à enquêter sur la campagne antidrogue controversée qui a marqué la présidence de Duterte.

Cette arrestation intervient malgré des années de résistance des autorités philippines, qui avaient refusé de coopérer à l'enquête de la CPI sur les allégations de crimes contre l'humanité.

Les problèmes juridiques de Duterte s'aggravent.

Duterte a été arrêté peu après son arrivée de Hong Kong, où des policiers lui ont signifié un mandat d'arrêt officiel de la CPI.

Le bureau du président Ferdinand Marcos Jr. a confirmé que l'ordre avait été reçu et exécuté.

Connu pour sa rhétorique enflammée et sa défense acharnée de sa politique de lutte contre la drogue, Duterte avait précédemment déclaré à Hong Kong qu'il était prêt à être arrêté si la CPI engageait des poursuites judiciaires.

La CPI enquête sur la guerre contre la drogue menée par Duterte depuis 2018, citant des preuves d'exécutions extrajudiciaires systématiques.

Durant sa présidence de 2016 à 2022, au moins 6 200 personnes ont été tuées lors d’opérations policières.

Cependant, les organisations de défense des droits humains affirment que le bilan réel est bien plus lourd, de nombreux suspects de trafic de drogue ayant été exécutés lors de meurtres inexpliqués.

L'administration Duterte a rejeté à plusieurs reprises ces allégations, insistant sur le fait que les forces de l'ordre avaient agi en légitime défense.

Un différend de compétence alimente une bataille juridique.

L'ancien conseiller juridique de Duterte, Salvador Panelo, a rapidement contesté la légitimité de l'arrestation, la qualifiant d'illégale.

Il a également affirmé que les autorités avaient empêché l'un des avocats de Duterte de le rencontrer à l'aéroport, soulevant des inquiétudes quant à l'équité de la procédure.

Cette arrestation a relancé le débat sur la compétence de la CPI aux Philippines, compte tenu de la décision de Duterte en 2019 de se retirer du Statut de Rome, le traité instituant la Cour.

Alors que l'administration Marcos avait auparavant soutenu que les tribunaux philippins devraient traiter toute enquête sur les administrations précédentes, la CPI affirme que sa compétence couvre les crimes présumés commis avant l'entrée en vigueur du retrait du pays.

Pendant des années, les autorités philippines ont refusé de coopérer avec la CPI, faisant de l'arrestation de mardi un tournant important dans l'affaire.

Répercussions politiques et alliances changeantes

L'arrestation de Duterte devrait avoir des répercussions politiques majeures. Bien qu'il ait quitté ses fonctions en 2022, il conserve un fort soutien auprès de segments de la population qui approuvent sa position intransigeante en matière de lutte contre la criminalité.

La guerre contre la drogue reste l'un des sujets les plus controversés aux Philippines – si les critiques condamnent sa brutalité, ses partisans affirment qu'elle était nécessaire pour lutter contre la criminalité liée à la drogue endémique.

Au fur et à mesure du déroulement des procédures judiciaires, l'attention se portera sur la question de savoir si les Philippines autoriseront la poursuite par la CPI ou résisteront aux pressions internationales. Cette arrestation place également l'administration Marcos dans une position délicate, compte tenu de ses liens historiquement étroits avec Duterte.

L'ancien président étant désormais en détention, des questions se posent quant à savoir si d'autres responsables impliqués dans la guerre contre la drogue feront l'objet d'un examen minutieux. Quel que soit le résultat, la détention de Duterte redessine déjà le paysage politique et juridique du pays.