La BCE revoit sa stratégie : les chocs d’offre vont-ils contraindre à une révision des objectifs d’inflation ?

La BCE revoit sa stratégie : les chocs d’offre vont-ils contraindre à une révision des objectifs d’inflation ?
Deepali Singh
12 mars 2025, 11:37 AM
  • La présidente de la BCE, Christine Lagarde, affirme que les changements dans le commerce mondial et les dépenses de défense rendent le contrôle de l'inflation plus difficile.
  • Lagarde identifie les « chocs à double face » comme un facteur compliquant l'élaboration des politiques.
  • Si les droits de douane pourraient réduire la demande, l'augmentation des dépenses militaires pourrait faire grimper l'inflation, créant ainsi un impact mitigé.

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a lancé un avertissement sévère concernant les défis à venir, arguant que les changements brusques dans les schémas commerciaux mondiaux et l'évolution de l'architecture de défense européenne compliqueront considérablement les efforts de la BCE pour maintenir la stabilité des prix.

S'exprimant lors d'une conférence à Francfort, Lagarde a qualifié ces changements de « chocs à double face » qui, conjugués à la menace croissante du changement climatique, sont sur le point de remodeler le paysage de la politique monétaire.

« Maintenir la stabilité dans une nouvelle ère sera une tâche redoutable », a-t-elle déclaré mercredi, reconnaissant les défis sans précédent auxquels sont confrontés les banquiers centraux dans l'environnement mondial actuel.

Droits de douane, défense et climat : une tempête parfaite

Lagarde a souligné la nécessité d'une approche nuancée et adaptable de la politique monétaire.

Les responsables étant confiants que l'inflation reviendra à leur objectif de 2 % d'ici le début de l'année prochaine, l'attention se porte désormais sur les implications à long terme de ces tendances émergentes.

« La fragmentation des échanges et l'augmentation des dépenses de défense dans un secteur aux capacités limitées pourraient en principe faire grimper l'inflation », a expliqué Lagarde.

Cependant, elle a également mis en garde contre le fait que « les droits de douane américains pourraient aussi réduire la demande d'exportations de l'UE et rediriger les capacités excédentaires de la Chine vers l'Europe, ce qui pourrait faire baisser l'inflation », soulignant ainsi le caractère imprévisible de ces forces économiques.

L'engagement de 2 %

Malgré les complexités inhérentes, Lagarde a réitéré l'engagement indéfectible de la BCE envers son objectif principal.

Quels que soient les chocs, « nous devons définir notre politique de manière appropriée afin que l'inflation converge toujours vers 2 % à moyen terme », a-t-elle déclaré, soulignant la détermination de la banque centrale à maintenir la stabilité des prix.

Pour mieux se préparer à cette nouvelle ère d'instabilité, la BCE entreprendra un examen approfondi de sa stratégie de politique monétaire au second semestre 2025.

Bien que moins exhaustive qu'une précédente étude réalisée en 2021, cette analyse pourrait néanmoins avoir des implications importantes pour les futures décisions relatives aux taux d'intérêt et la réponse de la banque centrale aux crises potentielles.

Les responsables étudient activement les moyens les plus efficaces de réagir aux chocs d'approvisionnement, au cas où de tels événements deviendraient plus fréquents et persistants.

Par le passé, les banquiers centraux négligeaient souvent les chocs d'offre, les considérant comme des perturbations temporaires ayant un impact limité à long terme sur la croissance des prix.

Cependant, ces dernières années ont révélé le potentiel de ces chocs à devenir plus importants et plus persistants, entraînant une divergence des anticipations de prix par rapport à l'objectif de la banque centrale, que les chocs soient liés à l'offre ou à la demande.

Les prédécesseurs de Lagarde ont été critiqués pour avoir sous-estimé la persistance des pressions inflationnistes en 2021 et pour avoir agi trop lentement pour relever les taux d'intérêt et mettre fin aux achats nets d'actifs l'année suivante.

« Dans le cadre d’une stratégie bien définie et d’un engagement inébranlable en faveur de la stabilité des prix, nous devrons conserver notre agilité pour répondre aux circonstances complexes au fur et à mesure qu’elles se présenteront », a conclu Lagarde, soulignant la nécessité à la fois de fermeté et d’adaptabilité face à des défis sans précédent.