Les résultats des élections canadiennes prouvent que les politiques de Trump ne fonctionnent pas : quelles sont les prochaines étapes pour le nouveau Premier ministre ?
- Les tarifs douaniers de Trump et les menaces d'annexion ont transformé les élections canadiennes en une bataille pour la souveraineté.
- La victoire de Mark Carney marque un tournant majeur vers la diversification commerciale et l'autonomie économique.
- Le nouveau gouvernement canadien fait face à des divisions internes et à des risques externes alors qu'il reconstruit sa stratégie économique.
Au départ, les élections canadiennes avaient peu à voir avec la politique étrangère.
Mais lorsque les Canadiens se sont rendus aux urnes en début de semaine, ce sont les actions du président américain qui ont décidé de l'avenir de leur pays, du moins en grande partie.
Ce qui avait commencé comme un référendum sur la hausse du coût de la vie et la lassitude politique s'est transformé en un vote pour la souveraineté elle-même.
Maintenant que Mark Carney a mené le Parti libéral à la victoire, l'économie canadienne se trouve dans une situation critique.
Le nouveau Premier ministre a de nombreux problèmes à résoudre, mais le plus important est que les Canadiens veulent être assurés que leur dirigeant est la personne idéale pour les guider à travers l'incertitude et le chaos actuels.
Pourquoi la guerre commerciale de Trump a bouleversé l'élection
Jusqu'au début de 2025, les libéraux canadiens semblaient finis.
L'inflation augmentait, l'abordabilité du logement s'effondrait et le gouvernement de Justin Trudeau semblait épuisé après près d'une décennie au pouvoir.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a largement dominé les sondages.
Mais la situation a rapidement changé lorsque le président Trump a intensifié ses menaces contre le Canada. De nouveaux droits de douane ont été annoncés sur les automobiles, l'acier et l'aluminium canadiens.
Trump a même relancé les discussions sur la possibilité de faire du Canada le 51e État.
La combinaison de la souffrance économique et de l'insulte nationale a déclenché une vague de nationalisme au Canada, et cette fois, non pas en faveur du parti conservateur.
Mark Carney a utilisé les provocations de Trump pour recadrer l'élection.
Il a averti que Trump voulait briser le Canada économiquement pour imposer un contrôle politique.
Son message a déplacé le débat public de l'insatisfaction intérieure à une crise existentielle. Poilievre, quant à lui, s'est principalement concentré sur les questions de coût de la vie et n'a pas su s'adapter à la nouvelle réalité.
Dans les dernières semaines, la campagne a moins porté sur l'héritage de Trudeau ou les promesses de Poilievre que sur la résistance aux pressions étrangères.
Un nombre record de 7,3 millions de Canadiens ont voté par anticipation, beaucoup motivés par la colère suscitée par la rhétorique de Trump.
Les libéraux ont profité de ce retour de bâton pour remporter la victoire, laissant les conservateurs avec une nouvelle défaite frustrante malgré un gain de sièges et de voix par rapport aux élections précédentes.
L'ascension de Mark Carney et ses implications pour l'économie canadienne
La carrière politique de Mark Carney était pratiquement inexistante avant cette année.
Ancien banquier central, il n'avait jamais occupé de fonction élective avant de devenir Premier ministre.
Pourtant, il était particulièrement bien placé pour diriger à une époque où les Canadiens préféraient la compétence au charisme.
L'expérience de Carney à la Banque du Canada, à la Banque d'Angleterre et chez Goldman Sachs lui a conféré une crédibilité instantanée sur les questions économiques.
Il s'est présenté non pas comme un politicien de carrière, mais comme un défenseur de l'indépendance financière du Canada. Dans un contexte mondial chaotique, son image technocratique a profondément résonné auprès des électeurs.
Carney s'est également empressé de se distancer des politiques impopulaires de l'ère Trudeau.
Il a abandonné un projet d'augmentation de l'impôt sur les gains en capital, supprimé la taxe carbone sur la consommation et promis de se concentrer sur la productivité et les exportations d'énergie.
Sa campagne portait moins sur de nouvelles promesses que sur la capacité qu'il semblait avoir à maintenir la cohésion du pays sous pression.
Et ça a marché. La capacité de Carney à transformer un CV de technocrate en une campagne nationaliste a établi un nouveau modèle pour le leadership canadien.
Il a également indiqué que la prochaine phase du pays ne serait pas une simple continuation des affaires courantes. Elle impliquerait des ajustements plus importants.
Comment l'économie canadienne doit changer
Le Canada exporte environ 75 % de ses produits aux États-Unis.
Dans des circonstances normales, ce niveau d'intégration économique serait une force. Mais sous une administration américaine hostile, il s'agit d'une vulnérabilité dangereuse.
Dans son discours de victoire, Carney a déjà reconnu que la relation économique sur laquelle le Canada s'est appuyé pendant des décennies est terminée, déclarant :
« Nous avons surmonté le choc de la trahison américaine, mais nous ne devons jamais oublier les leçons. [...] Le président Trump essaie de nous briser pour que l'Amérique puisse nous posséder. Cela n'arrivera jamais. »
Les négociations sur un nouvel accord économique et de sécurité avec Washington devraient commencer immédiatement, mais les attentes sont faibles. Les politiques tarifaires de Trump ne devraient pas changer pour le moment.
Au lieu de cela, Carney a défini une stratégie visant à renforcer la résilience.
Son gouvernement prévoit d'investir 5 milliards de dollars canadiens dans un fonds de diversification commerciale afin de développer de nouveaux marchés d'exportation. L'Europe et les pays du Commonwealth sont les cibles les plus probables.
On observe également une volonté de reconstruire les capacités industrielles canadiennes, notamment dans la fabrication automobile et les minéraux critiques.
La vision de Carney inclut un modèle de production automobile « entièrement canadien », utilisant de l'acier, de l'aluminium et des pièces fabriqués au pays.
Bien que les détails restent vagues, l'objectif est clair : réduire la dépendance aux chaînes d'approvisionnement américaines le plus rapidement possible.
Le secteur des ressources naturelles du Canada, notamment en Ontario et en Alberta, deviendra essentiel à la fois pour la sécurité économique et pour le levier géopolitique.
Les libéraux promettent également un processus d'approbation simplifié pour les projets énergétiques et miniers clés.
Carney souhaite que le Canada devienne une superpuissance énergétique propre et conventionnelle, exportant non seulement du pétrole et du gaz, mais aussi les matières premières nécessaires à la fabrication de véhicules électriques et à l'industrie aérospatiale.
Quels risques politiques pourraient faire dérailler ce plan ?
Gagner l'élection n'était que la première étape. La mise en œuvre du plan sera beaucoup plus difficile, surtout si les libéraux n'obtiennent pas la majorité au Parlement.
S'il est contraint de gouverner en minorité, Carney aura besoin de la coopération des petits partis.
Les Néo-Démocrates se sont effondrés, obtenant seulement 5 % des voix au niveau national, et leur chef, Jagmeet Singh, a démissionné.
Le Bloc québécois a conservé une certaine force, mais il demeure une formation séparatiste axée sur les intérêts du Québec.
Pendant ce temps, les provinces de l'Ouest comme l'Alberta et la Saskatchewan sont déjà en ébullition face à un autre mandat libéral.
On parle de référendums sur la sécession.
Ces provinces contrôlent une grande partie de l'énergie et des minéraux critiques du Canada, ce qui rend leur mécontentement plus dangereux qu'il ne l'aurait été au cours des décennies précédentes.
Carney doit concilier ses promesses de transition verte avec une véritable démarche de rapprochement auprès des provinces riches en ressources.
Certains initiés suggèrent qu'il pourrait annuler le plafonnement des émissions de pétrole et de gaz de Trudeau pour apaiser les tensions.
D'autres préconisent la nomination de personnalités conservatrices à des postes diplomatiques afin de projeter une image d'unité nationale.
L'incapacité à gérer cette division interne pourrait compromettre la capacité du Canada à présenter un front uni dans les négociations commerciales et de sécurité. Cela affaiblirait tout ce que Carney tente d'accomplir.
Le Canada va-t-il repenser le capitalisme lui-même ?
Une conversation économique plus profonde commence également à se dérouler en coulisses.
L'expérience de la guerre commerciale et les risques de la mondialisation ont ravivé l'intérêt pour les entreprises détenues par les employés et les modèles coopératifs.
Une nouvelle loi fédérale adoptée l'année dernière a introduit les fiducies de participation des employés, facilitant ainsi le transfert de propriété aux travailleurs.
Les défenseurs de ces entreprises affirment qu'elles sont plus résilientes face aux chocs économiques et moins susceptibles de délocaliser des emplois.
Certains économistes estiment que le Canada pourrait se protéger des futures pressions extérieures en encourageant un plus large recours aux modèles de propriété ouvrière.
Il ne s'agirait pas seulement de nationalisme économique, mais aussi d'intégrer le contrôle des actifs directement dans les communautés canadiennes.
Bien que cette idée reste pour l'instant marginale, elle s'inscrit dans la nouvelle ère de réflexion stratégique que le gouvernement Carney semble prêt à adopter.
Dans l'ensemble, l'économie canadienne entre dans une nouvelle ère, car le temps des hypothèses faciles sur l'amitié américaine est révolu.
La voie du Canada doit désormais reposer sur la diversification, la résilience et une réaffirmation de sa souveraineté à tous les niveaux de la politique.
Le travail ne sera pas facile. Il ne sera pas rapide. Mais pour la première fois depuis des décennies, le Canada est contraint de réfléchir non seulement à la prospérité, mais aussi à sa survie.
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