Le taux de chômage au Canada atteint 6,9 % alors que les tarifs américains minent les secteurs d'exportation.

Le taux de chômage au Canada atteint 6,9 % alors que les tarifs américains minent les secteurs d'exportation.
Noris Soto
09 mai 2025, 17:10 PM
  • Le taux de chômage au Canada a atteint 6,9 % en avril, un sommet en huit ans hors période de pandémie.
  • Le secteur manufacturier a perdu 31 000 emplois alors que les droits de douane américains commençaient à peser lourdement sur les exportations.
  • Les marchés estiment désormais à plus de 55 % la probabilité d'une baisse des taux de la Banque du Canada en juin.

Le taux de chômage au Canada a atteint 6,9 % en avril, son plus haut niveau depuis novembre, les tarifs américains sur les principales exportations ayant commencé à affecter les secteurs manufacturiers et commerciaux importants de l'économie du pays, a rapporté Statistique Canada vendredi.

L'augmentation du chômage, avec environ 1,6 million de Canadiens sans emploi, met en évidence les obstacles croissants dans une économie qui montre déjà des signes de tension alors que les tensions commerciales s'intensifient.

Le nombre de chômeurs a augmenté de 39 000 rien qu’en avril, soit une hausse de 2,6 % par rapport au mois précédent et de 14 % par rapport à l’année dernière.

Le chiffre principal de l'emploi a indiqué une croissance modeste de seulement 7 400 emplois nets en avril, après une perte de 32 600 postes en mars.

La modeste augmentation a légèrement manqué les prévisions des analystes, qui tablaient sur 2 500 nouveaux postes.

Le taux de chômage en avril a égalé le niveau de novembre 2024, qui était le plus élevé en dehors de la période de la pandémie de COVID-19 au cours des huit années précédentes.

Les résultats impliquent que la plus récente vague de tarifs douaniers des États-Unis, qui comprenait des droits de douane sur l'acier et l'aluminium canadiens en mars et des taxes plus larges sur les véhicules et d'autres produits de base en avril, érode la résilience du marché du travail canadien.

Le secteur manufacturier est touché.

Le secteur industriel a connu une forte contraction en avril, perdant 31 000 emplois. Statistique Canada a attribué une grande partie de cette réduction à l’impact des tarifs américains, qui ont créé une incertitude importante pour les entreprises dépendant du commerce transfrontalier.

Le commerce de détail et de gros a également enregistré des pertes d'emplois, indiquant que les conséquences des droits de douane s'étendent au-delà de l'industrie lourde.

Le taux d'emploi, qui mesure la proportion de la population en âge de travailler ayant un emploi, a chuté à 60,8 %, un plus bas en six mois.

L'indicateur a subi des pressions en 2023 et début 2024, la croissance démographique dépassant fréquemment la création d'emplois.

Il est à noter que, si la croissance démographique a ralenti depuis février, les augmentations de l'emploi n'ont pas encore retrouvé leur niveau antérieur.

Les embauches dans le secteur public ont constitué un rare point positif. L'emploi dans ce secteur a augmenté de 23 000 postes en avril, en partie grâce au recrutement temporaire pour les élections fédérales.

Néanmoins, cette croissance n'a pas suffi à compenser les pertes enregistrées ailleurs dans l'économie.

Les frictions sur le marché du travail s'intensifient.

Le marché du travail semblait devenir plus chaotique. En avril, 61 % des chômeurs de mars le restaient, soit près de quatre points de plus que l'année précédente.

En avril, les Canadiens en quête d'emploi ont connu des périodes de chômage plus longues en raison de la détérioration de la situation du marché du travail, ce qui indique une tendance au ralentissement, selon l'enquête.

La croissance moyenne des salaires horaires des employés permanents est restée à 3,5 % en avril, un indicateur clé que la Banque du Canada examine lorsqu'elle évalue la croissance des salaires comme un facteur potentiel d'inflation.

Mais ce type de gain salarial stable ne suffira probablement pas à apaiser les craintes d'un ralentissement du marché du travail.

Les marchés se préparent à une baisse des taux en juin.

Les marchés financiers ont réagi au rapport sur l'emploi en augmentant les attentes d'assouplissement monétaire de la Banque du Canada.

Les paris sur le marché des swaps de devises indiquent désormais une probabilité de 55 % d'une baisse de 25 points de base lors de la réunion de juin de la banque centrale.

Suite au rapport sur le marché du travail, les rendements des obligations du gouvernement canadien à deux ans ont diminué de 3,3 points de base pour s'établir à 2,586 %, tandis que la monnaie canadienne a légèrement augmenté, s'échangeant à 1,3909 contre le dollar américain (71,90 cents).

La Banque du Canada a averti que la baisse des exportations, la hausse des prix et les faibles perspectives d'embauche pourraient nécessiter des mesures décisives.

Alors que les problèmes commerciaux s'aggravent et que les licenciements augmentent, les décideurs politiques semblent plus enclins à fournir une aide à court terme pour soutenir une économie en déclin.