Deux hommes, un tournant décisif : la Roumanie se prépare pour l'élection présidentielle de 2025, considérée comme un test politique majeur.

  • Simion et Dan sont au coude à coude dans les sondages, avec plus de 60 % des électeurs de la diaspora soutenant le candidat d'extrême droite.
  • Simion s'oppose à l'aide à l'Ukraine et pourrait faire basculer la Roumanie vers un bloc anti-UE avec la Hongrie et la Slovaquie.
  • Dan soutient l'OTAN, l'intégration européenne et la réforme économique afin de rétablir la confiance des investisseurs et le financement de l'UE.

L'élection présidentielle roumaine de 2025 n'est pas une élection ordinaire. Il s'agit d'un second tour suite à l'annulation de l'élection de décembre 2024 en raison d'ingérences russes.

Et l'histoire ne cesse de prendre de l'ampleur. Il y a une semaine à peine, le candidat nationaliste d'extrême droite a remporté le premier tour, le Premier ministre a démissionné et la monnaie nationale roumaine a chuté à son plus bas niveau historique.

D'ici la fin de la semaine, les Roumains devront choisir entre deux hommes qui proposent des réponses totalement différentes à la même question : que doit représenter la Roumanie ?

Ce second tour n'est pas une question de personnalités. Il s'agit de l'Europe, de l'OTAN, de l'Ukraine et des marchés. Il s'agit de savoir si la Roumanie reste un allié stable ou s'engage dans l'inconnu.

Pourquoi cette élection est différente.

L'élection présidentielle roumaine de 2025 ne ressemble à aucune autre. Pour la première fois de l'ère post-communiste, aucun des candidats n'est issu des partis traditionnels au pouvoir dans le pays.

Le favori, George Simion, est à la tête du parti ultranationaliste AUR.

Il a obtenu 41 % des voix au premier tour le 4 mai, bénéficiant d'un soutien important des électeurs ruraux et de la diaspora roumaine.

Son adversaire, Nicușor Dan, est un réformateur pro-européen indépendant et le maire de Bucarest. Il s'est qualifié de justesse pour le second tour avec 21 % des voix.

Il ne s'agissait pas simplement d'une élection. Elle a déclenché un véritable effondrement politique.

La coalition au pouvoir en Roumanie, composée des sociaux-démocrates, des libéraux et de l'UDMR (parti représentant la minorité hongroise), s'est effondrée après que son candidat, Crin Antonescu, n'ait pas réussi à se qualifier pour le second tour. Le Premier ministre Marcel Ciolacu a démissionné le soir même.

En l'absence de parti majoritaire et avec un président capable d'influer sur la politique étrangère, la défense et d'opposer son veto aux décisions de l'UE, les enjeux sont bien plus importants que d'habitude.

Quels sont les candidats ?

George Simion a 38 ans. Il a commencé comme activiste, a été interdit d'entrée en Ukraine et en Moldavie, mais se décrit aujourd'hui comme la version roumaine de Donald Trump.

Il porte des casquettes MAGA, fait campagne sur la souveraineté roumaine et dit qu'il veut une « Melonisation », une référence à l'Italienne Giorgia Meloni, qui est passée du statut de populiste radicale à celui de Première ministre.

Simion s'oppose à l'envoi d'armes en Ukraine. Il affirme que la Roumanie devrait se concentrer sur ses propres besoins. Lors du récent débat télévisé, il a soutenu que la Roumanie devrait être « neutre » et que l'UE devrait compter sur l'OTAN pour sa protection.

Il a également déclaré que la Roumanie devrait être indemnisée pour l'aide qu'elle a apportée jusqu'à présent à l'Ukraine, notamment le don d'un système de missiles Patriot.

Nicușor Dan, 55 ans, est un mathématicien titulaire d'un doctorat de la Sorbonne.

Il s'est fait connaître en luttant contre la corruption dans l'immobilier avant de devenir maire de Bucarest. Dan soutient l'Ukraine et le plan de l'UE visant à augmenter les dépenses militaires conjointes. Il affirme que l'Europe doit se préparer au cas où les États-Unis retireraient leur soutien.

Il n'a pas de parti important derrière lui, mais il a attiré le soutien des libéraux et de l'UDMR. Les sociaux-démocrates sont restés neutres.

Quel est le véritable enjeu ?

La Roumanie est un membre clé de l'OTAN en mer Noire, partageant une frontière avec l'Ukraine. Elle a joué un rôle essentiel dans l'exportation des céréales ukrainiennes et dans la formation des pilotes ukrainiens.

L'élection de Simion pourrait inverser la tendance. Il a déclaré qu'il opposerait son veto à tout futur projet de l'UE visant à envoyer des armes à l'Ukraine.

Les analystes politiques estiment que cela isolerait la Roumanie, affaiblirait le soutien à l'Ukraine et pourrait modifier l'équilibre au sein de l'UE.

La Roumanie affiche déjà le déficit budgétaire le plus élevé de l'UE, avec environ 9 % du PIB. Les investisseurs sont nerveux.

Après la victoire de Simion au premier tour, le leu a chuté à des niveaux historiquement bas. La banque centrale a dû intervenir avec 1 milliard d'euros pour stabiliser la monnaie.

Dan affirme que les politiques de Simion sont dangereuses pour l'économie. Il souligne les promesses de Simion de nationaliser des industries clés, de réduire les impôts et de construire des logements subventionnés sans plans de financement clairs.

S'il est élu, Dan promet de réduire les dépenses des entreprises publiques, de sévir contre la fraude fiscale et de débloquer les fonds européens gelés.

Où en sont les électeurs maintenant ?

De récents sondages indiquent que la course est au coude à coude. Un sondage réalisé par AtlasIntel place les deux candidats à 48,2 %. Un autre, réalisé par CURS, donne un léger avantage à Simion avec 52 %.

Mais il y a un facteur imprévisible. Près d'un million de Roumains vivant à l'étranger ont voté au premier tour.

Plus de 60 % des personnes interrogées ont soutenu Simion. Le soutien de Dan au sein de la diaspora est le plus fort aux États-Unis et au Canada, mais ces régions représentent un nombre de voix moins important.

La popularité de Simion repose sur la frustration envers l'ancienne classe politique. Ses partisans affirment que la Roumanie a été ignorée par Bruxelles et qu'elle doit faire passer ses propres intérêts en premier. Il établit un lien avec les électeurs des villages, des petites villes et des communautés religieuses.

La base de Dan se trouve dans les villes : des gens éduqués, issus de la classe moyenne et pro-européens.

Son chemin vers la victoire dépend de sa capacité à rallier des millions d'électeurs qui ont soutenu d'autres candidats au premier tour et à les convaincre de se déplacer pour voter.

La Roumanie pourrait-elle faire basculer l'équilibre de l'Europe ?

Cette élection ne se déroule pas dans le vide. Si Simion gagne, il est probable qu'il s'allie avec le Hongrois Viktor Orbán et le Slovaque Robert Fico pour ralentir ou bloquer les décisions de l'UE concernant l'Ukraine, la défense et l'État de droit.

L'idéologue Alexandre Douguine, lié au Kremlin, a même qualifié l'ascension de Simion de « chance pour la Russie ».

Les liens de Simion avec Călin Georgescu, la personnalité pro-russe disqualifiée en 2024, n'ont fait qu'accroître les inquiétudes à Bruxelles et à Washington. Selon certaines informations, Simion souhaite nommer Călin au poste de Premier ministre.

Parallèlement, Simion tente d'adoucir son image. Il a promis de collaborer avec l'OTAN et a rassuré les investisseurs en leur assurant qu'il soutenait les réformes de marché. On ignore encore s'il s'agit d'une démarche sincère ou d'une simple tactique de campagne.

Dan, quant à lui, se présente comme le choix de la stabilité. Il affirme que la Roumanie doit prouver qu'elle est un partenaire fiable pour l'UE et l'OTAN. Il soutient que la sécurité, l'économie et la crédibilité mondiale du pays en dépendent.

Le 18 mai, le pays devra choisir entre deux avenirs clairs et opposés. L'un se tourne vers Bruxelles, l'autre s'en éloigne.

Les deux hommes promettent le changement. Mais un seul a une vision de la Roumanie s'inscrivant dans le courant dominant européen. L'autre demande aux électeurs de faire un saut dans l'inconnu.