La Chine épargne les principaux producteurs français de cognac des droits de douane dans un différend sur le brandy
- La Chine exempte les principaux producteurs français de cognac des droits de douane s’ils acceptent des prix minimums à l’importation non divulgués.
- Le BNIC prévient que malgré l’accord, les conditions restent moins favorables qu’avant l’enquête.
- Les actions des fabricants de spiritueux français ont chuté mais se sont appréciées plus tard, les marchés ayant réagi à l’incertitude persistante du commerce.
Dans une décision qui apporte un soulagement partiel à l’industrie européenne des spiritueux, la Chine a déclaré vendredi qu’elle exempterait les principaux producteurs français de cognac tels que Pernod Ricard, LVMH et Rémy Cointreau de droits antidumping élevés, à condition qu’ils s’engagent à des prix d’importation minimums pour le marché chinois.
Cette décision fait suite à une enquête commerciale de plusieurs mois sur les importations de brandy de l’UE, principalement axée sur le secteur emblématique du cognac en France.
Le ministère chinois du Commerce a déclaré que si des droits allant jusqu’à 34,9 % seraient imposés sur les importations de brandy européen à partir du 5 juillet 2025, les producteurs qui respectent les accords sur les prix minimums éviteront les droits de douane.
Les prix minimaux eux-mêmes n’ont pas été divulgués.
La décision apporte de la clarté à une impasse commerciale qui a gravement affecté les exportations de cognac français vers la Chine, le marché mondial le plus précieux pour le spiritueux.
Selon le BNIC (Bureau National Interprofessionnel du Cognac), les exportations mensuelles vers la Chine ont chuté de 70 % depuis que la Chine a imposé des droits provisoires en octobre 2024, en représailles aux droits de douane de l’UE sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.
L’accord à prix minimum offre un soulagement temporaire
Rémy Cointreau, propriétaire de la marque Rémy Martin, a salué l’accord comme une « alternative nettement moins punitive », ajoutant qu’il permettait à l’entreprise de poursuivre ses investissements en Chine.
Pernod Ricard et LVMH, dont les portefeuilles comprennent respectivement Martell et Hennessy, devraient également bénéficier de ce nouvel accord.
Bien que l’accord évite l’impact immédiat des droits de douane élevés, les organismes industriels français soulignent que l’issue est encore moins favorable que le statu quo avant l’enquête.
« C’est pourquoi nous renouvelons notre appel au gouvernement français et à la Commission européenne pour qu’ils parviennent à un accord politique avec les autorités chinoises dès que possible afin de revenir à une situation sans droits antidumping », a déclaré le BNIC dans un communiqué.
Les petits producteurs pourraient également trouver un certain soulagement, car le ministère a confirmé que les dépôts perçus en vertu des droits provisoires depuis octobre 2024 seraient remboursés.
Il s’agissait d’un point d’achoppement clé dans les négociations, en particulier pour les entreprises dont les flux de trésorerie sont plus serrés.
Les tarifs douaniers continuent de peser sur les producteurs non conformes
La décision finale de la Chine maintient que les producteurs qui ne respectent pas les exigences en matière de prix minimums – ou qui ne respectent pas l’accord – seront assujettis au taux de droit antidumping intégral pouvant aller jusqu’à 34,9 % pendant les cinq prochaines années.
La déclaration du ministère du Commerce a clairement indiqué que l’application serait stricte, même s’il n’a pas détaillé la manière dont la conformité sera contrôlée.
Cette décision coïncide avec l’intensification de l’activité diplomatique entre la France et la Chine.
Le ministre français du Numérique, Jean-Noël Barrot, devait rencontrer le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, à Paris plus tard vendredi, et les discussions devraient inclure des questions commerciales avant un sommet Chine-UE plus tard ce mois-ci.
L’industrie réagit à l’incertitude persistante
Les actions des fabricants de spiritueux français ont regagné du terrain vendredi après une première baisse lorsqu’il est devenu connu qu’ils pourraient éviter les nouveaux droits de douane de la Chine sur le brandy en provenance de l’Union européenne s’ils respectaient leurs engagements en matière de prix minimum.
Remy Cointreau était dans le vert de 0,13 % après avoir baissé en début de séance, tandis que celui de Pernod Ricard a atténué une partie de ses pertes et était en baisse de 0,22 % à 13h20, après avoir baissé de 1 % plus tôt.
LVMH a reculé de 1,44 % après avoir perdu 2,1 % dans les échanges européens en milieu de matinée.
Les analystes ont déclaré que le marché avait espéré une réduction complète des droits de douane, et non une exemption conditionnelle.
« Pernod Ricard pourrait être plus pénalisé que Rémy Cointreau, avec une exposition moindre au cognac ultra-premium, ce qui signifie que sa clientèle est plus sensible aux hausses de prix », a déclaré Arnaud Autier, analyste actions chez ODDO BHF.
Les observateurs de l’industrie demeurent prudents, notant que même le cadre ajusté introduit toujours une rigidité des prix et un fardeau potentiel en matière de conformité.
Le groupe commercial spiritsEUROPE, basé à Bruxelles, a qualifié la décision d'"obstacle important au commerce légitime » et a réitéré que les producteurs européens avaient fourni des preuves au cours des 18 derniers mois pour réfuter les allégations de dumping.
Les tensions commerciales vont au-delà des spiritueux
L’enquête sur le brandy, bien qu’elle soit maintenant partiellement résolue, était la première d’un effort plus large de la Chine pour cibler les produits européens dans un contexte d’escalade des différends commerciaux.
La Chine a également lancé des enquêtes sur le porc et les produits laitiers européens.
Pendant ce temps, les autorités françaises ont déclaré que l’accent mis par la Chine sur le cognac était motivé par des considérations politiques, compte tenu du soutien vocal de la France aux droits de douane de l’UE sur les véhicules électriques chinois.
Les analystes estiment que la résolution sur le brandy signale une volonté des deux parties d’empêcher une guerre commerciale à part entière.
« Je pense que les deux parties, la France et la Chine, ne voulaient pas que cela devienne incontrôlable », a déclaré à Reuters une source de haut rang de l’industrie française. « Ils voulaient trouver une solution. »
Pourtant, avec des droits antidumping finaux de 32,2 % en moyenne sur le brandy et les spiritueux similaires de l’UE non conformes, et peu de progrès sur le différend sur les véhicules électriques lui-même, les tensions restent vives.
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