La grève d’Air Canada cloue au sol la majorité des vols, plus de 100 000 passagers bloqués

La grève d’Air Canada cloue au sol la majorité des vols, plus de 100 000 passagers bloqués
Noris Soto
16 août 2025, 17:36 PM
  • Les agents de bord d’Air Canada ont commencé à faire grève samedi, clouant au sol la plupart des 700 vols quotidiens de la compagnie aérienne.
  • Le conflit de travail porte sur la rémunération du temps passé sur le terrain et du travail actuellement non rémunéré.
  • Des dizaines de milliers de passagers sont confrontés à des annulations, alors qu’aucune nouvelle négociation n’est encore prévue.

Les activités d’Air Canada ont été perturbées samedi après que des agents de bord ont débrayé dans le cadre d’un différend salarial, déclenchant la première grève du personnel de cabine du transporteur en plus de 40 ans.

Les moyens de pression ont conduit la plus grande compagnie aérienne du Canada à suspendre la majorité de ses 700 vols quotidiens, laissant plus de 100 000 passagers à la recherche d’autres arrangements.

La grève a commencé peu avant 1 h HAE (0500 GMT), lorsque des membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) ont érigé des piquets de grève dans les principaux aéroports.

Des centaines de travailleurs brandissant des drapeaux et des bannières ont manifesté devant l’aéroport international Pearson de Toronto, l’aéroport le plus achalandé du pays. Des situations similaires se sont produites à Montréal, Calgary et Vancouver.

Air Canada, basée à Montréal, a confirmé l’ampleur de la fermeture, affirmant qu’environ 130 000 clients par jour seraient touchés.

Les vols exploités par des filiales régionales telles qu’Air Canada Jazz et PAL Airlines se poursuivent selon leurs horaires, tandis que les services exploités par la branche budgétaire de l’entreprise, Air Canada Rouge, ont été suspendus.

Un bras de fer sur les salaires

L’argument tourne autour de la façon dont les agents de bord sont rémunérés. Le système actuel ne paie les préposés que lorsqu’un avion est en mouvement.

Le SCFP a réclamé des salaires qui englobent le temps passé sur le terrain, y compris l’aide aux passagers pour l’embarquement.

Air Canada a maintenant proposé de commencer à payer une partie de ce travail auparavant non rémunéré, mais à seulement 50 % du taux horaire.

La compagnie aérienne a également proposé une augmentation de la rémunération totale de 38 % sur quatre ans, dont une augmentation de 25 % la première année. Mais le syndicat a rejeté cette idée, affirmant qu’elle n’allait pas assez loin pour apaiser les griefs de longue date.

L’impasse couve depuis des mois à travers des négociations intermittentes. Aucune nouvelle séance de négociation n’était prévue samedi matin, signe que les perturbations pourraient durer un certain temps.

Des effets d’entraînement au-delà des frontières

Les ramifications de la grève s’étendent bien au-delà des frontières du Canada. Air Canada est la compagnie aérienne étrangère la plus achalandée avec des vols réguliers vers les États-Unis, et l’interdiction devrait s’étendre aux réseaux de voyage nord-américains. Des dizaines de milliers de voyageurs sont confrontés à des annulations, à des réacheminements ou à de longs retards.

Les clients sont fortement encouragés à ne pas se rendre dans les aéroports à moins d’avoir des billets confirmés auprès d’une autre compagnie aérienne. En l’absence d’une percée dans les négociations, on s’attend à ce que la charge pesant sur l’ensemble du système aérien s’alourdisse.

Enjeux politiques et économiques

Ottawa a pris note de l’impasse. Le Code canadien du travail habilite la ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, à demander à la Commission des relations industrielles de mettre en place un arbitrage exécutoire si l’économie est jugée menacée.

Les entreprises canadiennes qui subissent des pressions depuis des semaines en raison des tensions commerciales aux États-Unis ont poussé le gouvernement fédéral à intervenir et à revenir à la normale de leurs vols.

Air Canada a officiellement exhorté le gouvernement libéral minoritaire du premier ministre Mark Carney à intervenir, mais le syndicat a refusé l’arbitrage, affirmant que cela réduirait la pression sur la direction pour qu’elle vienne à la table.

M. Hajdu a demandé à maintes reprises aux deux parties de revenir à la table des négociations, mais n’a pas pris de mesures pour rapprocher le syndicat et l’employeur.

Préoccupations des investisseurs

La grève a également attiré l’attention des marchés financiers. Les analystes de TD Cowen ont prévenu que le conflit pourrait peser lourdement sur Air Canada au cours de son trimestre de pointe, annulant ainsi toute économie de coûts découlant d’une position difficile sur les salaires.

Dans une note à ses clients, la société a averti que la société holding pourrait être une « victoire à la Pyrrhus » si des retards à long terme réduisaient les bénéfices et nuisaient à la réputation de la compagnie aérienne.

Voie à suivre incertaine

En l’absence de discussions imminentes, la durée de la grève est inconnue. Le nombre d’annulations est sans précédent au cours des dernières années, et la dernière fois que les agents de bord d’Air Canada ont débrayé, c’était en 1985.

Les passagers peuvent s’attendre à ce que les perturbations s’intensifient dans les jours suivants, à mesure que les options de voyage alternatives se remplissent.

La résolution de la poursuite pourrait créer un précédent sur la façon dont le secteur de l’aviation canadien aborde les ententes d’indemnisation qui sont restées essentiellement inchangées pendant des décennies.

Pour l’instant, la grève sert à la fois de test de la force syndicale et de défi à la capacité du gouvernement fédéral d’équilibrer les revendications des travailleurs et la stabilité économique.