L’UE pousse l’accord commercial du Mercosur vers l’approbation avec des sauvegardes agricoles

L’UE pousse l’accord commercial du Mercosur vers l’approbation avec des sauvegardes agricoles
Noris Soto
03 sept. 2025, 18:07 PM
  • La Commission européenne a soumis à l’approbation de l’accord commercial du Mercosur de nouvelles mesures de sauvegarde à l’importation de produits agricoles.
  • La France a assoupli sa position, la Pologne est restée opposée mais a manqué de partenaires de blocage.
  • Les partisans voient une réduction de la dépendance à la Chine et des marchés sud-américains plus grands.

Mercredi, la Commission européenne a présenté à l’approbation de l’accord commercial tant attendu de l’Union européenne avec le bloc Mercosur d’Amérique du Sud, tout en proposant des protections pour atténuer les plus grandes objections de la France.

L’accord, signé en décembre avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, serait le plus grand accord commercial de l’UE en termes de réductions tarifaires. Cela survient 25 ans après le début des conversations.

La ratification nécessite le soutien du Parlement européen ainsi qu’une majorité qualifiée des gouvernements de l’UE – au moins 15 des 27 États membres, représentant 65 % de la population de l’Union.

Trouver un équilibre entre les gains commerciaux et les préoccupations agricoles

L’Allemagne et l’Espagne ont été parmi les partisans les plus virulents, décrivant l’accord Mercosur comme une méthode pour atténuer les pertes dues aux droits de douane du président Donald Trump et réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine, notamment pour les minéraux clés.

La France, premier producteur de bœuf de l’UE, a déjà qualifié le traité d'« inacceptable ». La Pologne a également exprimé une forte opposition, invoquant des dangers potentiels pour son secteur agricole. Avec leurs alliés, les deux hommes ont formé une coalition de blocage potentielle.

La Commission a tenté d’atténuer la résistance en instituant un mécanisme de sauvegarde. L’accès préférentiel aux importations de produits agricoles sensibles, comme la viande bovine, peut être révoqué si les volumes augmentent de plus de 10 % ou si les prix baissent du même montant dans un État membre.

Bruxelles aurait trois semaines pour répondre après le dépôt d’une plainte.

En outre, la Commission a annoncé qu’elle surveillerait de près les importations et mettrait de côté un fonds de crise de 6,3 milliards d’euros (7,38 milliards de dollars) pour aider les agriculteurs de l’UE.

La France s’adoucit, la Pologne reste seule

Le ministre français du Commerce, Laurent Saint-Martin, a qualifié la clause de sauvegarde de pas en avant dans un billet sur X.

Cette réponse indiquait un changement par rapport à Paris, où les fonctionnaires avaient été parmi les plus difficiles à contester en matière d’approbation.

La Pologne a toutefois réitéré son opposition. Nous avons dû dire 'non' à l’accord, mais nous n’avions plus les partenaires nécessaires pour l’arrêter", a déclaré le Premier ministre polonais Donald Tusk. À la lumière de ce fait, l’orateur dit que le mécanisme de défense de la Commission est essentiel.

Diversifier le commerce dans l’ombre de Trump

La Commission a inscrit le pacte Mercosur dans le cadre d’une stratégie plus large visant à diversifier les liens commerciaux. Depuis la réélection de Trump en novembre dernier, l’UE a accéléré les négociations avec l’Inde, l’Indonésie et les Émirats arabes unis, tout en renforçant ses relations avec la Grande-Bretagne, le Canada et le Japon.

Le jour même de la présentation du texte du Mercosur, Bruxelles s’est également préparée à soumettre à l’examen un accord actualisé entre l’UE et le Mexique, conclu en janvier.

Les agriculteurs et les groupes écologistes résistent

L’accord est controversé parmi les agriculteurs européens qui affirment qu’il inondera le marché de bœuf sud-américain de qualité inférieure et d’autres produits qui bafouent les normes de sécurité alimentaire et environnementales de l’UE.

Ces allégations ont été rejetées par la Commission, car les importations seraient soumises à la législation existante.

Les organisations environnementales ont également été de farouches opposants. L’accord a été qualifié de pacte de « destruction du climat » par les Amis de la Terre, qui affirment qu’il entraînera la déforestation et sapera la politique climatique de l’UE.

Les détracteurs du Parlement européen – y compris les Verts et l’extrême droite – cherchent à faire échouer l’accord dans la phase de ratification.

Malgré cela, la balance penche vers l’approbation. L’incapacité d’une coalition suffisamment large entre les gouvernements de l’UE à bloquer l’accord suggère que le vent est maintenant dans les voiles des partisans de l’accord.

Accès aux minéraux et aux marchés

Les partisans mettent l’accent sur les avantages stratégiques. L’Amérique du Sud fournit des minéraux essentiels à la transition verte de l’Europe, en particulier du lithium pour les batteries, tandis que l’UE dépend fortement de la Chine.

Dans le même temps, le Mercosur est un marché en expansion pour les automobiles, les machines et les produits chimiques européens.

Les partisans mettent également en avant les perspectives agricoles. Les producteurs de fromage, de jambon et de vin de l’UE bénéficieront d’une réduction des droits de douane et d’un meilleur accès aux consommateurs sud-américains.

La question de savoir si les avantages promis compensent les risques pour les agriculteurs européens et la politique climatique sera testée dans les mois à venir, alors que les législateurs et les gouvernements examinent leurs options.