Le chômage au Royaume-Uni atteint son plus haut niveau en 4 ans à 5,0 %, alimentant les paris sur une baisse des taux de la BoE

Le chômage au Royaume-Uni atteint son plus haut niveau en 4 ans à 5,0 %, alimentant les paris sur une baisse des taux de la BoE
Diya Poddar
11 nov. 2025, 09:55 AM
  • Le taux de chômage au Royaume-Uni a atteint 5,0 %, son plus haut niveau depuis début 2021.
  • L’emploi salarié a diminué de 32 000 en octobre pour un deuxième mois consécutif.
  • La croissance des salaires dans le secteur privé a ralenti pour s’établir à 4,2 %, soit la plus faible croissance depuis le début de 2021.

Le dernier rapport sur le marché du travail au Royaume-Uni présente un signal multiforme de décélération économique.

Une hausse perceptible du taux de chômage, conjuguée à une baisse de l’emploi salarié et à une croissance modérée des salaires, amène les acteurs du marché à recalibrer les attentes en matière de politique monétaire.

Avec la prochaine décision de la Banque d’Angleterre sur les taux d’intérêt qui se profile en décembre, les traders penchent maintenant plus résolument vers une baisse.

Alors que le resserrement budgétaire et les changements structurels dans l’emploi persistent, l’évolution des conditions macroéconomiques positionne le marché du travail comme le principal déterminant de la réponse de la banque centrale.

Le taux de chômage signale des tensions structurelles

L’Office for National Statistics a indiqué que le taux de chômage au Royaume-Uni a atteint 5,0 % au cours des trois mois précédant septembre.

Il s’agit du niveau le plus élevé depuis les premiers mois de 2021, lorsque les contraintes liées à la pandémie avaient considérablement perturbé l’activité économique. L’augmentation a dépassé les prévisions, les économistes prévoyant une hausse plus faible à 4,9 %.

Parallèlement, l’emploi salarié a connu une contraction. Les données fiscales du HMRC ont révélé une réduction de 32 000 employés salariés en octobre, reflétant la baisse révisée du mois précédent.

Depuis le resserrement budgétaire mis en œuvre en octobre 2024, la perte cumulée d’emplois salariés a atteint 180 000.

Le nombre de chômeurs par poste vacant, une mesure souvent utilisée pour évaluer les capacités excédentaires sur le marché du travail, a atteint 2,5 au cours de la période de juillet à septembre.

Il s’agit du ratio le plus élevé observé depuis 2015, ce qui indique un excédent de main-d’œuvre en expansion malgré des hausses marginales des offres d’emploi.

La décélération des salaires dans le secteur privé confirme le fléchissement de la demande

La dynamique des salaires reflète une nouvelle modération des gains nominaux. La croissance des salaires dans le secteur privé a ralenti à 4,2 % au cours de la période considérée, contre 4,4 %, ce qui est conforme au consensus du marché et marque le niveau le plus faible depuis le début de 2021.

Cette tendance a été soutenue par des enquêtes internes de la Banque d’Angleterre auprès des entreprises, qui ont montré que près de la moitié des entreprises ont réagi à l’augmentation des impôts sur l’emploi en réduisant leurs effectifs.

Seulement 17 % ont choisi de réduire les salaires, ce qui suggère que les ajustements de l’emploi sont le principal mécanisme de contrôle des coûts.

Malgré la faiblesse actuelle, les entreprises ont fait état de prévisions salariales de 3,7 % pour l’année prochaine au cours des trois mois se terminant en octobre.

Il s’agit d’une légère augmentation par rapport au mois précédent, ce qui signifie que si les pressions salariales actuelles s’atténuent, les attentes futures restent ancrées au-dessus des normes historiques.

La réévaluation des marchés s’accélère dans un contexte de recalibrage de la politique monétaire

Le climat des investisseurs a fortement évolué après les données sur l’emploi. Les prix du marché reflètent désormais une probabilité de 80 % d’une baisse des taux de la Banque d’Angleterre lors de sa prochaine réunion du 18 décembre.

Il s’agit d’une augmentation notable par rapport aux 68 % de la veille. La livre sterling s’est affaiblie par rapport au dollar, perdant jusqu’à 0,4 % à 1,3121 $.

Le Comité de politique monétaire avait précédemment maintenu le taux officiel d’escompte à 4,0 % lors d’un vote très partagé de 5 contre 4.

Le calcul décisionnel de la banque est également influencé par des variables budgétaires plus larges. La Déclaration d’automne, prévue pour le 26 novembre, sera un événement crucial.

La chancelière Rachel Reeves devrait proposer de nouvelles mesures fiscales visant à remédier aux déficits budgétaires, ce qui pourrait exercer une pression à la baisse supplémentaire sur la demande des ménages et l’inflation.

La politique fiscale aggrave la faiblesse du marché du travail

La contraction de l’emploi observée depuis octobre 2024 a coïncidé avec la mise en œuvre de la hausse des charges sociales des employeurs.

Le premier budget travailliste sous le chancelier Reeves semble avoir eu un effet désinflationniste en décourageant la demande de main-d’œuvre, avec des réductions généralisées de l’emploi au niveau des entreprises.

Si le prochain budget introduit une fiscalité supplémentaire destinée aux ménages, il pourrait limiter davantage les dépenses de consommation, freinant ainsi la dynamique inflationniste.

De tels développements pourraient justifier davantage un revirement de la politique monétaire, d’autant plus que la faiblesse du marché du travail s’accumule.

Le prochain rapport sur le PIB, attendu jeudi, offrira la première estimation de la production économique du troisième trimestre. Outre les données sur l’emploi et les développements budgétaires, il éclairera la décision politique finale de la banque centrale de l’année.

La convergence de ces variables fait de la réunion de décembre l’une des plus importantes de mémoire récente.