Comment la forte croissance économique de l’Inde laisse derrière elle sa classe moyenne
- L’économie indienne croît rapidement, mais la richesse, les gains boursiers et les bénéfices restent concentrés au sommet.
- Les réformes financières, fiscales et du travail visent à corriger les faibles salaires, l’informalité et la croissance de la petite bourgeoisie.
- Le véritable test est de savoir si le capital et l’industrie manufacturière créent des emplois qui font passer les revenus au-delà du rallye du marché.
L’économie indienne a l’étrange habitude de semer la confusion tout le monde à la fois.
Les chiffres de croissance semblent solides, les marchés boursiers attirent toujours l’attention, et les investisseurs étrangers reprennent leur attention.
Mais ce n’est pas l’histoire du citoyen indien moyen. Des centaines de millions vivent encore près de la périphérie, et la classe moyenne indienne paraît plus mince qu’elle ne devrait pour un pays de sa taille.
Cette contradiction est devenue le test central pour savoir si la dernière poussée de réformes de l’Inde change réellement la vie quotidienne ou ne fait que remanier l’argent au sommet.
Les chiffres de croissance de l’Inde dissimulent un problème de répartition
Selon les indicateurs principaux, l’Inde s’en sort bien. C’est la grande économie à la croissance la plus rapide pendant la majeure partie de la dernière décennie.
La croissance trimestrielle récente a dépassé 8 %.
Le Fonds monétaire international prévoit une croissance d’environ 6,6 % pour l’exercice 2025 à 26, malgré un contexte commercial mondial hostile.
Mais les moyennes de croissance cachent la structure. Selon le rapport sur les inégalités mondiales cité dans une récente analyse de Bloomberg, l’Inde n’a pas produit une grande classe moyenne mondiale comme la Chine.
La richesse est fortement concentrée. Environ le 1 % le plus riche possède environ 40 % de sa richesse personnelle.
À l’autre extrémité, environ 800 millions de personnes dépendent encore des céréales gratuites. Entre ces extrêmes se trouve une bande étroite de ménages salariés supportant une grande partie de la charge fiscale et de la demande des consommateurs.
Le problème central n’est pas la production, mais la façon dont les gens gagnent de l’argent. Les trois quarts des travailleurs non agricoles restent informels. Les salaires sont bas. Les rendements dans l’éducation sont faibles selon les standards internationaux.
Pour de nombreux jeunes Indiens, une année de scolarité supplémentaire augmente moins les revenus qu’en Chine ou même dans certaines régions d’Afrique subsaharienne.
Peut-être que ce n’est pas un problème de croissance, mais de transmission.
Un accent sur la finance et la consommation
Cela aide à expliquer pourquoi le gouvernement indien s’est tourné si agressivement vers la réforme financière.
Fin 2025, les législateurs ont approuvé des règles autorisant jusqu’à 100 % de propriété étrangère sur les compagnies d’assurance.
Les fonds de pension et les marchés de capitaux sont encore plus ouverts.
L’objectif déclaré est que l’Inde a besoin de capitaux à long terme pour construire des usines, des réseaux électriques, des routes et des corridors industriels.
Mais les économies domestiques restent enfermées dans l’or et la propriété, et les banques seules ne peuvent pas financer une poussée industrielle à l’échelle de l’Inde.
Les assurances et les retraites rapportent de l’argent aux patients qui peut rester investi pendant des décennies.
Les grands groupes financiers japonais, par exemple, ont déjà conclu des accords valant plusieurs milliards de dollars.
L’investissement direct étranger net a plus que doublé d’une année à l’autre au premier semestre de l’exercice fiscal, selon les données de la Banque de réserve de l’Inde.
Ces réformes sont en effet importantes, mais la finance est par nature neutre. Cela peut financer des emplois ou gonfler les actifs.
Sans pression sur la destination de l’argent, des marchés financiers plus profonds peuvent creuser les inégalités aussi facilement qu’ils peuvent la fermer.
Parallèlement à la finance, l’Inde a pris une tournure vers le soutien à la consommation. Les taux de TPS ont été réduits sur de nombreux biens de tous les jours.
Les modifications de l’impôt sur le revenu ont levé le salaire net des ménages à revenu intermédiaire.
La banque centrale a accordé environ 100 points de base de baisse des taux en 2025. Les paiements de prêts immobiliers ont diminué. Les ventes de voitures ont bondi de plus de 15 % en termes annuels en octobre.
Ce n’est pas un stimulus en soi. C’est une assurance. Après que les États-Unis ont imposé des tarifs allant jusqu’à 50 % sur les produits indiens, les décideurs ont accepté que les exportations seules ne pouvaient pas soutenir la croissance.
Un grand marché intérieur doit agir comme un amortisseur d’impact.
Le soutien à la consommation stabilise la croissance. Cela ne la transforme pas. Cette tâche a été confiée à la réforme du travail.
Réforme du travail et classe moyenne absente
En novembre 2025, l’Inde a adopté quatre codes du travail consolidés couvrant les salaires, les relations industrielles, la sécurité sociale et la sécurité des travailleurs, et les chiffres qui les détiennent sont frappants.
Plus de 1 400 règles ont été réduites à environ 350. Des dizaines de formulaires et de registres ont été fusionnés et numérisés. Les inspecteurs ont été redéfinis comme facilitateurs.
Pendant des années, le système du travail indien a encouragé les entreprises à rester petites pour éviter de se conformer.
Les petites entreprises signifient une faible productivité.
Une faible productivité signifie de faibles salaires.
Les nouveaux codes visent à briser cette boucle en facilitant la croissance et l’embauche formelle des entreprises.
Une clause ressort. Les femmes peuvent désormais travailler de nuit dans de nombreux secteurs. Cela peut paraître mineur, mais ce n’est pas le cas.
Chaque grand boom manufacturier en Asie a commencé avec le passage des femmes des fermes aux usines. La participation féminine à la population active en Inde reste parmi les plus faibles du monde en développement.
Libérer cette main-d’œuvre augmenterait les revenus des ménages, élargirait la classe moyenne urbaine et modifierait les habitudes de consommation d’une manière qu’aucune réduction d’impôts ne peut égaler.
Les codes du travail représentent la tentative la plus directe depuis des décennies pour résoudre le problème des salaires en Inde. Leur impact dépendra de l’application et de la clarté. Mais l’intention est difficile à manquer.
L’Inde peut-elle réellement s’industrialiser à grande échelle
Les sceptiques soutiennent que l’Inde a raté le bus manufacturier. La production ne représente qu’environ 13 % du PIB. Les services dominent. Mais cette faible part indique aussi une marge de progression.
Des données récentes suggèrent un mouvement précoce. Les annonces d’investissements d’entreprises ont atteint un sommet de dix ans à la mi-2025, menées par le secteur manufacturier.
Les exportations d’électronique augmentent rapidement. Apple fabrique désormais la plupart des iPhones destinés aux États-Unis en Inde et explore des projets locaux d’emballage de composants et de puces.
Cette étape est importante car l’assemblage crée des emplois, et les composants créent des compétences, des fournisseurs et des échelles salariales.
L’Inde n’a pas besoin d’imiter l’ancien modèle chinois. Il a besoin d’une industrie à forte intensité de main-d’œuvre suffisante pour sortir les travailleurs de l’informalité et d’un approfondissement du capital suffisant pour augmenter la productivité au fil du temps.
Contraste entre les bénéfices boursiers et les salaires réels
Le marché boursier indien a été l’un des plus performants parmi les grandes économies, ce qui en dit long sur la façon dont la croissance est perçue.
Au cours des cinq dernières années, le Nifty 500 a généré des rendements totaux supérieurs à 120 %, surpassant la plupart des indices mondiaux, y compris le SandP 500.
Ce rassemblement reflète de véritables forces. Les profits des entreprises ont augmenté plus vite que les salaires. Les bilans sont plus épurés qu’il y a dix ans.
Les secteurs financier ont bénéficié de la croissance du crédit et de la consolidation. Les dépenses en infrastructures ont soutenu les biens d’équipement et les actions liées à la construction.
Pour les investisseurs, l’Inde ressemble enfin à un pays transformant l’échelle en bénéfices.
Mais le succès boursier met en lumière un déséquilibre plus profond. La participation en actions en Inde reste fortement concentrée.
La participation directe reste limitée à une petite part des ménages, tandis que les investisseurs institutionnels et les individus fortunés captent la majorité des gains. Les indices à la hausse témoignent donc de la confiance dans l’Inde des entreprises, et non de la prospérité croissante pour la plupart des travailleurs.
Le contraste est le plus marqué dans les secteurs à forte forte présence de main-d’œuvre. L’emploi informel reste répandu, même si les sociétés cotées affichent des bénéfices records. La croissance des salaires a été inférieure à celle des bénéfices.
Les primes d’éducation restent faibles. En fait, le marché boursier indien a intégré la dynamique des réformes plus rapidement que le marché du travail ne l’a ressenti.
Réunies, les réformes de 2025 de l’Inde révèlent un pari clair. La croissance seule ne suffit pas. Le capital doit être moins cher.
Les entreprises doivent pouvoir évoluer. La demande intérieure doit se protéger contre les chocs commerciaux.
Le capital doit aussi affluer dans les usines désormais. Cela multipliera les salaires, stimulera l’éducation et la consommation. C’est ainsi que se forme une classe moyenne.
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