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Des véhicules électriques aux produits laitiers : ce qui tend les relations UE-Chine alors que les tensions commerciales s’intensifient

  • La Chine a imposé des tarifs allant jusqu’à 42,7 % sur les produits laitiers de l’UE à la suite d’une enquête anti-subvention.
  • Cette mesure s’ajoute à un différend commercial qui s’élargit déjà, incluant le porc, le brandy et les véhicules électriques.
  • Malgré la communication diplomatique, la méfiance s’approfondit alors que les deux camps renforcent leurs positions économiques.

Alors que le commerce mondial devient de plus en plus fragmenté, les relations économiques entre la Chine et l’Union européenne entrent dans une phase plus conflictuelle, marquée par une dépendance croissante aux tarifs, aux enquêtes et aux mesures de représailles.

Ce qui avait commencé comme des différends ciblés dans certains secteurs s’est progressivement élargi, impliquant l’agriculture, la fabrication, la technologie et les biens de consommation.

Dans le dernier développement de la série, la Chine a imposé des tarifs allant jusqu’à 42,7 % sur les produits laitiers de l’Union européenne.

Cette initiative fait suite à la conclusion d’une enquête anti-subvention lancée en août 2024.

Selon un communiqué d’un responsable du ministère du Commerce, les tarifs varieront de 21,9 % à 42,7 %, les entreprises ayant coopéré avec l’enquête devant des droits de 28,6 %, tandis que celles qui n’ont pas coopéré seront soumises au taux maximal.

Les produits couverts par les nouveaux tarifs comprennent le fromage frais et transformé, ainsi que certaines catégories de lait et de crème.

Coke fraîche après des disputes sur le porc et le brandy

Les tarifs laitiers interviennent peu après que la Chine a imposé des droits d’importation sur le porc et les sous-produits du porc de l’UE pendant cinq ans, à des taux allant de 4,9 % à 19,8 %.

Bien que plus bas que les mesures provisoires précédentes, ces droits de douane ont néanmoins renforcé les inquiétudes à Bruxelles quant à l’expansion progressive de Pékin sur l’utilisation des outils de défense commerciale contre les exportations européennes.

En septembre, la Chine a imposé des tarifs antidumping temporaires allant jusqu’à 62,4 % sur le porc de l’UE sous forme de dépôts en espèces.

Par ailleurs, l’UE a contesté les tarifs provisoires de la Chine sur le brandy européen à l’Organisation mondiale du commerce en novembre, arguant que ces mesures étaient incompatibles avec les règles de l’OMC.

Pris ensemble, ces actions reflètent un schéma de restrictions commerciales de type « œil pour coup » qui s’est accéléré depuis que l’UE a imposé des tarifs allant jusqu’à 45 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine en octobre dernier.

Les véhicules électriques au cœur de l’impasse

Le différend sur les véhicules électriques est devenu la ligne de fracture centrale dans les relations économiques UE-Chine.

Bruxelles a soutenu que de lourdes subventions d’État ont permis aux constructeurs chinois d’inonder les marchés mondiaux de véhicules sous-évalués, menaçant l’industrie automobile européenne.

Les responsables de l’UE ont souligné la capacité de production excédentaire de la Chine d’environ trois millions de véhicules électriques par an, soit environ deux fois la taille du marché européen.

Avec les véhicules électriques chinois soumis à 100 % de droits de douane aux États-Unis et au Canada, l’Europe s’est imposée comme la sortie la plus évidente, accentuant les sensibilités politiques à Bruxelles.

La Chine, pour sa part, a rejeté les accusations de concurrence déloyale et présenté les tarifs de l’UE comme protectionnistes.

En réponse, Pékin a pris de l’initiative de cibler les exportations européennes politiquement sensibles, y compris les produits agricoles et les spiritueux.

« Même un léger ajustement des préférences d’importation de la Chine peut se répercuter dans les régions agricoles et les circonscriptions rurales qui ont un poids politique significatif », a déclaré Mingzhi Jimmy Xu, professeur associé à l’Université de Pékin, à Rest of World.

Il a ajouté que Pékin pourrait créer de puissantes incitations pour que les décideurs réévaluent l’escalade tarifaire sans lancer de menaces explicites.

Une relation à un point d’inflexion

La Chine est le troisième plus grand partenaire commercial de l’UE pour les biens et services, après les États-Unis et le Royaume-Uni, et son deuxième partenaire rien que pour les biens.

Le commerce bilatéral de biens a atteint 732 milliards d’euros en 2024, soulignant l’ampleur de l’interdépendance économique même si les tensions augmentent.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a décrit les relations UE-Chine comme ayant atteint un « point d’inflexion » lors d’un sommet d’une journée avec le président chinois Xi Jinping à Pékin en juillet.

Elle a averti que, si la coopération s’était approfondie au fil des années, les déséquilibres s’étaient également accentués, soulignant le déficit commercial important et persistant de l’UE avec la Chine.

L’an dernier, l’UE a enregistré un déficit commercial de 305,8 milliards d’euros avec la Chine, soit plus du double du niveau neuf ans plus tôt.

Von der Leyen a également mis en garde contre le fait que la relation de la Chine avec la Russie devenait un facteur déterminant dans ses liens avec l’Europe, en particulier dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Xi, quant à lui, a appelé à la confiance mutuelle et a mis en garde contre le découpage.

« Renforcer la compétitivité ne vient pas de la construction de murs ou de barrières », a-t-il déclaré, selon les médias d’État, ajoutant que couper les chaînes d’approvisionnement entraînerait l’auto-isolement.

La diplomatie dans un contexte de méfiance

Malgré la rhétorique virulente et la montée des tensions commerciales, les dirigeants européens ont intensifié leurs engagements de haut niveau avec Pékin ces derniers mois.

Les visites du roi d’Espagne, du vice-chancelier allemand et du président français Emmanuel Macron ont été présentées comme des efforts pour stabiliser les liens face à l’imprévisibilité des États-Unis, aux vents économiques contraires en Europe et à l’impasse en Ukraine.

Ces démarches diplomatiques sont également perçues comme préparant le terrain pour inviter la Chine à participer au prochain sommet du G7 en France et comme un signal de soutien à l’accueil par Pékin du sommet de coopération économique Asie-Pacifique 2026.

Pourtant, en coulisses, la méfiance continue de croître.

Les responsables européens restent frustrés par ce qu’ils perçoivent comme une réticence de la Chine à s’attaquer aux questions structurelles, notamment les barrières d’accès au marché, les subventions d’État et les importations limitées en provenance d’Europe.

Au-delà des tarifs : terres rares et dispositifs médicaux

Le différend dépasse largement l’agriculture et les véhicules.

Après que l’UE a restreint les marchés publics d’équipements médicaux chinois en juin, Pékin a réagi en limitant les achats gouvernementaux de dispositifs médicaux de l’UE.

La Chine a également renforcé les contrôles à l’exportation des terres rares et des minéraux critiques, secteurs dans lesquels elle occupe une position mondiale dominante.

Von der Leyen a accusé Pékin d’utiliser son « quasi-monopole » comme une arme stratégique pour saper ses concurrents dans des industries clés, une accusation que la Chine nie.

Ces mesures ont renforcé les inquiétudes européennes quant au fait que la Chine soit de plus en plus disposée à utiliser son levier économique comme une arme en réponse aux actions réglementaires ou commerciales de Bruxelles.

Le commerce électronique alimente un retour de bâton politique

Les tensions commerciales sont également amplifiées par une montée en puissance des plateformes chinoises de commerce électronique à travers l’Europe.

Des entreprises comme Shein et Temu ont rapidement gagné des parts de marché dans des pays comme la France, l’Allemagne et l’Espagne, attirant les consommateurs plus jeunes et à faibles revenus avec des prix ultra-bas.

Au premier semestre 2025, la moyenne mensuelle de visiteurs uniques de Shein dans l’UE a atteint 146 millions, en hausse de 11,6 % sur un an, avec plus de 27 millions d’utilisateurs rien qu’en France.

Temu a suivi avec 116 millions d’utilisateurs actifs mensuels.

Les détaillants européens et les groupes industriels soutiennent que ces plateformes exploitent les failles réglementaires pour inonder le marché de produits bon marché qui ne respectent souvent pas les normes européennes.

En octobre, des membres du Parlement européen ont remis en question la possibilité que ces entreprises bénéficient d’un « vide réglementaire ».

Sous pression, la Commission européenne a décidé de reporter la suppression des exemptions de droits de douane pour les petits lots à 2026, alors qu’elle était prévue à la mi-2028, et envisage de prendre des frais de manipulation supplémentaires.

Des débats similaires se déroulent au Royaume-Uni, où les détaillants nationaux ont mis en garde contre une baisse des parts de marché.

Industrie prise au milieu

L’industrie européenne se retrouve coincée entre ce qu’elle considère comme une Chine ultra-concurrentielle et des États-Unis protectionnistes.

Macron a soutenu que Pékin devrait répondre en augmentant les investissements en Europe, faisant écho à la vague d’investissements européens qui a afflué en Chine il y a des décennies.

« J’essaie d’expliquer aux Chinois que leur excédent commercial est intenable et qu’ils tuent leurs propres clients », a déclaré Macron plus tôt ce mois-ci, avertissant que l’Europe pourrait finalement suivre les États-Unis en imposant des droits douaniers plus larges.

Parallèlement, il proposait une trêve impliquant le démantèlement mutuel des politiques agressives, y compris les restrictions européennes sur l’exportation de semi-conducteurs et les restrictions chinoises sur les terres rares.

Les investissements chinois en Europe s’étendent déjà dans des secteurs tels que les véhicules électriques et les batteries.

Les ventes européennes de BYD ont triplé en 2025, et l’entreprise construit sa première usine européenne en Hongrie, avec des projets pour une autre en Espagne ou en Turquie.

Le fabricant de batteries CATL a lancé une coentreprise avec Stellantis en Espagne, tandis qu’Envision AESC fournit des batteries à Renault-Nissan en France.

Appels à une réponse européenne plus forte

Certains analystes estiment que la réponse de l’Europe à la politique industrielle chinoise a été insuffisante.

Brad W. Setser, du Council on Foreign Relations, a déclaré que l’Europe est frappée par les succès industriels de la Chine et un yuan faible, et qu’elle doit prendre les déséquilibres macroéconomiques plus au sérieux.

D’autres, dont Pascal Lamy des Instituts Jacques Delors, ont exhorté les deux parties à se réengager en faveur de règles et institutions multilatérales telles que l’OMC, plutôt que de glisser dans une escalade du protectionnisme.

Pour l’instant, les tarifs laitiers chinois indiquent que le conflit commercial est loin d’être contenu.

Alors que les différends se multiplient entre secteurs, le défi pour Pékin et Bruxelles sera d’empêcher la rivalité économique de se durcir en une rupture plus large avec des conséquences durables pour le commerce mondial.