Le pétrole perd 3% après l'accord Irak-Turquie, Brent au‑dessus de 100 $

Le pétrole perd 3% après l'accord Irak-Turquie, Brent au‑dessus de 100 $
Sayantan Sarkar
18 mars 2026, 06:43 AM
  • Les prix du pétrole ont chuté de 3 % après l'accord entre l'Irak et les Kurdes sur les exportations pétrolières.
  • Le conflit avec l'Iran a réduit drastiquement la production irakienne à 1.3M bpd.
  • Les flux via le détroit d'Ormuz restreignent l'offre, maintenant les prix des produits raffinés à un niveau élevé.

Les prix du pétrole ont chuté de plus de 3 %, annulant l'essentiel des forts gains de la veille. 

La baisse des cours faisait suite à l'accord entre le gouvernement irakien et les autorités kurdes pour relancer les exportations de pétrole via le port de Ceyhan en Turquie.

L'accord apportait un léger apaisement aux craintes d'approvisionnement liées au Moyen-Orient.

Au moment de la rédaction, le West Texas Intermediate (WTI) se négociait à $92.54 le baril, en baisse de 3,1 %, tandis que le Brent reculait de 2,2 % à $101.07 le baril.

Le Brent était brièvement passé sous les 101 $ le baril plus tôt dans la journée.

Flux pétroliers irakiens

Les flux depuis le port de Ceyhan devaient débuter à 07h00 GMT mercredi, selon une déclaration du ministre irakien du Pétrole, Hayan Abdel-Ghani, rapportée par les médias d'État. 

Cela fait suite à des rapports de deux responsables pétroliers la semaine dernière selon lesquels l'Irak prévoyait d'acheminer au minimum 100,000 barils par jour (bpd) de brut via le port.

Le conflit avec l'Iran a fortement affecté les principaux champs pétroliers du sud de l'Irak, qui sont la source de la majeure partie de sa production et de ses exportations. 

Au 8 mars, la production a chuté de 70 % pour s'établir à seulement 1.3 million de barils par jour (bpd).

Cette réduction drastique résulte directement du fait que le conflit a effectivement fermé le détroit d'Ormuz, un goulet d'étranglement par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial.

Malgré ce dernier développement, les cours du Brent se consolidaient au‑dessus de 100 $ le baril mercredi. 

« Faute de signes de désescalade au Moyen‑Orient, le marché continue de se consolider au‑dessus de ce niveau clé », a déclaré Warren Patterson, responsable de la stratégie matières premières du groupe ING, dans une note. 

Flux pétroliers toujours restreints

Les flux pétroliers restent majoritairement restreints, malgré un certain optimisme selon lequel l'Iran pourrait autoriser davantage de pétroliers à franchir le détroit d'Ormuz, notamment pour certains pays. 

Toutefois, l'Iran pourrait limiter sévèrement le nombre de navires autorisés à passer si son objectif était de faire monter les prix de l'énergie.

Par ailleurs, la confirmation du décès du chef de la sécurité iranienne, Ali Larijani, est peu susceptible d'entraîner une désescalade et accroît au contraire l'incertitude sur les marchés.

Selon un haut responsable iranien, le nouveau guide suprême de l'Iran aurait rejeté des offres de désescalade transmises par des pays intermédiaires.

L'armée américaine a annoncé mardi avoir visé des sites sur la côte iranienne près du détroit d'Ormuz.

Cette action a été menée car des missiles anti-navires iraniens étaient considérés comme une menace pour la navigation internationale dans la zone.

Les actions iraniennes continuent de viser des infrastructures énergétiques dans le golfe Persique, comme en témoignent les attaques répétées contre le port de Fujairah aux Émirats arabes unis.

Simultanément, la production en amont diminue alors que les producteurs tentent d'atténuer les limitations de capacité de stockage.

Des rapports faisaient état de réductions importantes de l'offre pétrolière, les Émirats arabes unis et le Koweït ayant respectivement réduit de jusqu'à 1.5 million bpd et 1.3 million bpd. 

Ces réductions s'ajoutent aux coupes importantes rapportées de l'Irak et de l'Arabie saoudite, qui s'élèvent à environ 2.9 million bpd et 2-2.5 million bpd.

Marché des produits raffinés sous tension

Le marché des produits raffinés continue d'évoluer à des niveaux extrêmement élevés en raison des perturbations affectant le brut et les produits raffinés.

Les inquiétudes s'accentuent sur le marché des distillats moyens, comme en témoigne le crack gasoil ICE ayant dépassé 45 $ le baril. 

« Le mouvement a été encore plus marqué sur le marché du kérosène, le 'jet regrade' se négociant au‑dessus de 400 $/tonne », a déclaré Patterson. 

« Le marché européen du kérosène est fortement exposé aux approvisionnements du Golfe Persique ; autour de la moitié des importations européennes proviennent de la région. De plus, environ 23 % du commerce mondial de kérosène par voie maritime transite par le détroit d'Ormuz. »

La plus grande exposition de l'Asie aux flux de naphta dans les produits raffinés explique le passage du crack naphta d'un escompte habituel à une prime dans la région. 

Par ailleurs, les marges de l'éthylène sont fortement négatives en raison de la récente hausse des prix des matières premières.

Cette situation devrait conduire les crackers à réduire leurs taux d'utilisation.

« La seule façon de voir les cracks des produits raffinés se normaliser est une reprise des flux de brut et de produits raffinés via le détroit d'Ormuz », a ajouté Patterson. 

« D'ici là, les marchés continueront de se resserrer alors que les raffineurs seront contraints de réduire leurs taux d'utilisation face aux pénuries de matières premières. »