Comment Erdogan et BYD ont comploté pour se venger des projets européens de véhicules électriques

Comment Erdogan et BYD ont comploté pour se venger des projets européens de véhicules électriques
Harsh Vardhan
08 juil. 2024, 20:26 PM
  • BYD va construire une usine d'un milliard de dollars en Turquie pour renforcer ses projets européens.
  • Cette décision intervient alors que l’Europe a imposé des tarifs aux entreprises chinoises de véhicules électriques en Europe.
  • L'usine sera construite sur le même terrain initialement prévu pour une usine Volkswagen il y a quelques années.

Les responsables du gouvernement turc affirment que le géant chinois des véhicules électriques BYD établira une usine d’un milliard de dollars dans le pays alors qu’il continue de se développer à l’échelle mondiale. L’annonce officielle sera faite par le président Erdogan, pour des raisons que j’expliquerai plus tard dans l’article.

Cette décision arrive à un moment intéressant alors que les entreprises chinoises de véhicules électriques sont confrontées à des problèmes d’exploitation en Europe. Il y a quelques jours à peine, l’Europe a imposé des tarifs douaniers aux fabricants chinois de véhicules électriques dans le but de contrôler leur influence en Europe.

Une enquête de l'UE a récemment conclu que les entreprises chinoises sont financées par l'État, ce qui leur confère un avantage injuste par rapport aux autres entreprises opérant en Europe.

Même si la nouvelle tarifaire constitue un coup dur pour de nombreuses entreprises, elle ne les empêche pas de poursuivre leurs projets d’expansion.

NIO vient d'ouvrir deux nouveaux showrooms en Allemagne malgré le récent revers de la démission de son directeur financier. BYD lui-même a annoncé l'année dernière qu'il envisageait d'établir une usine en Hongrie.

Chery Auto, qui se trouve également être le plus grand acteur chinois de véhicules électriques en termes de volume d'exportation, a récemment décidé de créer une usine en Espagne. Ses projets à long terme incluent également la création d'une usine en Grande-Bretagne.

XPeng et Geely ont également annoncé des projets similaires. Alors que les ventes de véhicules électriques chinois montent en flèche en Europe, les acteurs locaux ont besoin de l’aide de leur propre gouvernement, qui prend la forme de droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.

Pourquoi la Turquie ?

Il y a une bonne raison pour laquelle une usine de véhicules électriques en Turquie profite à la fois au pays et à BYD. Pour comprendre le contexte turc, il faudra remonter quelques années en arrière, lorsque Volkswagen a suspendu ses projets d'investissement de 1,4 milliard de dollars en Turquie.

Cette décision était politiquement motivée en raison de l’implication de la Turquie dans la guerre en Syrie. Plus tard, le constructeur automobile allemand a imputé la responsabilité à la pandémie de Covid19 et a complètement abandonné ses projets.

Cette décision est revenue hanter les Allemands puisque le même terrain qui était censé être utilisé pour l’usine VW sera désormais utilisé pour l’usine BYD. BYD pourra également contourner les droits de douane de 40 % sur les importations de véhicules électriques actuellement en vigueur par le gouvernement turc.

Et il y a plus. La région où cette usine sera implantée permet des importations en franchise de droits de douane en Europe. Ainsi, d’un seul coup, BYD et le gouvernement turc ont joué leurs cartes. C’est pourquoi le président Erdogan veut exploiter la situation pour marquer des points politiques. Il appartient désormais aux gouvernements européens de s’attaquer à ce problème et de mettre fin à la domination chinoise des véhicules électriques.

Pendant ce temps, BYD continue de se développer à l’échelle mondiale. Elle a récemment ouvert une usine en Thaïlande et peaufine les détails du lancement de ses voitures au Pakistan, le 4e pays asiatique en termes de population.