La banque centrale du Nigeria relève son taux d'intérêt à 27,25% en raison des craintes d'inflation

La banque centrale du Nigeria relève son taux d'intérêt à 27,25% en raison des craintes d'inflation
Diya Poddar
24 sept. 2024, 20:35 PM
  • L'inflation du mois d'août est tombée à 32,15 %, mais l'inflation sous-jacente reste élevée en raison des prix de l'énergie.
  • Le naira se stabilise alors que la Banque centrale reprend les ventes de dollars aux cambistes.
  • Les risques d’inflation à long terme demeurent en raison des problèmes agricoles et de la hausse des prix du carburant.

La banque centrale du Nigeria a surpris le marché mardi en augmentant son taux de prêt de référence de 50 points de base à 27,25 %.

Il s'agit de la cinquième hausse des taux de l'année et elle reflète la lutte continue de la banque contre les pressions inflationnistes, malgré des signes d'atténuation de l'inflation ces derniers mois.

La décision, prise par le Comité de politique monétaire (MPC), donne la priorité au contrôle de l'inflation plutôt qu'à la croissance économique alors que le pays est confronté à l'une de ses pires crises du coût de la vie depuis des décennies.

L'augmentation inattendue des taux a pris les analystes au dépourvu, nombre d'entre eux prédisant que la banque centrale maintiendrait le taux à son niveau précédent.

Le MPC, dirigé par le gouverneur de la Banque centrale Olayemi Cardoso, a exprimé son inquiétude face à la persistance d'une inflation de base élevée, qui reste élevée en raison de la hausse des prix de l'énergie.

Cette décision témoigne de l’engagement de la banque centrale à stabiliser l’économie malgré les conditions difficiles.

Les hausses de taux se poursuivent malgré la baisse des données sur l'inflation

La dernière augmentation marque la cinquième fois cette année que la Banque centrale du Nigeria (CBN) augmente ses taux.

Les hausses précédentes comprenaient une augmentation de 50 points de base (pb) en juillet, de 150 pb en mai, de 200 pb en mars et de 400 pb en février.

La hausse de février a été la plus importante depuis 17 ans.

Bien que l'inflation ait baissé pendant deux mois consécutifs, atteignant 32,15 % en août, la décision de la banque centrale indique des inquiétudes persistantes concernant les risques inflationnistes.

Malgré la récente modération de l’inflation globale, principalement due à la baisse des prix des denrées alimentaires, l’inflation sous-jacente demeure une préoccupation majeure pour les décideurs politiques.

La persistance des pressions inflationnistes, notamment liées à la hausse des coûts de l’énergie, a motivé la banque centrale à prendre de nouvelles mesures.

Le gouverneur Cardoso a souligné que même si l’inflation globale est peut-être en baisse, l’inflation sous-jacente reste élevée et pose des risques importants pour l’économie.

Les analystes surpris par la décision audacieuse de la banque centrale

De nombreux analystes n'avaient prévu aucun changement de taux pour septembre, compte tenu de la récente baisse de l'inflation et de la stabilisation du naira, qui a été soutenue par les ventes régulières de dollars de la banque centrale.

La décision d’augmenter les taux malgré ces améliorations souligne l’inquiétude de la banque centrale quant aux perspectives d’inflation plus larges et aux potentielles pressions futures sur les prix.

Les perspectives économiques du Nigeria restent difficiles.

Le pays est confronté à de fortes pressions inflationnistes depuis que le gouvernement du président Bola Tinubu a mis en œuvre d'importantes réformes économiques, notamment la réduction des subventions à l'essence et à l'électricité et la dévaluation du naira.

Ces réformes ont exacerbé la crise du coût de la vie, les citoyens étant confrontés à des prix plus élevés pour les biens et services essentiels.

Outre les pressions inflationnistes causées par la réduction des subventions, les dégâts causés aux récoltes par les inondations dans les régions du nord ont suscité des inquiétudes quant à l’approvisionnement alimentaire futur, ce qui pourrait conduire à de nouvelles augmentations des prix des denrées alimentaires.

Ces facteurs, combinés à la hausse des coûts d’emprunt, créent un environnement économique complexe qui nécessite une gestion prudente de la part de la banque centrale.

Bien que la hausse des taux vise à freiner l’inflation, cette mesure pourrait avoir d’autres implications économiques.

Des taux d’intérêt plus élevés sont susceptibles d’augmenter les coûts d’emprunt pour les entreprises et les consommateurs, ce qui pourrait ralentir la croissance économique.

Néanmoins, la banque centrale estime que la stabilisation de l’inflation est nécessaire pour protéger l’économie dans son ensemble.

La décision du MPC reflète une approche prudente de la gestion de l’inflation tout en reconnaissant les défis posés par la hausse des prix de l’énergie et les chocs potentiels du côté de l’offre.

La banque centrale continuera de surveiller de près les conditions économiques et pourrait procéder à de nouveaux ajustements de taux si les pressions inflationnistes persistent.