L'Irlande prête à investir 14 milliards d'euros de recettes fiscales d'Apple dans des infrastructures critiques

L'Irlande prête à investir 14 milliards d'euros de recettes fiscales d'Apple dans des infrastructures critiques
Vatsala Gaur
02 oct. 2024, 09:14 AM
  • Le ministre irlandais des Finances, Jack Chambers, a salué l'accord fiscal comme étant « transformateur ».
  • Les fonds seraient investis dans des infrastructures publiques essentielles, notamment dans les systèmes d’eau, de transport et d’énergie.
  • Les revenus supplémentaires donneront au ministère des Finances irlandais un revenu fiscal estimé à 105 milliards d'euros pour 2024.

Plus tôt ce mois-ci, Apple a été condamné à payer 14 milliards d’euros d’arriérés d’impôts à l’Irlande, à la suite d’une longue bataille juridique avec la Commission européenne.

Cette manne financière inattendue devrait jouer un rôle crucial dans le développement des infrastructures de l'Irlande, comme l'a souligné le ministre des Finances du pays, Jack Chambers, lors de son discours sur le budget.

Chambers a salué l'accord fiscal comme étant « transformateur » et a souligné que les fonds seraient investis dans des infrastructures publiques essentielles, notamment l'eau, les transports, les systèmes énergétiques et le logement.

Cette décision intervient quelques semaines seulement après que l'Irlande a perdu son appel devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), qui a jugé que le géant de la technologie avait bénéficié d'allégements fiscaux illégaux.

Le ministre des Finances irlandais qualifie ces recettes de « transformatrices »

S'exprimant devant le Dáil, le parlement irlandais, Jack Chambers a souligné l'impact de la décision de justice :

Il a également souligné l’importance d’investir dans les infrastructures pour garantir les performances économiques futures de l’Irlande.

Il a toutefois prévenu que le gouvernement n’utiliserait pas cette manne fiscale à des fins politiques à court terme.

« Il est impératif que ces revenus ne soient pas utilisés pour des dépenses quotidiennes ou pour réduire l'assiette fiscale », a ajouté Chambers, signalant que l'Irlande éviterait d'utiliser les fonds pour des cadeaux avant les prochaines élections générales, prévues en novembre.

14 milliards d'euros pour les projets d'infrastructures de l'Irlande

Chambers a souligné que les 14 milliards d'euros d'Apple seraient versés en deux étapes : 8 milliards d'euros cette année et les 6,1 milliards d'euros restants l'année prochaine.

Ces revenus supplémentaires donneront au ministère des Finances irlandais une prévision de 105 milliards d'euros de recettes fiscales pour 2024, renforçant ainsi la capacité du pays à investir dans des projets d'infrastructures clés.

Cette manne s’accompagne de fortes recettes fiscales pour les entreprises.

Les recettes fiscales irlandaises ont augmenté de 28 % sur un an, grâce à des multinationales comme Apple et d'autres entreprises technologiques.

Le pays prévoit de collecter 38 milliards d’euros d’impôts sur les sociétés pour l’année, dont la moitié provient de ses 10 plus grandes entreprises, dont Microsoft, Intel et Pfizer.

Chambers a réitéré la position du gouvernement selon laquelle l’investissement étranger était essentiel au succès d’une petite économie comme celle de l’Irlande.

En plus de l'accord avec Apple, Chambers a révélé que 3 milliards d'euros provenant de la vente par l'État d'actions d'Allied Irish Banks (AIB) - renflouée après la crise financière de 2008-2009 - seraient également alloués à des projets d'infrastructures.

Le remboursement de 14 milliards d'euros d'impôts par Apple intervient dans un contexte de répression des accords fiscaux par l'UE

Le mois dernier, Apple a perdu une bataille fiscale très médiatisée avec la Commission européenne, la CJUE ayant jugé que l'Irlande avait accordé à l'entreprise des avantages fiscaux illégaux.

Cette décision a été considérée comme une victoire importante pour la Commission européenne dans sa campagne plus large visant à limiter les accords dits « de faveur » proposés aux multinationales.

L’Union européenne s’inquiète depuis longtemps de la manière dont certains États membres, dont l’Irlande, utilisent des taux d’imposition bas pour attirer de grandes entreprises comme Apple, Microsoft et Intel.

La décision de la CJUE oblige l'Irlande à récupérer les impôts perdus, que le gouvernement irlandais s'est battu pendant des années pour éviter.

Pourquoi l’Irlande a initialement résisté au remboursement de l’impôt

La position de l'Irlande tout au long de la procédure judiciaire était qu'Apple ne devrait pas avoir à rembourser les arriérés d'impôts.

Le gouvernement avait fait valoir que le traitement fiscal favorable était essentiel pour faire du pays une destination attrayante pour les investissements étrangers.

L'Irlande, qui a l'un des taux d'imposition des sociétés les plus bas de l'UE, sert de base à Apple pour ses opérations en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.

Bien que les taux d’impôt sur les sociétés soient fixés par chaque pays, l’Union européenne a le pouvoir de réglementer les aides d’État.

La CJUE a jugé qu’en appliquant un taux d’imposition exceptionnellement bas à Apple, l’Irlande avait effectivement accordé à l’entreprise une subvention injuste.

Cette décision représente une victoire historique pour l’UE dans ses efforts visant à garantir une fiscalité équitable dans tous ses États membres.

Malgré l’opposition de l’Irlande à cette décision, le gouvernement semble désormais prêt à aller de l’avant.

Chambers a décrit le problème comme « désormais d'une pertinence historique uniquement » et a confirmé que le processus de transfert des actifs d'Apple vers l'Irlande allait commencer.