Un régime fiscal à l'italienne pourrait-il empêcher l'exode des richesses ? Les ultra-riches non-résidents du Royaume-Uni le pensent

Un régime fiscal à l'italienne pourrait-il empêcher l'exode des richesses ? Les ultra-riches non-résidents du Royaume-Uni le pensent
Diya Poddar
16 oct. 2024, 19:25 PM
  • Le statut de non-domiciliation permet aux personnes domiciliées à l'étranger mais résidant au Royaume-Uni de ne pas payer d'impôt sur leurs revenus d'outre-mer.
  • Le Parti travailliste a promis d'abolir le statut de non-domiciliation, ce qui pourrait rapporter 2,6 milliards de livres sterling.
  • Oxford Economics estime que les non-résidents ont investi 8,5 milliards de livres sterling dans l'économie britannique.

Les investisseurs étrangers au Royaume-Uni, y compris les particuliers ultra-riches non domiciliés, plaident en faveur d’un régime d’impôt forfaitaire de type italien pour empêcher une sortie importante de richesse du pays.

Alors que le budget du gouvernement vise à résoudre le problème controversé du statut fiscal des non-domiciliés, des groupes de pression tels que Foreign Investors for Britain (FIFB) et Oxford Economics ont proposé un système fiscal à plusieurs niveaux visant à retenir les non-domiciliés aisés, a rapporté CNBC.

Cette proposition survient dans un contexte de pression croissante du Parti travailliste pour abolir complètement le statut de non-domicilié, ce qui pourrait avoir de profondes répercussions sur l’économie britannique.

Un régime fiscal à plusieurs niveaux est proposé pour conserver la richesse étrangère en Grande-Bretagne

Le groupe de pression FIFB, en collaboration avec le groupe de réflexion Oxford Economics, a présenté un nouveau cadre fiscal conçu pour maintenir les riches non-domiciliés au Royaume-Uni.

En vertu de cette proposition, les particuliers paieraient une cotisation annuelle basée sur leur patrimoine net, ce qui permettrait à leurs revenus étrangers et à leurs actifs non britanniques de rester exonérés d’impôt au Royaume-Uni.

Plus précisément, les personnes dont la valeur nette ne dépasse pas 100 millions de livres sterling paieraient des frais annuels de 200 000 livres sterling, tandis que celles dont la valeur nette est supérieure à 500 millions de livres sterling paieraient 2 millions de livres sterling par an.

Cette approche à plusieurs niveaux contraste avec l'impôt forfaitaire italien, qui impose à tous les non-résidents une cotisation annuelle standard de 200 000 €.

Ce nouveau système vise à assurer la stabilité des non-domiciliés, qui envisagent de plus en plus de quitter le Royaume-Uni en raison des discussions gouvernementales sur la suppression de leurs avantages fiscaux.

La proposition vise à équilibrer la nécessité de conserver la richesse en Grande-Bretagne tout en générant des recettes fiscales substantielles.

Le statut de non-résident du Royaume-Uni menacé par le prochain budget

Le statut de non-domiciliation du Royaume-Uni, une règle fiscale qui remonte à l'époque coloniale, permet aux personnes domiciliées à l'étranger mais résidant au Royaume-Uni d'éviter de payer des impôts sur leurs revenus et gains d'outre-mer pendant une période pouvant aller jusqu'à 15 ans.

En 2023, on estime que 74 000 non-domiciliés résident au Royaume-Uni, contre 68 900 en 2022.

Bien que le régime soit depuis longtemps controversé sur le plan politique, il fait face à de nouvelles critiques de la part du Parti travailliste, qui s’est engagé à l’abolir et à limiter l’utilisation de trusts pour abriter des actifs à l’étranger.

La chancelière Rachel Reeves devrait aborder l'avenir du régime des non-dom dans le budget prévu pour le 30 octobre.

Le déficit de financement des finances publiques étant désormais estimé à 40 milliards de livres sterling, contre des estimations précédentes de 22 milliards de livres sterling, des augmentations d'impôts sont attendues.

Le Parti travailliste estime que l’abolition du système des non-domiciliés pourrait rapporter 2,6 milliards de livres supplémentaires au cours du prochain mandat gouvernemental.

Toutefois, certains experts préviennent que cela pourrait conduire à une fuite des capitaux hors du Royaume-Uni, ce qui coûterait cher au Trésor à long terme.

Selon une étude d’Oxford Economics, le Royaume-Uni risque de perdre des investissements substantiels si le statut de non-dom est aboli.

Leur enquête révèle que 72 non-résidents ont collectivement investi près de 8,5 milliards de livres sterling dans l’économie britannique.

Certains non-domiciliés ont déjà commencé à déplacer leur richesse ; Oxford Economics estime que 842,2 millions de livres sterling ont été cédées en prévision de changements potentiels.

L'enquête indique également que si le régime fiscal à plusieurs niveaux proposé était mis en œuvre, seulement 13 % des non-résidents envisageraient encore de quitter le Royaume-Uni.

À l’inverse, presque tous les répondants (98 %) ont indiqué qu’ils déplaceraient probablement leur patrimoine ailleurs si le système à plusieurs niveaux n’était pas introduit, avec des alternatives intéressantes comme l’Italie, la Suisse et Dubaï.

Le parti travailliste réévalue la répression des non-résidents en raison des inquiétudes des entreprises

La position du Parti travailliste sur la question des non-domiciliés a récemment évolué, la chancelière Rachel Reeves reconsidérant apparemment certains éléments de la répression proposée.

Si la question de l’équité fiscale est devenue un élément clé du manifeste du parti, celui-ci semble désormais assouplir sa position en réponse aux inquiétudes des chefs d’entreprise quant à l’expulsion des créateurs de richesses du Royaume-Uni.

Lors du premier Sommet international d'investissement du Parti travailliste, le Premier ministre Keir Starmer a cherché à rassurer les investisseurs en promouvant le Royaume-Uni comme une destination de croissance et de création de richesse.

Bien que le régime de non-domiciliation du Royaume-Uni ait historiquement attiré les investissements étrangers, le débat actuel concernant son abolition a suscité des inquiétudes quant à la capacité compétitive de la Grande-Bretagne.

Alors que le gouvernement britannique se prépare à prendre des décisions cruciales concernant sa politique fiscale, les résultats de ces discussions pourraient avoir un impact durable sur le paysage économique britannique.

L’introduction d’un régime fiscal à plusieurs niveaux pourrait constituer un compromis permettant de maintenir les riches non-résidents au Royaume-Uni tout en répondant aux préoccupations concernant l’équité du système fiscal.