La Banque du Canada est confrontée à un choix difficile entre une baisse de taux de 25 ou 50 pb

La Banque du Canada est confrontée à un choix difficile entre une baisse de taux de 25 ou 50 pb
Diya Poddar
19 oct. 2024, 12:17 PM
  • L'inflation canadienne ralentit à 1,6 % en septembre, ce qui complique la prise de décision de la BdC.
  • Les marchés financiers anticipent une baisse de 50 points de base, créant un risque potentiel de dépréciation du dollar canadien.
  • Un différentiel de taux plus important avec les États-Unis pourrait influencer la préférence de la Banque du Canada pour une baisse plus faible.

La Banque du Canada (BdC) se trouve à la croisée des chemins alors qu'elle se prépare à prendre une décision cruciale la semaine prochaine concernant les taux d'intérêt, les attentes du marché étant partagées entre une baisse de 25 points de base (pb) et une baisse plus agressive de 50 pb.

Il s’agirait de la quatrième réduction consécutive après trois précédentes.

La décision de la Banque du Canada est compliquée par des signaux contradictoires provenant des données sur l’inflation, d’un marché du travail en évolution et de perspectives économiques en constante évolution.

En septembre, l'inflation des prix à la consommation au Canada est tombée à 1,6 % sur un an, passant sous l'objectif de 2 % pour la première fois depuis février 2021.

Les coûts du logement contribuent largement à cette inflation résiduelle ; si l’on exclut ces derniers, l’inflation pourrait potentiellement tomber en dessous de 1 %.

La Banque du Canada ne peut toutefois pas ignorer de manière sélective certains éléments, ce qui a conduit les responsables de la politique monétaire à hésiter à assouplir la politique monétaire de manière trop agressive. L’une des principales préoccupations est le risque de nouvelles pressions sur les prix si les conditions monétaires deviennent trop relâchées.

Source: Thinking

Les perspectives de croissance s'améliorent malgré un ralentissement de l'inflation

Malgré une inflation modérée, la croissance économique du Canada semble résiliente.

La dernière enquête Business Outlook indique une amélioration du sentiment parmi les entreprises, les chiffres récents du PIB et des ventes au détail dépassant les prévisions.

Le marché du travail présente toutefois une situation complexe : le chômage a augmenté à 6,5 %, contre 4,8 % en juillet 2022.

Cette hausse n’est pas due à des pertes d’emplois, mais à une augmentation de la participation au marché du travail due à l’immigration récente.

Cette offre accrue de main d’œuvre pourrait atténuer les pressions salariales, offrant ainsi à la Banque du Canada une marge de manœuvre pour poursuivre sa stratégie de réduction progressive des taux.

La banque centrale vise à équilibrer le maintien d’une politique neutre avec le soutien à l’expansion économique.

Les marchés financiers annoncent avec une grande certitude une baisse de 50 pb

Les marchés financiers se tournent vers une position plus agressive, anticipant une forte probabilité d'une baisse de 50 points de base lors de la prochaine réunion de politique monétaire.

Si elle est adoptée, cette baisse contribuerait à un total de 83 points de base de réductions prévues d'ici la fin décembre.

En revanche, les attentes du marché d’une baisse de taux de 60 points de base il y a à peine une semaine soulignent l’évolution du sentiment parmi les investisseurs.

Une réduction de 50 pb élargirait l’écart de taux d’intérêt entre la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine, créant un écart de 125 pb.

Cela pourrait exercer une pression supplémentaire sur le dollar canadien (CAD), rendant les importations plus chères et suscitant des inquiétudes chez certains membres de la Banque du Canada quant à la poursuite d’une réduction plus importante des taux.

Source: Thinking

Un écart de taux plus important entre les États-Unis et le Canada pourrait influencer la décision de la Banque du Canada

L’élargissement potentiel de l’écart de taux d’intérêt entre le Canada et les États-Unis est un facteur crucial dans le processus décisionnel de la BdC.

Une baisse de 50 points de base amplifierait cet écart, ce qui pourrait entraîner une pression à la baisse supplémentaire sur le CAD.

Un dollar canadien plus faible pourrait augmenter les coûts d’importation, ajoutant des pressions inflationnistes qui compliquent l’objectif de la Banque du Canada d’atteindre la stabilité des prix.

Compte tenu de cette dynamique, une réduction de 25 points de base pourrait apparaître comme une option plus prudente.

Cette approche signalerait une poursuite de l’assouplissement tout en atténuant le risque d’une forte baisse du dollar canadien.

Toutefois, la décision reste délicate, une baisse de 50 points de base restant une voie plausible en fonction des perspectives d'inflation de la Banque du Canada.

Les attentes accommodantes poussent l'USD/CAD à la hausse alors que les marchés attendent la décision de la Banque du Canada

Depuis le début du mois d’octobre, l’écart entre les taux de swap à deux ans entre l’USD et le CAD s’est élargi, passant de 50 à 80 pb.

Ce changement reflète les attentes de taux dovish au Canada dans un contexte de sentiment belliciste aux États-Unis.

L'élargissement de l'écart a poussé le taux USD/CAD à 1,38, entravant les gains potentiels du huard dans un contexte de stabilité relative des devises croisées, en particulier alors que certains acteurs du marché se positionnent avant les prochaines élections américaines.

L'anticipation par le marché d'une baisse de 50 points de base rend le CAD vulnérable à une réévaluation si la Banque du Canada opte pour une réduction de seulement 25 points de base.

Dans ce scénario, une appréciation à court terme du huard est possible, les investisseurs s’adaptant à une trajectoire d’assouplissement moins agressive que prévu initialement.

Quelle sera la décision de la Banque du Canada : une baisse de 25 ou de 50 points de base ?

En fin de compte, le choix de la BdC entre une baisse de 25 ou 50 points de base dépend de son évaluation des risques d’inflation, de la dynamique économique et de l’impact d’un dollar canadien plus faible sur l’économie dans son ensemble.

Une approche prudente privilégierait une réduction de 25 pb, permettant à la banque de conserver une certaine flexibilité pour de futurs ajustements.

À l’inverse, une baisse plus décisive de 50 points de base pourrait signaler un engagement plus fort à soutenir la croissance économique.

La prochaine réunion de politique monétaire sera surveillée de près par les marchés, avec des implications importantes pour le dollar canadien et les perspectives économiques du Canada.

Les investisseurs et les analystes restent attentifs à une volatilité potentielle alors que la banque centrale évolue dans cet environnement difficile.