Quelles sont les prévisions du FMI concernant l’économie mondiale pour 2024 et 2025 ?

Quelles sont les prévisions du FMI concernant l’économie mondiale pour 2024 et 2025 ?
Dionysis Partsinevelos
24 oct. 2024, 14:50 PM
  • Le FMI a revu à la hausse la croissance américaine à 2,8 % pour 2024, tirée par de fortes dépenses de consommation.
  • Pour la Chine, un marché immobilier plus faible et une faible confiance des consommateurs conduisent à une prévision revue à la baisse à 4,8 %.
  • Les tensions géopolitiques, l’augmentation de la dette et les prochaines élections américaines pourraient avoir un impact sur la croissance mondiale jusqu’en 2025.

Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment publié une série de mises à jour de ses Perspectives de l’économie mondiale, mettant en lumière les développements les plus récents dans toutes les économies du monde.

Au premier plan se trouvent deux économies cruciales : les États-Unis et la Chine.

Alors que l’économie américaine fait preuve de résilience face au resserrement de la politique monétaire, la dynamique économique de la Chine s’essouffle, alourdie par des défis internes.

Bien que le FMI continue d’offrir une perspective relativement optimiste sur la performance économique mondiale dans son ensemble, il a également soulevé certains risques et opportunités importants qui pourraient façonner les prochaines années.

Les États-Unis sont-ils toujours le moteur de la croissance mondiale ?

Dans ses dernières prévisions, le FMI a relevé sa projection de croissance du PIB américain pour 2024 de 2,6 % à 2,8 %, ce qui en fait la plus forte parmi les économies développées.

Cette augmentation est en grande partie due à la vigueur des dépenses de consommation, alimentée par la hausse des salaires et par un marché du travail tendu.

Les États-Unis ont réussi à traverser une forte inflation sans sombrer dans une récession, un exploit que le FMI décrit comme un « atterrissage en douceur ».

Ces perspectives positives suggèrent que le resserrement monétaire de la Réserve fédérale n’a pas fait dérailler l’activité économique autant que certains le craignaient.

La résilience des dépenses de consommation américaines est un pilier essentiel de cette croissance.

Malgré les inquiétudes suscitées par l’impact de la hausse des taux d’intérêt, les ménages américains continuent de stimuler l’activité économique.

Cette force a aidé les États-Unis à maintenir leur rôle de force stabilisatrice dans une économie mondiale caractérisée par ailleurs par l’incertitude.

Selon l'économiste en chef du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, les risques d'une récession aux Etats-Unis sont désormais diminués, à condition que l'économie ne subisse pas de chocs violents.

Cependant, même si les perspectives sont positives, elles ne sont pas sans défis.

L'élection présidentielle américaine à venir ajoute une incertitude importante aux perspectives économiques. Les deux candidats ont discuté d'une augmentation des droits de douane sur les importations chinoises, l'ancien président Donald Trump ayant proposé des taxes élevées pouvant atteindre 60 %.

Le FMI a averti que de telles mesures protectionnistes pourraient nuire à la fois à l’économie américaine et à l’économie mondiale, réduisant la croissance globale du PIB jusqu’à 0,8 % en 2025 si les tarifs douaniers augmentent.

Pourquoi la Chine perd-elle son élan ?

Contrairement aux perspectives optimistes des États-Unis, la croissance économique de la Chine devrait ralentir considérablement.

Le FMI a abaissé ses prévisions pour la Chine en 2024 à 4,8 %, contre une estimation antérieure de 5 %.

Les raisons sont multiples : un marché immobilier en difficulté, une faible confiance des consommateurs et des mesures de relance qui n’ont pas encore eu d’impact significatif.

Malgré les récentes mesures prises par la Banque populaire de Chine pour stimuler les prêts, le FMI n'a pas intégré ces mesures dans ses projections, invoquant un manque de détails et d'effets immédiats.

Les problèmes de la Chine sont profondément ancrés. Le pays est confronté à une crise du secteur immobilier qui a érodé une source essentielle de richesse des ménages, freinant encore davantage les dépenses de consommation. Alors que la Chine s'appuie traditionnellement sur les exportations pour stimuler sa croissance, la faiblesse de la demande intérieure a conduit à une plus grande dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. Cette dépendance n'est toutefois pas sans risques, d'autant plus que la demande mondiale reste incertaine.

La secrétaire au Trésor américaine Janet Yellen et Gourinchas soulignent tous deux l’importance de stimuler la demande intérieure en Chine.

Selon Gourinchas, ce sont les facteurs macroéconomiques, plutôt que les politiques industrielles, qui sont à l’origine des excédents commerciaux actuels de la Chine.

Le FMI estime que pour corriger ces déséquilibres, la Chine doit développer des filets de sécurité sociale plus solides et s’attaquer aux problèmes structurels de son économie, tels que les difficultés du secteur immobilier.

Une plus grande attention portée à la stimulation de la consommation pourrait aider la Chine à se libérer de sa dépendance aux exportations et à atténuer certaines des pressions qui se sont accumulées au cours de l’année écoulée.

Et le reste du monde ?

À l’échelle mondiale, le FMI prévoit une croissance de 3,2 % pour 2024 et 2025, soit un chiffre légèrement inférieur à ses estimations de juillet.

Ces perspectives sont tempérées par un mélange d’opportunités et de risques selon les régions.

Par exemple, l’Amérique latine a vu ses prévisions de croissance revues à la hausse, tandis que celles du Brésil s’améliorent en raison d’une forte consommation privée et d’investissements.

L'économie brésilienne devrait croître de 3 % en 2024, ce qui représente une amélioration significative par rapport aux estimations précédentes.

Toutefois, d’autres régions ne s’en sortent pas aussi bien.

La zone euro devrait connaître une croissance de seulement 0,8 % en 2024, alors que des difficultés persistent dans le secteur manufacturier allemand et dans l'activité économique italienne.

Le Japon est également confronté à une baisse de ses perspectives de croissance, le FMI ayant réduit ses prévisions pour 2024 à 0,3 % en raison de perturbations de l'approvisionnement et de la diminution des bénéfices du tourisme après la pandémie.

Malgré ces dégradations, le FMI prévoit un rebond du Japon en 2025, porté par la hausse des salaires réels et une hausse des dépenses de consommation.

Les marchés émergents comme l’Inde restent des points positifs de l’économie mondiale.

Le FMI s'attend à ce que le PIB de l'Inde augmente de 7 % en 2024, maintenant ainsi sa position parmi les grandes économies à la croissance la plus rapide.

Cela est en partie dû à un changement dans les tendances mondiales de fabrication, car de plus en plus d’entreprises cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en dehors de la Chine.

Cependant, même si la croissance globale de l’Inde reste forte, des défis persistent pour garantir que cette croissance profite à l’ensemble de la population.

Quels sont les principaux risques et opportunités ?

Dans l’ensemble, les perspectives économiques mondiales semblent stables, malgré quelques menaces.

Le FMI a identifié plusieurs risques potentiels qui pourraient compromettre les perspectives de croissance, notamment les tensions géopolitiques, les conflits commerciaux et la volatilité des marchés financiers.

Les relations entre les États-Unis et la Chine demeurent particulièrement cruciales, les tarifs douaniers et les politiques commerciales étant susceptibles d’influencer non seulement les relations bilatérales, mais également le paysage économique mondial dans son ensemble.

En outre, le FMI s’inquiète de l’augmentation de la dette mondiale, qui devrait atteindre 100 000 milliards de dollars d’ici la fin de 2024. Cela représente un défi crucial pour de nombreuses économies, en particulier celles qui disposent d’une marge de manœuvre budgétaire limitée.

Le FMI conseille aux pays de stabiliser la dynamique de la dette et de poursuivre une consolidation budgétaire prudente pour éviter des ajustements soudains impulsés par le marché.

Comme le souligne Gourinchas, « reporter l’ajustement ne fera que signifier qu’une correction plus importante sera nécessaire à terme », soulignant la nécessité d’une gestion économique proactive.

Ces défis recèlent également des opportunités. Pour des pays comme le Brésil, des investissements continus dans les infrastructures et les programmes sociaux pourraient contribuer à soutenir la croissance.

Pour la Chine, une transition vers une croissance tirée par la consommation pourrait alléger certaines de ses pressions économiques et lui offrir une voie plus équilibrée pour l’avenir.

Le FMI voit également un potentiel dans les efforts mondiaux de transition vers l’énergie verte, ce qui pourrait créer de nouvelles voies de croissance pour les économies désireuses d’investir dans les technologies durables.

La voie à suivre

Les perspectives économiques mondiales pour 2024 dépendront fortement de la manière dont les principaux pays géreront leurs défis, en particulier dans un contexte d’incertitudes politiques à l’horizon.

Les États-Unis sont en position de force, mais les prochaines élections présidentielles pourraient remodeler les politiques commerciales, fiscales et environnementales, ainsi que la position du pays sur les conflits géopolitiques en cours.

Dans le même temps, la Chine doit s’attaquer aux problèmes plus profonds de son marché immobilier et trouver des moyens de stimuler les dépenses de consommation si elle veut maintenir la stabilité.

À l’horizon 2025, le FMI prévoit une légère amélioration, la croissance mondiale devant atteindre 3,2 %.

Cela dépend toutefois de la capacité des pays à s’adapter à des conditions changeantes.

Les États-Unis doivent équilibrer leurs politiques budgétaires, tandis que la Chine doit réaliser de réels progrès en matière de réformes intérieures.

Des régions comme l’Europe et le Japon devront également se concentrer sur leurs problèmes structurels pour suivre le rythme.

La trajectoire vers 2025 et au-delà dépendra de la question de savoir si 2024 marquera un chemin stable vers la reprise ou une année de risques accrus.