La lutte contre l'inflation au Japon : comment les nouvelles mesures de relance pourraient façonner l'économie

La lutte contre l'inflation au Japon : comment les nouvelles mesures de relance pourraient façonner l'économie
Dionysis Partsinevelos
25 nov. 2024, 08:25 AM
  • L'inflation au Japon dépasse l'objectif de 2 % de la BOJ depuis 38 mois.
  • Le plan de relance de 39 000 milliards de yens comprend des subventions énergétiques et des aides financières aux ménages.
  • Les critiques avertissent que le plan pourrait aggraver la dette du Japon alors que la BOJ envisage d'augmenter ses taux.

L’inflation au Japon reste un problème urgent, affectant les budgets des ménages, la politique gouvernementale et tout ce qui se trouve entre les deux.

La hausse des prix a donné lieu à des mesures budgétaires et monétaires audacieuses. Récemment, le gouvernement japonais a dévoilé un vaste programme économique visant à alléger la pression financière sur ses citoyens tout en essayant de stabiliser l’économie.

Dans le même temps, la Banque du Japon est confrontée à une pression croissante pour réajuster ses politiques de longue date, car l’inflation dépasse son objectif.

Quel est l’impact de l’inflation sur les ménages ?

L'inflation au Japon a dépassé l'objectif de 2 % de la Banque du Japon (BOJ) pendant 38 mois consécutifs, l'indice des prix à la consommation (IPC) de base d'octobre ayant augmenté de 2,3 % sur un an.

Un indice distinct qui exclut les prix volatils des aliments frais et du carburant, considérés comme un meilleur indicateur de l'inflation induite par la demande, a également augmenté de 2,3 %, contre 2,1 % en septembre.

À Tokyo, l'inflation devrait encore augmenter pour atteindre 2,1% en novembre, selon un sondage Reuters.

L’augmentation du coût des denrées alimentaires et de l’énergie exerce une pression considérable sur les ménages.

Les prix du riz ont augmenté de 58,9 % en octobre, entraînant une hausse des coûts globaux des denrées alimentaires.

Dans le même temps, la réduction des subventions gouvernementales sur les carburants a entraîné une hausse des prix de l’électricité, du gaz et de l’essence.

Ces augmentations ont resserré les budgets de nombreuses familles, poussant certaines d’entre elles à réduire leurs dépenses discrétionnaires.

Pour relever ces défis, le gouvernement a alloué 12 700 milliards de yens de son nouveau plan de relance de 39 000 milliards de yens à des mesures visant à freiner l'impact de l'inflation.

Cela comprend des subventions visant à stabiliser les coûts de l’énergie, qui sont l’un des principaux facteurs de l’augmentation du coût de la vie.

De plus, des aides en espèces de 30 000 ¥ seront versées aux ménages à faibles revenus, ainsi que 20 000 ¥ supplémentaires par enfant pour les familles.

Ces mesures visent à apporter un soulagement immédiat aux ménages confrontés à des difficultés financières, d’autant plus que les coûts de l’éducation continuent d’augmenter.

Malgré ces efforts, des questions subsistent quant à savoir si ces mesures peuvent apporter des améliorations significatives et durables.

L'inflation ne montre aucun signe de ralentissement, alimentée en partie par la dépréciation du yen, qui augmente le coût des importations dans une économie japonaise pauvre en ressources.

Alors que les ménages sont confrontés à des budgets plus serrés, le plan de relance du gouvernement est devenu une intervention cruciale, mais son efficacité à long terme reste à démontrer.

Comment le gouvernement compte-t-il financer ce programme ?

Le plan de 39 000 milliards de yens comprend 13 900 milliards de yens provenant du compte général, soit une augmentation par rapport aux 13 200 milliards de yens dépensés pour la relance de l'année dernière.

Les collectivités locales et les financements privés viendront s’ajouter au total.

Cependant, la santé budgétaire du Japon est scrutée de près, car sa dette publique représente déjà plus de deux fois la taille de son économie.

Les critiques affirment que le plan pourrait mettre davantage à rude épreuve les finances du pays, en particulier dans un contexte où le pays s'éloigne des coûts d'emprunt ultra-bas tandis que la BOJ modifie progressivement sa politique monétaire.

Le Parti démocratique du peuple (DPP), parti d'opposition, a fait pression pour que le seuil de revenu non imposable soit plus élevé dans le cadre des négociations.

Ce changement devrait augmenter le revenu disponible des travailleurs, mais il pourrait coûter jusqu'à 8 000 milliards de yens par an en pertes de recettes fiscales, selon le ministère des Finances.

Le gouvernement est désormais confronté au défi de trouver un équilibre entre la responsabilité budgétaire et la nécessité de stimuler l’économie.

Quelle est la prochaine étape pour la politique monétaire ?

La Banque du Japon est sous pression pour resserrer davantage sa politique monétaire. Les analystes s'attendent largement à ce que la banque centrale relève ses taux d'intérêt à court terme de 0,25 % à 0,5 % lors de sa réunion de politique monétaire des 18 et 19 décembre.

Les données d'inflation d'octobre, associées à la nouvelle dépréciation du yen, ont renforcé les arguments en faveur d'une hausse des taux.

Les prix des services, qui reflètent la hausse des coûts de la main-d'œuvre, ont augmenté de 1,5 % en octobre, contre 1,3 % en septembre.

Il s’agit d’un facteur crucial pour la Banque du Japon, car cela indique que la croissance des salaires entraîne une certaine inflation. Si la demande intérieure continue de faire preuve de résilience, la Banque du Japon pourrait y voir une opportunité de poursuivre la normalisation de sa politique monétaire.

Les mesures de relance peuvent-elles stimuler la croissance ?

Le gouvernement s'attend à ce que ce plan augmente le PIB japonais corrigé de l'inflation de 1,2 point de pourcentage par an, tout en réduisant les prix à la consommation de 0,3 point de pourcentage.

Une part importante du financement, 19 100 milliards de yens, sera utilisée pour stimuler l'économie, avec notamment un investissement pluriannuel de 10 000 milliards de yens dans les secteurs des semi-conducteurs et de l'intelligence artificielle.

Ces investissements visent à positionner le Japon comme un leader mondial dans les industries de haute technologie, une stratégie qui s’aligne sur ses objectifs de croissance à long terme.

Toutefois, l’impact à court terme sur le sentiment des consommateurs reste incertain.

Des salaires plus élevés, bien que prometteurs, pourraient ne pas suffire à compenser le fardeau immédiat de la hausse des prix.

Qu’est-ce que cela signifie pour les ménages et les entreprises ?

La combinaison de mesures budgétaires et monétaires envoie des signaux mitigés aux ménages et aux entreprises.

D’un côté, les subventions et les aides financières apporteront un soulagement temporaire, notamment aux familles à faibles revenus.

D’un autre côté, la possibilité de taux d’intérêt plus élevés pourrait accroître les coûts d’emprunt pour les entreprises comme pour les ménages.

Pour les entreprises, en particulier celles du secteur manufacturier et des services, la hausse des coûts de main-d’œuvre devient une préoccupation.

Toutefois, des secteurs tels que les semi-conducteurs et l’IA pourraient bénéficier considérablement du soutien gouvernemental, ce qui pourrait créer de nouvelles opportunités d’innovation et de croissance.

La vue d'ensemble

La situation actuelle du Japon met en évidence la complexité de la gestion de l’inflation dans un environnement d’incertitude économique mondiale.

Alors que sa santé budgétaire est déjà remise en question et que sa politique monétaire se resserre progressivement, le pays est confronté à un difficile exercice d’équilibre.

Le plan de relance est une mesure audacieuse visant à soutenir les ménages et à promouvoir la croissance, mais son succès dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir le soutien public tout en s'attaquant aux risques financiers à long terme.