La crise gouvernementale en France : un avertissement pour la stabilité financière
- Les coûts d'emprunt de la France ont atteint 3%, égalant pour la première fois ceux de la Grèce, ce qui alarme les investisseurs.
- Le Rassemblement national exige une augmentation des retraites et des politiques d'immigration plus strictes, menaçant d'un vote de défiance.
- La crise risque de bloquer les réformes de réduction des déficits et de porter atteinte à la crédibilité de la France dans la zone euro.
La France est au bord d'une crise politique et financière, le gouvernement minoritaire du Premier ministre Michel Barnier étant menacé d'effondrement.
Un vote de défiance imminent et des négociations budgétaires controversées ont ébranlé les marchés, poussant les coûts d'emprunt de la France à des niveaux comparables à ceux de la Grèce, frappée par la crise.
Cette détresse politique, combinée à l’augmentation de la dette française, a placé la trajectoire économique du pays sous le microscope.
Que se passe-t-il au sein du gouvernement français ?
Le Premier ministre Michel Barnier fait face à une pression croissante pour faire adopter un budget 2025 visant à réduire le déficit français.
Le budget propose 60 milliards d’euros d’augmentations d’impôts et de réductions des dépenses pour ramener le déficit de 6 % à 5 % du PIB l’année prochaine.
Cependant, les partis d’opposition, tant d’extrême gauche que d’extrême droite, résistent à ces mesures, accusant le gouvernement d’ignorer leurs priorités.
Le Rassemblement national d'extrême droite de Marine Le Pen a exigé de nouvelles concessions.
Alors que Barnier a déjà abandonné un projet d'augmentation des taxes sur l'électricité, le Rassemblement national fait pression pour une augmentation des retraites, des politiques d'immigration plus strictes et le maintien du remboursement des médicaments.
Le Pen a prévenu que si ces demandes n'étaient pas satisfaites, son parti soutiendrait une motion de censure dès la semaine prochaine.
Comment le budget affecte-t-il les coûts d’emprunt de la France ?
Les coûts d'emprunt de la France ont fortement augmenté ces derniers mois.
Le rendement des obligations françaises à 10 ans a grimpé à 3 %, correspondant pour la première fois aux coûts d'emprunt de la Grèce.
Cette situation a complètement modifié la perception des investisseurs quant à la solvabilité de la France. Lors de la crise de la dette de la zone euro en 2012, les rendements français étaient inférieurs de 37 points de pourcentage à ceux de la Grèce.
L'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes à 10 ans, un indicateur de risque clé, s'est élargi à 82 points de base, contre moins de 50 points de base avant que le président Emmanuel Macron ne convoque des élections anticipées en juin.
Cette divergence reflète les inquiétudes des investisseurs concernant l’instabilité politique de la France et l’augmentation de son ratio dette/PIB, actuellement à 112 % et en hausse.
Dans le même temps, des pays autrefois frappés par la crise, comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne, ont réalisé des progrès significatifs dans la réduction de leur endettement.
Le ratio dette/PIB de la Grèce est passé de plus de 200 % pendant la pandémie à environ 160 % aujourd'hui, avec une trajectoire descendante prévue. La France, en revanche, est confrontée à des défis budgétaires croissants.
Pourquoi le gouvernement français a-t-il du mal à gouverner ?
Les élections législatives de juin-juillet ont laissé la France avec un Parlement sans majorité absolue, divisé en trois grands blocs : le Nouveau Front populaire de gauche, les centristes de Macron et le Rassemblement national de Le Pen.
Aucun n’a obtenu une majorité absolue.
Macron a nommé Barnier Premier ministre, s'appuyant sur le soutien conditionnel du Rassemblement national pour faire passer les lois.
Marine Le Pen a cependant pris ses distances avec le gouvernement. Si son parti lui a d’abord apporté un soutien tacite, elle a désormais fixé plusieurs « lignes rouges » à respecter pour éviter une motion de censure.
Il s’agit notamment d’abandonner les coupes proposées dans la sécurité sociale et de proposer des politiques plus énergiques en matière de criminalité et de migration.
Barnier a prévenu qu’un effondrement du gouvernement pourrait conduire à des turbulences financières.
Le ministre des Finances, Antoine Armand, a fait écho à ces inquiétudes, comparant les retombées potentielles à « un avion qui décroche en altitude ».
Quelles sont les implications pour le marché ?
L’incertitude politique a déclenché une vente massive d’actifs français.
Les investisseurs craignent qu’un vote de défiance puisse faire dérailler les réformes budgétaires, retardant ainsi les efforts cruciaux visant à réduire le déficit.
Les rendements des obligations françaises ont augmenté et la volatilité des marchés reste élevée.
Toutefois, une certaine stabilisation a été observée vers la fin novembre, l'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes se réduisant de quatre points de base, soit la plus forte baisse depuis juillet.
Les valeurs bancaires françaises ont également enregistré des gains modestes, Société Générale et BNP Paribas progressant respectivement de 1,8% et 0,9%.
Les analystes préviennent néanmoins que cette légère reprise n’inverse pas la tendance générale à la baisse de la confiance des investisseurs.
Alors que Barnier fait face à un Parlement divisé et à des demandes croissantes du Rassemblement national, les marchés restent méfiants face à une instabilité prolongée.
Que se passe-t-il si le gouvernement s’effondre ?
Si le gouvernement tombe, la France ne sera pas confrontée à un « shutdown » comme aux États-Unis.
Cela est dû aux dispositions constitutionnelles qui permettent la collecte temporaire d’impôts et leur dépense par décret.
Toutefois, l’incertitude politique pourrait retarder des réformes cruciales et affaiblir la position de la France dans la zone euro.
L'administration de Barnier resterait en place à titre intérimaire, mais Macron devrait nommer un nouveau Premier ministre pour gérer un Parlement fracturé.
Ce processus pourrait encore éroder la confiance du marché et faire grimper les coûts d’emprunt.
L'Union européenne a également exprimé son inquiétude. La trajectoire budgétaire de la France est surveillée de près par la Commission européenne, qui exige des États membres qu'ils maintiennent leurs déficits en dessous de 3% du PIB.
Le non-respect de ces règles pourrait créer un précédent dangereux pour la zone euro.
Pourquoi est-ce important pour la zone euro ?
La France est la deuxième économie de la zone euro et sa santé budgétaire a des implications importantes pour la stabilité régionale.
Lors de la crise de la dette de 2012, des pays comme la Grèce et le Portugal ont été confrontés à de graves difficultés financières, menaçant la viabilité de l’euro.
Si la Banque centrale européenne est alors intervenue en achetant des obligations, un soutien similaire n’est désormais plus garanti.
Une hausse des coûts d’emprunt français pourrait se répercuter sur l’ensemble de la zone euro, augmentant les coûts de financement pour les autres États membres.
Les investisseurs pourraient également remettre en question la crédibilité des règles budgétaires de l’UE si la France, une économie clé, continue de dépasser les limites de déficit sans conséquence.
Quelle est la prochaine étape pour la France ?
Le prochain grand test pour Barnier est le vote du budget de la Sécurité sociale, lundi 2 décembre.
Si le gouvernement invoque l’article 49.3 de la Constitution pour contourner le Parlement, les partis d’opposition sont susceptibles de déposer une motion de censure.
Reste à savoir si le Rassemblement national de Marine Le Pen s’alignera sur la gauche pour renverser le gouvernement.
Les marchés observent la situation avec attention, car les enjeux sont considérables. Un effondrement du gouvernement aggraverait les difficultés budgétaires de la France et risquerait de provoquer une plus grande instabilité financière.
La crise actuelle rappelle également la fragilité des relations entre la politique et l’économie dans la zone euro.
Asie: Hang Seng, Kospi, Nikkei 225 en forte hausse sur espoir d'un accord US-Iran
Nikkei 225 et Kospi s'envolent après la chute des rendements
Xi a reçu Trump puis Poutine et a montré où se situe le levier de la Chine
Zimbabwe ZiG : la monnaie adossée à l'or reste stable malgré les risques
Nifty 50 : rendements obligataires indiens en hausse et roupie en chute menacent l'indice
Aucun résultat trouvé
Chargement des articles...
Failed to load articles. Please try again.