L'économie américaine continue de croître, mais pour combien de temps ?

L'économie américaine continue de croître, mais pour combien de temps ?
Dionysis Partsinevelos
19 déc. 2024, 18:08 PM
  • L'économie américaine a progressé de 3,1 % au troisième trimestre 2024, grâce à une forte consommation des ménages et à une hausse des exportations.
  • Les gains de productivité, les investissements commerciaux et les dépenses fédérales ont permis de contenir l’inflation.
  • Les risques liés aux éventuels tarifs, à l’inflation persistante et au marché du travail menacent la durabilité de la croissance américaine.

L'économie américaine continue de défier les attentes, en affichant une croissance annuelle de 3,1 % au troisième trimestre 2024, selon le département du Commerce.

Il s'agit d'une nouvelle révision à la hausse par rapport à l'estimation initiale de 2,8 %.

La croissance a été tirée par des exportations plus fortes, une augmentation des dépenses de consommation et des dépenses robustes du gouvernement fédéral, même si les investissements privés en stocks ont ralenti.

Pour rappel, l’économie américaine a dépassé ses homologues mondiaux comme l’UE et le Canada au cours des deux dernières années.

Avec une forte consommation des ménages, une productivité en hausse et une inflation modérée, le tableau est prometteur.

Mais cette dynamique peut-elle durer ou des risques cachés menacent-ils les perspectives ?

Pourquoi la croissance est-elle toujours aussi forte ?

Les dépenses de consommation restent un moteur clé de cette économie résiliente.

Représentant environ deux tiers de l'activité économique américaine, les dépenses ont augmenté de 3,7 % en rythme annuel au troisième trimestre.

Il s’agit du rythme le plus rapide depuis le début de l’année 2023.

Malgré la hausse du coût de la vie, les consommateurs ont continué à dépenser, soutenus par un marché du travail sain et des augmentations de salaire.

Les dépenses fédérales, en particulier en matière de défense, ont bondi de 13,9%, ajoutant à l'élan.

Les exportations ont également connu une forte hausse, progressant de 9,6 % au troisième trimestre. Dans le même temps, les investissements des entreprises dans les équipements ont augmenté de 10,8 %, bien que les investissements globaux des entreprises soient restés modestes à 0,8 %.

Ces chiffres soulignent la résilience de l’économie américaine, même face à des taux d’intérêt plus élevés.

En revanche, l’UE et le Canada ont eu du mal à atteindre une productivité ou une croissance similaires.

La productivité des travailleurs américains a augmenté d’au moins 2 % d’une année sur l’autre pendant cinq trimestres consécutifs jusqu’en septembre.

Cette augmentation soutenue de la productivité a permis aux entreprises de fonctionner efficacement, en contrôlant les coûts tout en maintenant la production.

Qu’est-ce qui explique les gains de productivité aux États-Unis ?

Contrairement à d’autres économies, les États-Unis ont bénéficié d’une combinaison unique de facteurs après la pandémie.

Face à un marché du travail tendu, les entreprises se sont fortement appuyées sur la technologie et l’automatisation pour augmenter leur production. Les systèmes de caisse automatique et les processus pilotés par l’IA sont désormais courants dans le secteur de la vente au détail et d’autres secteurs.

La flexibilité du marché du travail a également joué un rôle. Pendant la pandémie, des millions d’Américains ont changé d’emploi ou de secteur, souvent en accédant à des postes à plus grande responsabilité.

Selon une analyse de Pew Research, environ 35 % des travailleurs ont changé d'employeur en 2022, contre 30 % les années précédentes la pandémie. Bon nombre de ces changements se sont traduits par une productivité accrue.

La création d’entreprises a également connu une forte hausse.

Les applications commerciales à forte propension, une mesure des startups susceptibles d’être durables, ont augmenté d’un tiers par rapport aux niveaux d’avant la pandémie.

Ces start-ups, notamment dans le domaine de la technologie, se concentrent souvent sur l’efficacité et l’innovation, alimentant ainsi davantage le boom de la productivité.

Quels risques nous attendent ?

Bien que l’économie américaine semble solide, plusieurs risques pourraient nuire à la croissance. N’oublions pas que l’inflation est restée tenace, même si elle se rapproche des 2 %.

Les récentes hausses de prix, comme la hausse du coût des œufs due aux épidémies de grippe aviaire, nous rappellent à quel point la stabilité peut être fragile.

La Réserve fédérale a reconnu la possibilité de chocs futurs et a légèrement revu à la hausse ses prévisions d’inflation pour 2025.

Les politiques du président élu Donald Trump pourraient également jouer un rôle dans la façon dont l'économie se développera.

Les tarifs douaniers proposés sur les principaux partenaires commerciaux, dont la Chine, pourraient augmenter le coût des biens importés, ravivant potentiellement l’inflation.

Si l’inflation augmente à nouveau, la Fed pourrait être contrainte de suspendre ou d’inverser ses baisses de taux, ce qui maintiendrait les coûts d’emprunt élevés plus longtemps.

Les taux d’intérêt plus élevés ont déjà un impact sur les marchés du logement et de l’automobile. Les familles sont confrontées à des paiements de prêts hypothécaires et de prêts automobiles plus élevés, ce qui limite leur pouvoir d’achat.

Les marchés boursiers ont réagi vivement à la position belliciste de la Fed, le S&P 500 chutant de près de 3 % mercredi, sa plus forte baisse depuis août.

Cela souligne à quel point de petites inquiétudes concernant les perspectives de l’économie américaine peuvent rapidement déclencher des ventes massives sur les marchés.

Cette croissance est-elle vraiment durable ?

La force actuelle de l’économie américaine provient en partie de politiques qui ne sont peut-être pas facilement reproductibles.

Les investissements de l’ère Biden dans la fabrication et la production de semi-conducteurs ont stimulé la croissance, mais le maintien de cette dynamique peut nécessiter un soutien politique supplémentaire.

L’emploi dans le secteur manufacturier reste proche de ses niveaux les plus élevés depuis la crise financière de 2008, mais la production commence à vaciller.

Les dépenses de consommation sont un autre joker. Bien que les salaires aient augmenté, le stock d’épargne de l’ère de la pandémie diminue.

Si l’inflation reste tenace ou si les coûts d’emprunt restent élevés, les ménages pourraient réduire leurs dépenses, ce qui pourrait ralentir la croissance.

Le contexte mondial est également important. La compétitivité européenne est en retard et la croissance chinoise est terne.

Ces dynamiques ont fait des États-Unis « l’envie du monde », comme le disent certains économistes, mais l’incertitude mondiale pourrait se répercuter sur les marchés intérieurs.

La conclusion

L’économie américaine a fait preuve d’une résilience remarquable, soutenue par les gains de productivité, la vigueur des consommateurs et les investissements stratégiques.

Les États-Unis ne doivent toutefois pas sous-estimer les risques liés à l’inflation, à la politique monétaire restrictive, au marché du travail mixte et aux conflits géopolitiques.

Même la moindre mauvaise nouvelle pourrait freiner l’élan de l’économie et choquer les marchés.

Nous avons vu ce scénario se dérouler en août, après le déclenchement de la « règle Sahm » et l’implosion du carry trade sur le yen.

La question de savoir si l’actuelle dynamique de croissance pourra être maintenue dépend de la manière dont ces facteurs se dérouleront dans les mois à venir.

Pour l’instant, les États-Unis sont un cas à part dans un monde confronté à des défis économiques, mais pour combien de temps cela durera-t-il ? La question reste ouverte.