Israël peut-il se permettre ses coûts de guerre croissants ou ses citoyens en supporteront-ils le fardeau ?
- Les Israéliens sont confrontés à une hausse des impôts et des coûts de la vie alors que les dépenses de défense augmentent de 65 %.
- La croissance du PIB en 2024 n’a été que de 0,4 %, les secteurs clés comme la construction et le tourisme étant en difficulté.
- Les réformes économiques visant à retenir les travailleurs qualifiés sont essentielles pour alléger la pression financière et rétablir la confiance.
Israël est confronté à un calcul économique alors que le coût de la guerre passe des emprunts gouvernementaux aux poches de ses citoyens.
Il s’agit d’une facture de guerre de 40 milliards de shekels (11 milliards de dollars).
La flambée des impôts et la hausse du coût de la vie mettent à l’épreuve la résilience des ménages à travers le pays.
Les dépenses de défense ont bondi de 65 %, tandis que les mesures d’austérité, notamment les hausses d’impôts et le gel des salaires dans le secteur public, laissent les familles aux prises avec des difficultés financières.
Les pressions financières s’accroissent tant pour le gouvernement que pour les citoyens et de nombreux Israéliens se demandent combien de temps encore ils pourront supporter le fardeau d’une économie de guerre.
Quel est le coût de la sécurité d’Israël ?
Le conflit persistant avec le Hamas et le Hezbollah a contraint Israël à modifier ses priorités budgétaires.
Le budget de la défense pour 2025 est estimé à 107 milliards de shekels, soit une augmentation de 65 % par rapport aux niveaux d'avant-guerre.
Au cours de la prochaine décennie, les dépenses de défense devraient augmenter d’un minimum annuel de 20 milliards de shekels, soit l’équivalent de 1 % du PIB.
Cet engagement découle de la politique « Plus jamais » du gouvernement, visant à garantir la sécurité nationale à tout prix.
Ces dépenses sont financées par une combinaison d’augmentations d’impôts et de réductions de dépenses.
Le gouvernement a introduit une augmentation de 1 % de la TVA et gelé les salaires du secteur public.
Les tranches d'imposition et les allocations de l'État resteront inchangées par rapport à l'inflation, qui s'élève actuellement à 3,4 %, au-dessus de l'objectif de la banque centrale.
Les impôts fonciers ont également augmenté. Les analystes prévoient que ces mesures contribueront à réduire le déficit budgétaire de 2025 à 4,5 % du PIB, contre 7,7 % en 2024.
Les ménages israéliens ressentent la pression
La crise financière se fait sentir dans toute la société israélienne. Selon les estimations des médias locaux, les dépenses annuelles d’un ménage moyen devraient augmenter de 17 000 shekels.
Les factures de nourriture, d’eau et d’électricité ont toutes augmenté, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les familles qui luttent déjà contre la hausse des paiements hypothécaires et des prêts commerciaux en raison des taux d’intérêt élevés.
De nombreux Israéliens, en particulier la classe moyenne, se tournent vers leur famille ou des organisations caritatives pour obtenir de l’aide.
Pa'amonim, une organisation à but non lucratif qui aide les ménages à établir leur budget, a vu les demandes d'aide doubler ces dernières semaines.
Ces pressions ne sont pas seulement financières, mais aussi psychologiques, et beaucoup remettent en question les priorités de dépenses du gouvernement.
Trop tard pour les réformes du coût de la vie ?
Le gouvernement tente de faire face à la crise du coût de la vie grâce à des réformes visant à réduire les prix.
L’une des principales initiatives consiste à aligner les normes israéliennes sur les réglementations européennes afin de réduire les coûts d’importation.
Ces réformes devraient permettre aux importateurs d’économiser entre 7 % et 16 % sur une large gamme de produits, allant de l’électronique à l’alimentation et aux cosmétiques.
Cependant, l’efficacité de ces réformes reste incertaine.
Les marchés de consommation israéliens sont dominés par une poignée de grands conglomérats, tels que Diplomat et Schestowitz, qui contrôlent la distribution de nombreuses marques internationales.
Ces structures monopolistiques rendent difficile la concurrence des petits importateurs, ce qui soulève des doutes quant à la transmission des économies de coûts aux consommateurs.
Les réformes de l’importation parallèle, conçues pour encourager la concurrence en supprimant les obstacles aux petites entreprises, offrent une certaine lueur d’espoir.
Par exemple, le dentifrice importé de pays à moindre coût comme la Roumanie peut désormais être vendu en Israël sans l’intervention de détenteurs de franchises exclusives.
Pourtant, l’ampleur de ces changements pourrait ne pas suffire à briser la mainmise des principaux acteurs du marché.
Stagnation économique et « fuite des cerveaux »
L'économie israélienne est évaluée à 525 milliards de dollars, mais elle devrait diminuer dans les années à venir.
La croissance du PIB en 2024 n’a été que de 0,4 %, ce qui fait d’Israël l’une des économies développées à la croissance la plus lente. La construction et le tourisme restent en berne, tandis que les pénuries de main-d’œuvre persistent en raison des rappels de la réserve militaire.
Bien qu’une modeste reprise soit attendue en 2025, les mesures d’austérité devraient limiter le potentiel de croissance.
Une tendance plus alarmante est l’émigration croissante de travailleurs qualifiés. Au cours des deux dernières années, le nombre d’Israéliens quittant le pays a doublé, beaucoup invoquant l’instabilité économique et l’incertitude politique.
Cette « fuite des cerveaux » comprend des médecins, des scientifiques et d’autres professionnels hautement qualifiés qui sont essentiels à l’avenir économique d’Israël.
Israël : une nation divisée ?
La crise économique amplifie les divisions sociales et politiques existantes.
Si la plupart des Israéliens s’accordent à dire que l’augmentation des dépenses de défense est nécessaire à la sécurité nationale, les sacrifices économiques pèsent sur la confiance du public.
Les critiques se multiplient face à la réticence du gouvernement à réduire les largesses à motivations politiques ou à rationaliser ses plus de 30 ministères.
Ces décisions, considérées comme une protection de l’électorat de la coalition, accentuent les divisions dans une société déjà polarisée.
L’une des questions particulièrement controversées est l’exemption des hommes ultra-orthodoxes du service militaire.
Les appels à mettre fin à cette politique se multiplient, mais toute initiative dans cette direction risque de provoquer une réaction politique négative.
Résoudre ce débat est crucial pour favoriser un sentiment de responsabilité partagée et réduire les fractures sociales.
Existe-t-il une bonne façon d’avancer ?
L’avenir économique d’Israël dépend de mesures politiques décisives et équitables.
Pour éviter une nouvelle fuite des cerveaux, le gouvernement doit veiller à ce que ses mesures d’austérité ne pèsent pas de manière disproportionnée sur la classe moyenne.
En outre, il est essentiel de lutter contre les monopoles sur les marchés de consommation pour alléger les pressions sur le coût de la vie et reconstruire la confiance du public.
Bien qu’il soit peu probable que les dépenses de défense diminuent, Israël peut prendre des mesures pour optimiser son budget en réduisant les inefficacités et en se concentrant sur des réformes axées sur la croissance.
Encourager les investissements dans les technologies de pointe et d’autres secteurs clés pourrait compenser une partie de la récession économique causée par l’austérité.
En outre, des politiques visant à retenir les travailleurs qualifiés, telles que des incitations fiscales et l’amélioration des services publics, pourraient contribuer à atténuer la tendance à l’émigration.
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