La grève de l'administration fiscale brésilienne menace la stabilité budgétaire et la collecte des recettes

La grève de l'administration fiscale brésilienne menace la stabilité budgétaire et la collecte des recettes
Noris Soto
04 févr. 2025, 17:40 PM
  • La grève de l'administration fiscale fédérale brésilienne a entraîné des retards de paiement d'impôts d'un montant de 15 milliards de reais.
  • Les syndicats réclament des ajustements salariaux depuis 2016, dans un contexte d’inflation galopante dépassant les 50 %.
  • Les prévisions de recettes fiscales du gouvernement de 31 milliards de reais pour 2024 font face au scepticisme en raison de la grève en cours.

Les auditeurs fiscaux fédéraux brésiliens ont lancé une grève qui menace de perturber la collecte des recettes gouvernementales, mettant en péril la stabilité budgétaire du pays.

Le Syndicat national des vérificateurs fiscaux (Sindifisco Nacional) met en garde contre le risque de retard dans le règlement de taxes d'une valeur de plus de 15 milliards de reais (2,6 milliards de dollars), ce qui porterait un coup dur à l'administration du président Luiz Inácio Lula da Silva, qui compte sur une augmentation des recettes fiscales pour atteindre ses objectifs budgétaires.

Demandes des syndicats et réponse du gouvernement

La grève, qui a débuté fin novembre, découle de la demande du syndicat d'ajustements salariaux pour tenir compte de l'inflation, qui a dépassé 50 % ces dernières années.

Les vérificateurs fiscaux soutiennent que les augmentations de salaire sont essentielles pour préserver le pouvoir d’achat et garantir une rémunération équitable.

Alors que le gouvernement a introduit un plan de bonus début 2023, augmentant les salaires de certains cadres à 42 700 réaux (7 355 $) par mois, le Sindifisco Nacional insiste sur le fait que des problèmes salariaux plus larges restent non résolus.

Les négociations avec le ministère de la Gestion n’ont jusqu’à présent pas donné de résultats positifs, ce qui a accru les tensions.

Le président du syndicat, Dao Real, a souligné que les travailleurs devaient être suffisamment indemnisés face à la hausse du coût de la vie, malgré les contraintes budgétaires du gouvernement.

L’impasse augmente le risque de perturbations prolongées dans la collecte des impôts, ce qui pourrait aggraver les perspectives budgétaires du Brésil.

Impact de la grève sur les recettes et la politique budgétaire

Le système fiscal brésilien joue un rôle crucial dans le maintien des opérations gouvernementales et la grève a déjà ralenti la collecte des recettes.

Selon Sindifisco Nacional, 4% à 12% des règlements fiscaux ont été affectés.

Cette perturbation survient à un moment critique, alors que le gouvernement cherche à augmenter ses recettes grâce à des règlements fiscaux.

Dans son budget 2024, le gouvernement a prévu 31 milliards de reais (5,34 milliards de dollars) de recettes fiscales.

Le scepticisme demeure toutefois, car les prévisions similaires de l'année dernière n'ont permis de collecter que 5,4 milliards de reais (931 millions de dollars).

La grève en cours soulève des doutes quant à la possibilité d’atteindre ces objectifs de recettes, ce qui pourrait exacerber les déséquilibres budgétaires.

La grève s’ajoute à la situation budgétaire déjà précaire du Brésil, qui est façonnée par des pressions externes et internes.

Le ralentissement de l’économie nationale en raison des politiques monétaires strictes, ainsi que le changement des politiques commerciales américaines sous la présidence de Donald Trump, ont créé des vents contraires économiques supplémentaires.

Les analystes avertissent que des perturbations prolongées de la collecte des impôts pourraient saper la confiance des investisseurs dans la gestion budgétaire du Brésil.

Si la collecte des recettes continue de stagner, les investissements publics pourraient en pâtir, incitant les investisseurs à rechercher des marchés plus stables.

La situation met également la pression sur le gouvernement pour qu’il maintienne la discipline budgétaire tout en répondant aux demandes sociales et économiques croissantes.

Les dirigeants syndicaux ont fait part de leur volonté de reprendre le travail si un accord est conclu.

Ils exhortent le ministère des Finances à engager des discussions constructives avec le ministère de la Gestion pour répondre à leurs préoccupations.

« Nous ne voulons pas que cette situation s’aggrave davantage », a déclaré Dao Real, soulignant la nécessité d’un dialogue urgent pour éviter des répercussions économiques plus larges.

Alors que les négociations sont en cours, le gouvernement est confronté à un difficile exercice d’équilibre : garantir des recettes fiscales immédiates tout en répondant aux griefs des travailleurs.

Une grève prolongée pourrait avoir un effet domino, rendant encore plus difficile pour l’administration de stabiliser l’économie à long terme.