La France inflige une amende de 150 millions d'euros à Apple pour des violations liées au suivi des applications, des enquêtes de l'UE suivent.

La France inflige une amende de 150 millions d'euros à Apple pour des violations liées au suivi des applications, des enquêtes de l'UE suivent.
Diya Poddar
31 mars 2025, 13:13 PM
  • ATT accusé de favoriser les services publicitaires d'Apple au détriment de ses concurrents tiers.
  • L'Allemagne, l'Italie, la Roumanie et la Pologne enquêtent également sur l'ATT d'Apple.
  • Apple a reçu l'ordre d'afficher la décision française sur son site web pendant 7 jours.

Apple a été condamné à une amende de 150 millions d'euros (162 millions de dollars) par l'autorité française de la concurrence pour son cadre de transparence du suivi des applications (ATT), une décision qui accroît la pression sur plusieurs fronts alors que les enquêtes dans d'autres pays de l'UE prennent de l'ampleur.

La sanction, annoncée lundi, découle de la manière dont le fabricant d'iPhone a déployé la fonctionnalité ATT, que les critiques jugent anticoncurrentielle car elle limite la publicité tierce tout en favorisant les propres services publicitaires d'Apple.

L'amende reflète les préoccupations croissantes au sein de l'Union européenne concernant la manière dont les entreprises technologiques dominantes appliquent les normes de confidentialité, qui peuvent également constituer des barrières commerciales.

Dans le cas d'Apple, les régulateurs ont constaté que l'ATT, introduit en 2021, a injustement pénalisé les développeurs et les éditeurs d'applications concurrentes en rendant plus difficile pour les tiers d'obtenir le consentement des utilisateurs.

Le déploiement d'ATT déclenche des enquêtes de l'UE

Les régulateurs français ont déclaré que le déploiement de l'ATT d'Apple n'était ni nécessaire ni proportionné à l'objectif déclaré de l'entreprise de protéger la vie privée des utilisateurs.

Bien que l'outil demande aux utilisateurs s'ils souhaitent que les applications suivent leur activité sur d'autres applications et sites web, l'Autorité de la concurrence française a constaté que le système était conçu de manière à imposer une charge plus lourde aux développeurs tiers qu'à Apple lui-même.

Un problème majeur était le nombre de fenêtres contextuelles de consentement auxquelles les utilisateurs étaient confrontés. Alors que les applications tierces étaient tenues d'afficher l'invite ATT, les propres services publicitaires d'Apple étaient intégrés de manière à nécessiter moins d'efforts de la part de l'utilisateur pour l'accepter.

Les utilisateurs devaient désactiver le suivi publicitaire à deux reprises dans les paramètres d'Apple, ce que le gendarme français a qualifié d'atteinte à la neutralité de la fonctionnalité.

Apple a également reçu l'ordre de publier la décision sur son site web pendant sept jours, une mesure standard en France pour les décisions relatives à la concurrence.

L'enquête française a fait suite à des plaintes déposées par le secteur en 2021. Si une action d'urgence avait été refusée à l'époque, le régulateur a mené une enquête approfondie qui a maintenant abouti à des sanctions financières.

Les petits éditeurs perdent des revenus publicitaires.

Dans sa décision, l'autorité française a souligné l'impact économique disproportionné qu'ATT avait sur les petits développeurs d'applications et les fournisseurs de services publicitaires.

Ces acteurs plus petits dépendent généralement de la collecte de données par des tiers pour générer des revenus grâce à la publicité ciblée.

Les changements apportés par Apple ont perturbé ces pratiques, coupant l'accès à l'identifiant publicitaire d'Apple (IDFA) si les utilisateurs refusaient leur consentement via l'invite ATT.

Cette restriction a effectivement modifié la dynamique du marché de la publicité mobile, où les concurrents d'Apple se sont retrouvés à opérer dans des conditions plus strictes.

Apple, en revanche, a conservé certaines capacités pour ses propres publicités au sein de l'App Store et d'autres services.

L'autorité de la concurrence a fait valoir que le processus de désinscription en deux étapes d'ATT plaçait des obstacles inutiles devant les utilisateurs et augmentait la probabilité qu'ils restent dans l'écosystème d'Apple, donnant ainsi à l'entreprise un avantage dans le secteur de la publicité mobile.

Les enquêtes se sont étendues à 4 pays.

L'amende s'inscrit dans le cadre d'un examen plus large en Europe.

Les autorités de la concurrence en Allemagne, en Italie, en Roumanie et en Pologne ont chacune lancé des enquêtes similaires sur ATT, reflétant les préoccupations selon lesquelles Apple pourrait favoriser ses propres services d'une manière qui viole les lois sur la concurrence locales et européennes.

Ces enquêtes portent non seulement sur la mise en œuvre technique de l'ATT, mais aussi sur le pouvoir de marché qu'Apple détient grâce à son contrôle d'iOS, de l'App Store et de l'accès des utilisateurs aux données au niveau de l'appareil.

Bien que l'autorité française ait agi indépendamment, les conclusions éventuelles de ces pays supplémentaires pourraient alimenter une action coordonnée de l'UE ou soulever la possibilité de nouvelles amendes et mesures réglementaires.

L'outil de confidentialité d'Apple sous le feu des critiques

Apple a introduit ATT en avril 2021 dans le cadre d'iOS 14.5, le présentant comme une fonctionnalité axée sur la confidentialité visant à donner aux utilisateurs le contrôle sur la manière dont les applications suivent leur comportement en ligne.

Cette décision a été largement saluée par les défenseurs de la vie privée, mais a immédiatement suscité une vive réaction de la part des annonceurs et des développeurs d'applications.

Depuis son lancement, l'activité publicitaire d'Apple a considérablement augmenté, en partie grâce à une dépendance accrue au réseau publicitaire natif de l'App Store.

Les critiques soutiennent que les choix de conception d'Apple favorisent son propre écosystème tout en rendant plus difficile pour les concurrents de maintenir des modèles publicitaires viables.

Bien que le cadre ATT s'applique techniquement à toutes les applications, l'Autorité de la concurrence française a estimé qu'Apple n'était pas soumis aux mêmes normes que les autres en matière d'obtention du consentement des utilisateurs, violant ainsi le principe d'accès équitable et nuisant à la concurrence.