La crise des prix du riz au Japon s'aggrave : un ministre démissionne suite à des erreurs de gestion des approvisionnements.

La crise des prix du riz au Japon s'aggrave : un ministre démissionne suite à des erreurs de gestion des approvisionnements.
Diya Poddar
22 mai 2025, 16:43 PM
  • Au Japon, le prix d'un sac de 60 kg de riz a grimpé en flèche, passant de juste en dessous de 20 000 yens à 50 000 yens au cours de l'année écoulée.
  • L'ancien ministre de l'Agriculture, Taku Eto, a dû démissionner après avoir été critiqué pour son commentaire sur les "nombreux cadeaux" qu'il avait reçus.
  • Le gouvernement est désormais accusé d'avoir mal évalué la demande de riz, par près de 500 000 tonnes, ce qui expliquerait le manque.

Le marché japonais du riz, autrefois symbole d'autosuffisance et de fierté nationale, est en pleine crise. Le prix d'un sac de 60 kg de riz a grimpé en flèche, passant de près de 20 000 yens à 50 000 yens en un an, soit une augmentation de plus de 150 %.

Au cœur de la tempête se trouve l'ancien ministre de l'Agriculture, Taku Eto, dont la démission cette semaine a fait suite à l'indignation publique suscitée par ses propos sur le fait d'avoir reçu « beaucoup » de riz en cadeau.

Eto a déclaré qu'il n'avait jamais eu à acheter de riz car il en recevait beaucoup en cadeau.

Ce commentaire, que le ministre a présenté comme une plaisanterie, a suscité de vives critiques.

Son départ met en lumière les conséquences politiques d'un problème structurel plus profond dans la politique agricole du Japon et de la crise du coût de la vie.

La demande de riz a été sous-estimée, les réserves ont été épuisées.

Les supermarchés rationnent désormais les ventes de riz, et les réserves de secours, généralement utilisées lors de catastrophes naturelles, ont été mises en circulation pour stabiliser l'approvisionnement.

Le gouvernement est désormais accusé d'avoir mal calculé la demande de riz, la différence étant de près de 500 000 tonnes. Les mauvaises récoltes dues au changement climatique n'ont fait qu'aggraver la pénurie.

La reprise du tourisme, l'augmentation des repas pris au restaurant et la baisse des prix du riz par rapport aux autres produits de base n'ont pas été pleinement pris en compte dans les prévisions de demande du ministère de l'Agriculture pour 2023 et 2024.

Bien que le Japon ait mis fin à son contrôle direct sur la production de riz en 1995, le gouvernement a continué à fournir des orientations aux agriculteurs. Ces prévisions, utilisées pour déterminer la quantité de riz à cultiver, n'ont pas anticipé l'augmentation soudaine de la demande après la pandémie.

Les revirements de politique alimentent la confusion.

Les années précédentes, ce même ministère avait encouragé les agriculteurs à réduire la culture du riz au profit de cultures telles que le soja et le blé.

À l'époque, la baisse de la consommation de riz justifiait ce changement. Mais, compte tenu de la demande actuelle qui dépasse largement les prévisions, cette politique est remise en question et considérée comme à court terme.

Bien que cela reflète des griefs de longue date concernant la surréglementation et les subventions, d'autres craignent que le retrait du soutien ne nuise aux communautés rurales dépendantes de l'agriculture.

Kosuke Kasahara, un agriculteur de 59 ans, soutient que la riziculture assure bien plus qu'un simple revenu. Elle maintient la vitalité des villes. Les agriculteurs âgés constituant une grande partie de la main-d'œuvre, beaucoup sont mal préparés à répondre aux directives changeant rapidement et aux fluctuations du marché.

Les importations reprennent alors que la pression politique s'intensifie.

Pour amortir l'impact, le Japon a repris les importations de riz en provenance de Corée du Sud pour la première fois en 25 ans et négocie de nouveaux accords avec les producteurs américains. Ces mesures d'urgence sont politiquement sensibles, surtout à l'approche d'une élection nationale.

Le gouvernement minoritaire du Premier ministre Shigeru Ishiba fait désormais l'objet de critiques de la part des électeurs ruraux et urbains : les premiers sont mécontents des faibles rendements agricoles de ces dernières années, et les seconds sont pris au piège par l'inflation galopante des prix alimentaires.

La confiance du public est également en jeu. La remarque d'Eto, bien qu'énoncée à titre de plaisanterie, a touché une corde sensible en pleine période d'inflation record.

Pour les familles qui réduisent déjà leurs dépenses sur les produits de première nécessité, de tels commentaires soulignent un fossé perçu entre les dirigeants et la réalité vécue.

Échos historiques et risques actuels

La crise rappelle les émeutes du riz de 1918, qui avaient contribué à la chute d'un gouvernement. Bien que l'économie moderne du Japon soit plus diversifiée, le pouvoir symbolique du riz reste intact.

Ce n'est pas seulement un aliment de base, mais aussi un pilier culturel, dont la rareté peut déclencher des troubles à grande échelle.

À moins que des mesures correctives ne soient mises en œuvre rapidement, notamment des prévisions plus précises, une communication claire et un soutien aux producteurs et aux consommateurs, la situation pourrait empirer.

Cette situation reflète des tensions structurelles plus larges au sein de l'économie japonaise, notamment en matière de sécurité alimentaire, de développement durable des zones rurales et de gestion des coûts sous pression inflationniste.

Alors que l'identité nationale, la confiance dans la gouvernance et l'abordabilité des prix alimentaires sont en jeu, ce humble grain a de nouveau pris le devant de la scène dans la politique japonaise.