C’est l’économie la plus sous-estimée d’Europe
- Le PIB a augmenté de 3,3 % au deuxième trimestre avec une inflation proche de zéro, soutenu par la vigueur du tourisme et la croissance du secteur des TIC.
- Les excédents budgétaires, la baisse de la dette et la santé des banques font de Chypre l’une des économies les plus sûres de la zone euro.
- Une scène de startups en plein essor, de nouveaux financements par capital-risque et des projets énergétiques laissent entrevoir des opportunités de croissance à long terme
Chypre figure rarement sur les radars macroéconomiques mondiaux. Les gros titres parlent rarement de son économie. Mais peut-être devraient-ils le faire.
L’île a réaccéléré sa croissance alors que l’inflation s’est essentiellement effondrée. Ses finances publiques sont excédentaires, ses banques sont plus solides et le tourisme continue d’établir des records.
Ce qui est nouveau, c’est l’essor d’un véritable moteur technologique. Pour les investisseurs, il s’agit d’une Chypre différente de celle d’il y a dix ans, avec une hausse plus nette et un talon d’Achille externe familier.
Les chiffres qui comptent
Le PIB réel a augmenté de 3,3 % en glissement annuel au deuxième trimestre. L’office statistique attribue cette hausse au commerce de gros et de détail, à l’hôtellerie et à la restauration, ainsi qu’à l’information et à la communication.
Il s’agit d’une économie qui croît plus rapidement que celle de la plupart des pays de la zone euro, avec une composition qui s’élargit au-delà du tourisme.
En plus de la forte croissance, les prix ont à peine bougé en juillet. L’inflation harmonisée n’était que de 0,1 % en glissement annuel, soit le plus bas niveau de l’Union européenne ce mois-là.
La désinflation est maintenant généralisée. Cela donne aux ménages et aux entreprises un soulagement réel du revenu réel à mesure que le pic du choc des prix s’estompe.
Le marché du travail est tendu. Le taux de chômage a diminué pour s’établir à 4,3 % au deuxième trimestre, sous l’effet de la croissance de la population active. Un afflux constant de compétences soutient la base des services et contrecarre le ralentissement démographique.
Les taux directeurs ne sont plus un vent contraire. La Banque centrale européenne a abaissé son taux de dépôt à 2,00 % en juin et l’a maintenu en juillet.
La transmission est progressive, mais la baisse du service de la dette devrait soutenir la consommation et le logement au cours des prochains trimestres.
Les finances publiques sont à nouveau une force. Les données préliminaires font état d’un excédent des administrations publiques de 840,6 millions d’euros de janvier à juillet, soit 2,4 % du PIB. Le FMI place la dette publique à près de 65 % du PIB à fin 2024, en forte baisse par rapport au pic de l’après-crise.
Le système bancaire semble plus sûr qu’il ne l’était auparavant. Les prêts non performants se sont établis à 5,9 % en mai, avec une couverture des provisions autour de 61 %.
C’est un monde loin de ce à quoi ressemblait le paysage bancaire des îles il y a dix ans et des bilans libres pour financer l’économie réelle.
Enfin, le tourisme reste un cheval de bataille pour l’île. Les arrivées en juillet ont augmenté de 6,9 % sur un an pour atteindre 589 116. Jusqu’à présent en 2025, l’île a connu une augmentation des arrivées tous les mois, sauf en mars, par rapport à 2024.
Le chiffre d’affaires a atteint 422,3 millions d’euros en juin, en hausse de 9,6 %, portant le bénéfice du premier semestre à 1,38 milliard d’euros, en hausse de 21 %. Des dépenses plus élevées par visiteur contribuent à l’équilibre extérieur et aux impôts.
La tech est-elle un véritable moteur de croissance ?
La réponse courte est oui.
Chypre se situe désormais au-dessus de la moyenne de l’UE pour la part de spécialistes des TIC dans l’emploi, à 5,4 % en 2024. C’est un signe clair que Chypre est une économie capable d’exporter des services de grande valeur avec une faible intensité d’importation.
Eurostat place également Chypre en tête de l’UE pour la part du secteur des TIC dans la valeur ajoutée.
De ce fait, son écosystème de startups prend forme. Dans l’indice StartupBlink 2025, Chypre a bondi de cinq places pour se classer au 40e rang mondial, la progression la plus rapide de l’UE pour la deuxième année consécutive, avec plus de 300 startups cartographiées sur leur plateforme.
Cet élan pourrait indiquer à la fois des relocalisations et un pipeline local plus dense.
La formation de capital prend également de l’ampleur dans le pays. Le Cyprus Equity Fund de 26 millions d’euros, géré par 33East et soutenu par le Fonds européen d’investissement et des ressources nationales, investit en pré-amorçage et en amorçage.
Pour un micro-marché, un médecin généraliste local est un coup de pouce bien nécessaire. Ce dont Chypre a besoin maintenant, c’est de garder les fondateurs sur l’île, d’accélérer les tours de financement et de resserrer les réseaux d’investisseurs.
La fuite des cerveaux a toujours été un problème pour Chypre et le Président, M. Christodoulides, s’est concentré sur cette question depuis son élection.
Les politiques prennent lentement les bonnes mesures. L’Unité de facilitation des affaires sert de guichet unique pour les entreprises étrangères et de permis accélérés pour le personnel qualifié.
Le Startup Visa court jusqu’en décembre 2026 avec un quota de 150. Le Digital Nomad Visa a rouvert ses portes en mars. La IP Box offre une déduction de 80 % sur les revenus de propriété intellectuelle éligibles, ce qui implique un taux effectif d’environ 2,5 % pour les bénéfices éligibles.
La signification macroéconomique est claire. Une base plus large de TIC et de services professionnels augmente le PIB par travailleur, réduit la volatilité par rapport au tourisme et soutient le compte extérieur au fil du temps. C’est la diversification structurelle dont Chypre avait cruellement besoin.
L’espace extérieur qui mord encore
Le compte courant reste le point faible. Les données provisoires font apparaître un déficit de 1,2 milliard d’euros au premier trimestre, soit plus important qu’un an plus tôt.
Si l’on exclut les entités ad hoc, le tableau est à peu près inchangé, mais reste profondément dans le rouge.
Les importations de biens et d’énergie en sont les moteurs, ainsi que les sorties de revenus primaires des services aux entreprises internationales.
Bruxelles et le FMI ont déjà signalé le problème. Le travail de surveillance de la Commission et l’article IV 2025 du FMI font tous deux état de déficits importants et persistants, même après ajustement pour tenir compte des particularités statistiques.
En clair, le pays achète plus au monde qu’il n’en vend, et il verse des revenus aux investisseurs étrangers qui sont venus pour la plateforme de services.
C’est gérable avec de la confiance et de la croissance, mais c’est une contrainte macro qui nécessite un plan.
Le tampon à court terme est les revenus du tourisme. La solution à moyen terme est de continuer à orienter l’économie vers des services à forte valeur ajoutée tout en réduisant la facture d’importation d’énergie.
L’énergie et l’interconnexion peuvent changer la donne
Deux projets ont un poids macro démesuré.
Tout d’abord, la monétisation du gaz. En février, le gouvernement a approuvé la mise à jour du plan de développement du champ Aphrodite avec Chevron, NewMed et Shell.
Le plan utilise une unité de traitement flottante et un pipeline vers l’Égypte. Une étude du fond marin de l’oléoduc est en cours cet été.
En parallèle, TotalEnergies et Eni ont signé avec Chypre et l’Égypte pour acheminer le gaz de Cronos pour le traitement à Zohr et la liquéfaction à Damiette pour l’exportation.
Si ces délais se maintiennent, Chypre deviendra un exportateur de gaz à la fin de la décennie. Cela réduirait les coûts de l’électricité, réduirait la facture d’importation et ajouterait des devises.
La deuxième est l’interconnexion de la Grande Mer, la liaison sous-marine HVDC vers la Crète et, plus tard, Israël. Un financement de l’UE de 657 millions d’euros est en place, mais les questions de gouvernance et de coûts se sont multipliées.
Le 4 septembre, le Parquet européen a ouvert une enquête sur de possibles infractions pénales liées au projet. Le gouvernement chypriote évalue l’exposition budgétaire tandis que l’opérateur de réseau grec va de l’avant .
Le dossier énergétique reste convaincant, mais sa mise en œuvre déterminera s’il offre la résilience et l’intégration des énergies renouvelables promises.
En fin de compte, le gaz et l’interconnexion pourraient être de puissants moteurs pour l’économie chypriote s’ils se concrétisent. Mais pour l’instant, ce sont les moteurs des TIC et du tourisme qui paient les factures.
Chypre est-elle investissable ?
Le tableau d’ensemble est bon pour Chypre.
Une croissance proche de 3 % avec une inflation de 2 %, un excédent primaire et une dette en baisse n’est pas courante dans la périphérie de la zone euro. La BCE assouplit ses activités et les banques locales affichent de faibles ratios de NPL et des fonds propres élevés.
Les spreads sur les obligations souveraines chypriotes ont la possibilité de se resserrer davantage si l’orientation budgétaire se maintient et si la situation extérieure s’améliore progressivement.
Les cotes sont bonnes et stables.
De plus, les angles des actions et des actifs réels sont spécifiques. Les banques bénéficient de coûts de financement plus faibles et de bilans plus sains, avec une croissance modérée des prêts hypothécaires à mesure que les prêts hypothécaires sont réévalués.
Le secteur de l’hôtellerie et les opérateurs exposés à des marchés sources où les dépenses sont plus élevées ont tout à gagner des recettes touristiques record.
Les bureaux et les logements dans les quartiers desservant les équipes techniques relocalisées bénéficient toujours d’un soutien, même si la croissance des prix de l’immobilier ralentit.
Les dernières données montrent Les prix de l’immobilier au T1 ont augmenté de 4,8 % en glissement annuel sur l’indice de la Banque centrale et de 1,1 % en glissement trimestriel sur l’indice Kystat. Cela ressemble plus à une normalisation qu’à un relâchement.
L’écosystème technologique offre une nouvelle voie d’exposition. Les investissements étrangers affluent, bien que les données réelles soient difficiles à prouver.
Pour les répartiteurs mondiaux, l’approche pratique consiste à surveiller les startups liées à Chypre qui lèvent des fonds dans des pôles plus grands et les fonds régionaux qui co-investissent aux côtés du véhicule soutenu par le FEI.
Le financement local reste tari, mais c’est aussi un défi qui prend des années à surmonter.
Enfin, l’économie chypriote est ouverte et sensible à la demande du Royaume-Uni et de l’UE. Rien de tout cela n’est caché, et les tampons sont meilleurs qu’à tout autre moment depuis la crise.
La surprise est ailleurs. Chypre n’est plus seulement une histoire de soleil et de services. Elle est en train de devenir une économie de services et de logiciels avec des options énergétiques.
Cette combinaison est rare en Europe et peut être investie si vous savez où chercher.
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