La crise de l’emploi des jeunes en Asie s’aggrave à mesure que le travail informel se développe

La crise de l’emploi des jeunes en Asie s’aggrave à mesure que le travail informel se développe
Diya Poddar
07 oct. 2025, 10:12 AM
  • La croissance de l’emploi s’est déplacée de l’industrie manufacturière vers les services à bas salaires.
  • Dans plusieurs pays, les femmes sont inférieures d’environ 15 points à celles des hommes.
  • Les nouvelles entreprises créent la plupart des emplois, mais elles pénètrent plus lentement sur les marchés.

Les jeunes de toute l’Asie sont confrontés à des difficultés croissantes pour obtenir un emploi décent, avec des millions d’entre eux piégés dans des emplois peu rémunérés et instables qui offrent peu de possibilités d’avancement.

Un nouveau rapport de la Banque mondiale publié cette semaine met en garde contre le fait que ce déséquilibre pourrait menacer le progrès économique et la cohésion sociale, alors que les frustrations face aux inégalités et à la pénurie d’emplois continuent de se répandre dans les rues.

Le rapport souligne que si l’emploi global reste élevé, la qualité des emplois disponibles s’est détériorée. La plupart des jeunes demandeurs d’emploi qui trouvent du travail se retrouvent dans des emplois informels ou à faible productivité, en particulier dans des pays comme la Chine, l’Indonésie et les Philippines, où un jeune sur sept reste au chômage.

La Banque mondiale a averti que la proportion de personnes vulnérables à la pauvreté dépasse désormais la taille de la classe moyenne dans de nombreuses économies asiatiques.

L’écart entre les jeunes en matière de chômage montre un fossé persistant

Dans toute l’Asie, le chômage des 15-24 ans est au moins le double de celui de la population en âge de travailler. Dans des pays comme la Mongolie, l’Indonésie et la Chine, le chômage des jeunes dépasse 10 %, tandis que le taux chez les 25-54 ans reste inférieur à 5 %.

Cet écart illustre à quel point il est devenu difficile pour les jeunes travailleurs de passer de l’éducation à un emploi stable.

Malgré l’expansion économique dans de nombreux marchés asiatiques, le rapport de la Banque mondiale note que « la plupart des personnes qui cherchent du travail le trouvent », mais ajoute que ces emplois sont souvent dans l’économie informelle.

Il s’agit notamment de postes dans la vente de rue, le travail à la demande ou le travail manuel temporaire, qui manquent d’avantages, de protection sociale et de perspectives de croissance à long terme.

La création d’emplois se déplace de l’industrie manufacturière vers les services

Le rapport constate que la croissance de l’emploi s’est déplacée du secteur manufacturier – autrefois une source fiable de mobilité ascendante – vers les services à bas salaires. Ce changement a affaibli l’un des principaux moteurs de la croissance inclusive de la région.

Des secteurs tels que le commerce de détail, les transports et l’hôtellerie se développent rapidement, mais de nombreux nouveaux postes sont informels et mal rémunérés. Par conséquent, même si le nombre d’emplois semble élevé, la croissance de la productivité et des revenus demeure faible.

Cette transformation risque d’inverser des décennies de progrès qui ont permis de sortir des millions de personnes de la pauvreté pendant le boom manufacturier en Asie.

Les écarts entre les sexes et les régions se creusent

Les femmes restent touchées de manière disproportionnée par les possibilités d’emploi limitées. La Banque mondiale note que le taux d’activité des femmes est inférieur d’environ 15 points de pourcentage à celui des hommes en Indonésie, en Malaisie et aux Philippines.

Dans de nombreux pays insulaires du Pacifique, les taux d’activité des deux sexes restent faibles, ce qui limite encore le potentiel économique global.

Ces disparités, combinées à un accès plus faible à l’éducation et aux services de garde d’enfants, ont maintenu les femmes concentrées dans le travail familial informel ou non rémunéré.

Le rapport souligne qu’il sera essentiel de s’attaquer aux inégalités entre les sexes sur les marchés du travail pour soutenir la croissance et garantir un accès équitable aux opportunités.

Les nouvelles entreprises stimulent la création d’emplois, mais se heurtent à des obstacles

Selon le rapport, les entreprises qui ont cinq ans ou moins jouent un rôle démesuré dans la création d’emplois dans la région. En Malaisie et au Vietnam, par exemple, ces entreprises représentent 57 % de l’emploi total mais contribuent à près de 79 % de la création d’emplois.

Pourtant, le taux d’entrée de nouvelles entreprises ralentit, ce qui limite le rythme auquel des emplois productifs peuvent être créés.

La Banque mondiale a averti que les réglementations restrictives, l’accès limité au financement et la concentration du marché rendent plus difficile l’émergence et la croissance de nouvelles entreprises. Ce déclin de l’activité entrepreneuriale risque d’enraciner davantage le chômage des jeunes.

La frustration croissante des jeunes déclenche des manifestations dans le monde entier

Le chômage croissant chez les jeunes a alimenté une vague de protestations à travers l’Asie et l’Afrique. Ces derniers mois, de grandes manifestations ont éclaté dans des pays tels que les Philippines, l’Indonésie, le Timor oriental, la Mongolie, le Kenya et Madagascar.

Beaucoup de ces mouvements ont été menés par des militants de la génération Z exigeant des comptes, des salaires équitables et des réformes anti-corruption.

Dans certains cas, comme au Népal et au Bangladesh, les troubles causés par les jeunes ont contribué à des soulèvements politiques. La Banque mondiale prévient que si ces défis structurels ne sont pas résolus, l’insatisfaction des jeunes pourrait compromettre la stabilité et freiner la croissance dans plusieurs économies.

Gains commerciaux inégaux et vulnérables aux chocs

Bien que le commerce ait soutenu la création d’emplois au Cambodge et au Vietnam, les avantages restent inégaux. De nombreux pays ont du mal à faire passer les travailleurs des secteurs à faible productivité aux secteurs à forte productivité.

Le rapport souligne que sans des réformes institutionnelles plus fortes et un meilleur soutien à l’innovation et à l’éducation, le modèle de croissance de l’Asie pourrait devenir de plus en plus fragile face aux perturbations mondiales.