Le premier budget de M. Carney suscite des critiques mitigées alors que le Canada fait face à des vents contraires économiques

Le premier budget de M. Carney suscite des critiques mitigées alors que le Canada fait face à des vents contraires économiques
Noris Soto
05 nov. 2025, 13:52 PM
  • Le premier budget de Carney promet 280 milliards de dollars canadiens en dépenses d’infrastructure tout en supprimant 40 000 emplois dans le secteur public.
  • Selon les analystes, le plan n’a pas l’ambition nécessaire pour stimuler l’investissement privé et la croissance à long terme.
  • Le gouvernement libéral minoritaire doit compter sur l’appui du NPD pour adopter le budget dans un contexte de tensions commerciales croissantes aux États-Unis.

Mardi, le premier ministre canadien Mark Carney a dévoilé son tout premier budget fédéral, le décrivant comme un « plan audacieux » pour des emplois dans le secteur de la construction pour des générations et pour une économie plus forte et mieux protégée de l’escalade de la guerre commerciale entre le président Trump et les États-Unis.

Cependant, selon un rapport de Reuters, des analystes et des observateurs politiques ont déclaré que le budget n’était pas à la hauteur de la rhétorique.

Carney, confronté aux limites d’un gouvernement minoritaire, a semblé se rétracter de la vision expansive qu’il avait suggérée à son arrivée.

« Il ne s’agit pas d’un budget générationnel », a déclaré Theo Argitis, vice-président principal, Politiques au Conseil canadien des affaires.

« Cela va dans la bonne direction sur certains fronts, mais je pense que Carney n’était pas aussi ambitieux qu’il aurait pu l’être. »

Selon M. Argitis, le plan ne comprend pas suffisamment de mesures pour encourager les investissements privés à grande échelle, ce qui est essentiel pour la prospérité à long terme.

« Si vous cherchez à transformer l’économie, ce budget ne le fera pas », a-t-il ajouté.

Défis économiques et risques politiques

L’administration Carney est confrontée à un double défi : une croissance économique lente et une augmentation des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump.

Les tarifs douaniers ont entravé l’investissement et la création d’emplois dans l’économie canadienne.

Carney lui-même bénéficie de dommages collatéraux relativement limités en termes d’opinion publique, malgré les pressions croissantes sur les ménages.

Selon Elizabeth McCallion, professeure adjointe de sciences politiques à l’Université de Toronto, un plus grand nombre de Canadiens ont relevé le défi de joindre les deux bouts. Ils ne blâment pas Ottawa, mais Washington.

« Les Canadiens savent qu’il y a beaucoup de choses hors du contrôle de Carney », a-t-elle déclaré. « Ils sont plus en colère contre Donald Trump qu’ils ne le sont contre Carney. »

Un récent sondage Nanos Research publié cette semaine indique que plus de la moitié des Canadiens préféreraient M. Carney comme premier ministre, comparativement à 27 % qui appuient le chef conservateur Pierre Poilievre.

« Les Canadiens ont montré qu’ils avaient confiance en M. Carney, a-t-il dit, mais c’est maintenant à la Chambre des communes de décider s’il peut gouverner ou non. »

Le Parti libéral minoritaire de M. Carney n’a pas la majorité au Parlement, et sa capacité à faire adopter le budget repose probablement sur le petit Parti démocratique (NPD) de centre-gauche, qui ne détient que sept sièges.

Trouver un équilibre entre ambition et austérité

Le budget propose de dépenser 280 milliards de dollars canadiens (200 milliards de dollars américains) dans les infrastructures sur cinq ans, ainsi que 60 milliards de dollars canadiens en compressions dans les opérations gouvernementales et l’élimination d’environ 40 000 emplois dans la fonction publique sur trois ans.

Il prévoit également un déficit de 78 milliards de dollars canadiens pour le prochain exercice, soit plus du double du total de l’année précédente, et espère le ramener à 57 milliards de dollars canadiens d’ici 2030.

Un autre point de discorde majeur dans le budget est le déficit proposé, qui devrait s’établir à 78 milliards de dollars canadiens pour le prochain exercice financier - plus du double du manque à gagner de l’an dernier - selon les estimations du premier ministre Mark Carney et du ministre des Finances François-Philippe Champagne.

Le déficit devrait se réduire à 57 milliards de dollars canadiens d’ici 2030.

Le chef de l’opposition, Pierre Poilievre, avait précédemment présenté les principales conditions pour soutenir le budget, notamment le plafonnement du déficit à 42 milliards de dollars canadiens.

Mardi, M. Poilievre a critiqué le plan financier du gouvernement pour le maintien de ce qu’il a appelé les taxes du Parti libéral sur l’épicerie, le travail, l’énergie et la construction domiciliaire, affirmant que ces mesures imposeraient un fardeau supplémentaire aux Canadiens dans un contexte de coût de la vie élevé.

Cependant, dans un événement surprenant, l’un de ses collègues conservateurs, Chris D’Entremont, de la circonscription d’Acadie-Annapolis en Nouvelle-Écosse, a exprimé son appui aux libéraux, laissant l’administration de Carney toujours loin d’une majorité, mais avec un avantage symbolique.

Le NPD a accueilli avec prudence certaines parties de la proposition, en particulier les dépenses d’infrastructure liées aux emplois syndiqués, tout en qualifiant les compressions dans le secteur public de « pas dans la mauvaise direction ».

Don Davies, le chef intérimaire du parti, a déclaré qu’il consulterait les Canadiens avant de décider d’appuyer ou non le budget.